Kabila – Zuma : même combat !

Kabila – Zuma : même combat !

Commentaire

par Hubert Leclercq

Ce dimanche 15 octobre 2017, au Libéria, les résultats du premier tour de la présidentielle sont tombés. George Weah, ancienne star du foot planétaire, candidat malheureux à la présidentielle en 2005, devenu sénateur, s’est qualifié pour le second tour de ce scrutin. Mais, contrairement à 2005, Weah est arrivé largement en tête et est donné facile vainqueur du second tour qui devrait se dérouler le 31 octobre.

Dans le même temps, un peu plus au Sud, Joseph Kabila, président hors mandat de la République démocratique du Congo, recevait son collègue sud-africain, Jacob Zuma, président en fin de mandat, en passe d’être définitivement rattrapé par la justice de son pays pour un dossier de pots de vin. Une affaire qui remonte en 1999 et qui porte sur des pots-de-vin pour un contrat de 4,2 milliards d’euros (6720 milliards de francs congolais !) signé cette année-là par l’Afrique du Sud avec plusieurs sociétés européennes. M. Zuma a été formellement inculpé dans ce dossier avant que les poursuites soient abandonnées en 2009 parce qu’elles avaient été motivées politiquement selon le parquet général.

Mais l’opposition sud-africaine a refusé de baisser les bras, pour elle, la corruption dans ce dossier – comme dans bien d’autres – est établie. Pas question de suivre aveuglément la positon du parquet général.

Epée de Damoclès 

Officiellement, Jacob Zuma ne se préoccupe plus de ce dossier. Mais en réalité, il sait que la décision du parquet général ne signifie pas la fin définitive de ses ennuis. Une épée de Damoclès pend toujours au-dessus de sa tête. « S’il était innocent, il n’aurait rien à craindre parce qu’il n’y aurait rien à trouver », expliquait, voici un peu plus d’un an, un opposant venu pourtant de sa famille politique, le Congrès national africain, ANC, parti de Nelson Mandela, incontournable jusqu’ici en Afrique du Sud mais qui est aujourd’hui en pleine perte de vitesse, tiraillé par les dissensions internes, les affaires judiciaires qui se succèdent et la montée de l’Alliance Démocratique (DA) principale force de l’opposition sud-africaine.

M et Mme Zuma

La suspension des poursuites contre Zuma, tombée fort opportunément juste avant les échéaces électorales, lui a permis de se présenter et de remporter les élections internes et de s’installer ensuite à la présidence du pays. Mais aujourd’hui, Zuma, plus affaibli que jamais, arrive au terme de son second et dernier mandat (!). Son parti va mal mais il pourrait encore s’imposer. Zuma tente donc le tout pour le tout et cherche à imposer son ex-épouse à la tête de l’ANC. Pour espérer être élue, elle doit être parlementaire. Coup de chance, alors qu’elle venait de rentrer au pays après avoir diriger l’Union africaine, Mme Zuma a pu bénéficier du retrait inattendu d’un autre parlementaire sud-africain. C’est fou, comme dans l’histoire des Zuma, le hasard colle à merveille avec leur calendrier personnel.

Les mauvaises langues, souvent bien au fait des coulisses du pouvoir sud-africain, voit dans cette motivation de Jacob Zuma d’imposer son « ex », un simple calcul pour son avenir. « Je te permets de t’installer au pouvoir et tu m’évites  les poursuites judiciaires qui risquent fort de me tomber dessus quand je ne serai plus au pouvoir… »

Rencontre à Kinshasa

C’est donc avec la réouverture annoncée vendredi 13 (!) des enquêtes contre lui, que Jacob Zuma est arrivé à Kinshasa pour rencontrer un autre président en fin de mandat et même au-delà. Mais l’hôte congolais, lui, ne cherche pas encore à faire désigner son épouse pour lui succéder. Il a purement et simplement fait reporter de trois ans, jusqu’à présent, la tenue du prochain scrutin présidentiel.

Dans ce contexte, Zuma, très sérieusement, a exprimé son « soutien au processus électoral en cours en République démocratique du Congo », selon un communiqué de la présidence congolaise, qui ajoute : « les deux chefs d’Etat ont réaffirmé leur détermination à consolider les acquis de la démocratie, de la stabilité, de la sécurité et de la prospérité en faveur des peuples de la région ».

Bref, dormez bien amis de la démocratie, de la paix, de la stabilité et de la prospérité en faveur des peuples de la région, Kabila et Zuma veillent à votre bien-être.

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