RDC: pour le MLC, la date limite est le 30 novembre

RDC: pour le MLC, la date limite est le 30 novembre

Par Marie-France Cros

Eve Bazaïba est secrétaire générale du Mouvement de libération du Congo (MLC), le parti de Jean-Pierre Bemba, détenu par la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye. Avocate de profession, mariée et mère de famille, députée nationale de Basoko, dans la Tshopo (nord-est de la République démocratique du Congo) – dont les deux sièges ont été remportés par deux femmes, sur 32 candidats – elle est de ces fortes femmes que l’on a plaisir à rencontrer parce qu’elles ne craignent pas de penser par elles-mêmes en s’appuyant sur une claire intelligence et une bonne formation. La Libre Afrique l’a interrogée sur la position de son parti dans la crise créée en RDC par la prolongation au pouvoir de Joseph Kabila, dont le dernier mandat constitutionnel est échu depuis le 19 décembre 2016.

La position de votre parti n’a pas toujours été très claire, depuis le début de cette crise. Où êtes-vous: avec l’opposition qui s’oppose, avec l’opposition qui se rallie ou avec la Majorité présidentielle?

Nous sommes dans l’opposition qui s’oppose. Nous avons fait une déclaration refusant de participer au gouvernement de Joseph Kabila comme on nous le demandait, parce que nous respectons la Constitution et la loi sur le statut de l’opposition, qui dit que si on rejoint le gouvernement, on n’est plus dans l’opposition. Les signataires de l’Accord de la Saint-Sylvestre ont tous accepté de maintenir Joseph Kabila au-delà de son mandat, jusqu’à l’organisation des élections en décembre 2017. Nous ne l’avons pas accepté. Pour nous, depuis le 19 décembre 2016, Kabila n’a plus de légitimité, nous ne pouvons donc pas participer à un gouvernement nommé par lui – comme l’ont fait certains du Rassemblement de l’opposition, qui ont été débauchés par la Majorité présidentielle, ainsi recomposée.
Nous avions d’ailleurs refusé tout « dialogue » avec Kabila, parce que nous savons que ce mot, au Congo, a perdu sa vertu, son sens. Au Congo, en politique, dialoguer c’est s’asseoir, parler et partager le pouvoir. Alors que le seul mode d’accession au pouvoir, selon la Constitution, est d’être élu ou nommé par une personne compétente.
Pour nous, Kabila est en sursis. Il faut aller aux élections, auxquelles il ne peut se présenter, nous l’avons fait inscrire dans l’Accord de la Saint-Sylvestre, ainsi que le fait que la Constitution ne pouvait être modifiée. La Constitution est le seul soubassement qui encadre la gestion du pouvoir. Si nous cessons de nous y référer, ça va aller dans tous les sens. C’est elle qui nous donne le seul pouvoir que nous avons sur Kabila. Parce qu’il a prêté serment de l’observer et de la faire observer; c’est le seul document dans ce cas. Mais nous savons que c’est un Monsieur qui n’a pas un comportement démocratique; il n’a pas reçu cette formation, c’est un ancien enfant-soldat. Ceux qui l’ont soutenu avaient tort de croire en lui.
Toutes les institutions, aujourd’hui, sont illégitimes, faute d’élections. Seules des élections permettront de revenir à l’ordre constitutionnel. Aujourd’hui, un troisième larron peut venir s’imposer – comme on l’a vu en 1996-97. Mais, une fois expiré le délai fixé par l’Accord de la Saint-Sylvestre, les Congolais se prendront en charge. La Constitution a tout prévu: nous allons aux élections, Kabila devient sénateur à vie;il ne veut pas des élections, la population s’approprie l’article 64 de la Constitution qui dit que tout Congolais a le devoir de faire échec à un individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou l’exerce en violation de la Constitution.

Si le Rassemblement d’opposition organise des manifestations d’ici décembre,le MLC y participera?

L’unité d’action est de mise. Lors du Dialogue qui a mené à l’Accord de la Saint Sylvestre, notre différence avec le Rassemblement d’opposition était qu’ils acceptaient de prolonger Kabila un an de plus à la Présidence, en échange du partage du pouvoir. Nous ne voulions pas de ça. Nous leur avons dit: Kabila, quand on lui donne la main, il prend tout le bras. Aujourd’hui, le Rassemblement est revenu à la même position que nous: Kabila doit partir. Et c’est dans son intérêt: il a sa place au sénat.

Joseph Kabila a l’appui de l’Union africaine…

C’est normal: l’Union africaine est constituée de nombreux dictateurs, qui ont changé leur Constitution pour se maintenir au pouvoir. Joseph Kabila le leur avait d’ailleurs fait remarquer, quand ils lui ont dit de se conformer à la loi fondamentale de la RDC. Mais aujourd’hui, avec l’impulsion donnée par l’Angola, Kabila semble réfléchir.

Que va-t-il arriver, maintenant?

La RDC est à la croisée des chemins. Soit elle poursuit sur la voie démocratique et la Ceni (Commission électorale nationale indépendante) lance l’appel aux candidatures – quitte à parachever le processus plus tard. Soit on bascule vers la dictature et, alors, la population va résister. Pour le moment, Joseph Kabila est comme un couteau dans le beurre: il ne sent plus d’opposition qui l’inquiète. Il a tout fait pour ça: il a manipulé la justice internationale pour écarter Bemba, la justice nationale pour écarter d’autres opposants; il use de corruption et d’intimidation avec ceux qui restent. Il croit avoir un boulevard devant lui. Mais il se trompe! Mobutu était puissant mais on est quand même arrivés à s’en défaire. Il serait dommage que Kabila finisse comme lui.

Pour le MLC, quelle est la limite supportable?

Le 30 novembre. A cette date l’enrôlement des électeurs au Kasaï (NDLR: dernière région où il est en cours) doit être terminé. Pendant l’enrôlement, la Ceni aura nettoyé le fichier électoral; c’est facile avec la technologie moderne. Elle peut alors annoncer le calendrier électoral et lancer l’appel à candidatures et l’Assemblée nationale peut voter la loi électorale et celle sur la répartition des sièges. Si on ne voit pas que ça bouge, alea jacta est – les dés sont jetés!

Cela veut dire que décembre sera chaud?

Très chaud.On ne le souhaite pas mais, à l’impossible nul n’est tenu.

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