Parc des Virunga : les Maï Maï forcent à fermer le chantier d’une centrale

Parc des Virunga : les Maï Maï forcent à fermer le chantier d’une centrale

Par François Misser

Les pétroliers ne constituent pas la seule menace pour le Parc des Virunga. Le combat du conservateur belge Emmanuel de Merode et de son équipe pour démontrer la viabilité économique du Parc, grâce aux activités alternatives, est contrarié par les attaques des Maï Maï.

La société Virunga Sarl qui gère les projets énergétiques dans le Parc national des Virunga (Nord Kivu), inscrit au Patrimoine de l’Humanité, a annoncé le 5 septembre dernier, avoir été contrainte de ralentir le chantier de la centrale hydroélectrique d’Ivungu, à cause des attaques Maï Maï. Du coup, selon le directeur de Virunga Sarl, Ephrem Balole, un millier de travailleurs se retrouvent en chômage technique.

La centrale d’une puissance de 12,8 MW est en train d’être construite à 20 km de la ville de Lubero sur financement du Fonds européen de développement. Déjà, la Commission européenne a lancé les appels d’offres pour l’achat de deux turbines. Mais ces dernières semaines, on a assisté à une recrudescence des attaques Maï Maï. Selon Virunga SARL, le 2 septembre dernier, deux gardiens du parc ont été contraints de céder leurs armes et leurs uniformes aux miliciens. Mais la société ne précise pas l’identité des agresseurs. La seule certitude est l’abondance de suspects. La région est écumée notamment par les Maï Maï Mazembe d’ethnie nandé, par le groupe Nduma Défense du Congo, d’ethnie nyanga et par la milice hutu Pareco.

Au micro de la Radio Moto de Butembo, Ephrem Balole décrit une situation très critique sur le site du futur barrage. Les Maï Maï y effectuent périodiquement des incursions. Cela rend difficile la poursuite du chantier, explique-t-il, précisant : « Nous sommes arrivés à un niveau où cela devient de plus en plus risqué et les affrontements devenaient presqu’imminents. Nous ne voulons pas perdre les hommes ». L’insécurité n’a cessé de croître dans la zone, ces huit derniers mois, indique un communiqué diffusé le 5 septembre par l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN) qui exerce la tutelle sur le Parc des Virunga.

De ce fait, la situation menace d’entraîner des répercussions négatives sur le calendrier des travaux, entamés en juin 2016 et censés s’achever fin 2018. Les travaux d’ingénierie civile ont commencé mais la partie transmission du projet, n’en est encore qu’à ses débuts. Selon, Ephrem Balole, les études sur l’itinéraire des lignes ne sont pas encore achevées.

Gardiens du parc ciblés

La situation semble même encore plus sérieuse que ne le reconnaissent Virunga SARL et l’ICCN. Selon les milieux de la conservation à Goma, Virunga Sarl a suspendu complètement les travaux depuis le 5 septembre. Une source de l’ICCN confie à la Libre Afrique qu’il y a eu des attaques Maï Maï contre les véhicules de l’Institut. Les gardiens du Parc sont aussi délibérément ciblés par les rebelles qui ont à plusieurs reprises volé la paie des travailleurs du chantier. Selon d’autres sources, la décision prise par Virunga SARL et l’ICCN d’arrêter momentanément les travaux sur le site serait due à l’apathie du gouvernement de Kinshasa qui n’a pas envoyé de renforts militaires pour protéger le site et les travailleurs.

Au-delà du chantier de la centrale, ces attaques portent un coup à l’ambition de l’ICCN et de Virunga SARL de mettre sur pied des réalisations économiques, dans le domaine de la

conservation du tourisme et de l’énergie, pour faire la démonstration qu’elles peuvent constituer des alternatives durables à l’exploitation pétrolière que veut encourager la présidence. Une fois construire, la centrale de Lubero sera en effet la troisième du Parc des Virunga, après celle de Mutwanga, près de Beni (0,4 MW) et celle de Matebe (13,6 MW) qui ont été également co-financées par l’UE.

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