RDC : Légitime défiance

RDC : Légitime défiance

Edito

par Hubert Leclercq

Tous les observateurs un tantinet attentifs de la scène politique africaine et plus particulièrement congolaise avaient compris depuis de longues semaines que le pouvoir confisqué par le clan de Joseph Kabila, président hors mandat de la République démocratique du Congo depuis le 19 décembre 2016, allait tout faire pour retarder la tenue du scrutin présidentiel. Celui-ci aurait dû se tenir au mois de décembre prochain. “Aurait”, car le président de la commission électorale nationale indépendante (adjectif surfait s’il en est) vient d’annoncer qu’il ne pourrait organiser ce scrutin avant 504 jours… après le bouclage de l’inscription du dernier électeur. De quoi garantir à Joseph Kabila deux ans de rabiot qui s’ajoutent à l’année qui lui avait été accordée, l’an dernier lors de négociations menées avec l’opposition politique sous la conduite des évêques congolais. Le monarque congolais – arrivé sur le trône en guenilles après l’assassinat de son père en janvier 2001 – s’octroie donc trois années supplémentaires grâce à sa mainmise sur tous les rouages de l’Etat. Le clan Kabila règne désormais sur la RDC sans partage et sans la moindre attention ni pour le bien de son peuple ni pour les mises en garde qui lui sont envoyées par la communauté internationale. Kabila ne respecte plus rien ni personne. La signature d’un accord politique sous l’égide des catholiques ? Les résolutions des Nations unies ? Il n’en a cure, persuadé – à raison – que la communauté internationale ne bougera pas le petit doigt pour interférer dans son jeu. Il sait aussi qu’il peut compter sur la bienveillance de la plupart de ses voisins (Kagame, Sassou Nguesso, Museveni, Nkurunziza…) qui partagent le même goût de l’attachement sans borne au pouvoir. Et Kabila a raison, le danger ne viendra pas de l’extérieur. En affamant et en privant de toutes perspectives 80 millions de Congolais, il prend le risque d’une déflagration populaire qui le renversera comme un fétu de paille tout en déstabilisant durablement le centre de l’Afrique.

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