RDC : Crash de Nsele a qui appartenait l’Antonov ?

RDC : Crash de Nsele a qui appartenait l’Antonov ?

Par Hubert Leclercq

Le vieil Antonov An-12B, il a été construit en 1965, était immatriculé au Kirghizistan. « Un Etat dont les avions, comme ceux de la République démocratique du Congo, sont blacklistés en Europe et aux Etats-Unis notamment », nous explique un expert  de l’aviation africaine qui poursuit : « Des cercueils volants s’ils ne sont pas suivis  de près à leur âge ».

Le 30 septembre, un avion Antonov An-12B, immatriculé EX-001 s’est écrasé à Nsele dans la grande périphérie de Kinshasa. Les causes exactes n’ont pas encore été révélées. Il ne semble guère faire de doute que l’avion a connu un souci moteur. « Mais même avec un moteur en panne, il aurait dû pouvoir rentrer sur l’aéroport de Kinshasa. Le fait qu’il se soit écrasé et qu’il ait été incontrôlable fait clairement penser à un avion en surcharge », nous expliquait, dès le lendemain de l’accident  un expert européen en aviation qui révélait sa surprise quant à l’immatriculation de l’avion : EX-001.

« L’immatriculation des avions est assez semblable à celle des voitures. Chaque pays dispose en aviation d’un code unique suivi d’un tiret et de chiffres ou de lettres »,  explique notre expert, de tout ce qui vol dans l’espace aérien africain (« mais comme je vole encore beaucoup dans la région, je préfère qu’on ne donne pas de nom »). « Le préfixe EX signifie que l’avion est immatriculé au Kirghizistan (ancienne république soviétique devenue indépendante en août 1991, NdlR). »

Ce n’est donc pas un avion congolais ? 

« Non. L’immatriculation des avions congolais commence par 9Q-. La législation internationale prévoit que les chiffres, les lettres ou les combinaisons qui se trouvent avant le tiret sont intangibles. Au Kirghizistan, c’est EX-suivi de 5 chiffres pour les avions civils et de 3 chiffres entre 100 et 999 pour les avions militaires. »

L’immatriculation de cet Antonov est pourtant EX-001, ce qui ne correspondant pas à la nomenclature que vous évoquez ?

« La EX c’est incontournable pour le Kirghizistan, ce qui suit le tiret c’est autre chose. Si le gouvernement Kirghize ou un ministre quelconque veut faire plaisir à un client, il peut changer ce qui suit le tiret. Mais le 001 fait inévitablement penser à un geste pour un personnage haut placé. Vous ne donnez pas ce numéro très select à n’importe qui. »

Vos pensez à qui ?

« A un personnage très haut placé. »

L’avion aurait été acheté au Kirghizistan par Joseph Kabila? 

« Je dis simplement que cet avion kirghize portait un numéro qui n’est pas dans la nomenclature normalement prévue ».

La RDC a-t-elle de bons contacts avec le Kirghizistan ?

« On doit être proche du zéro. Par contre, de nombreux pilotes au Congo viennent des pays de l’ancienne URSS. En général, dans ces pays peu scrupuleux, il suffit d’avoir le bon carnet d’adresses et une valise de dollars pour obtenir ce qu’on veut. Qui plus est, le Kirghizistan est sur la liste noire des compagnies aériennes. Il doit donc trouver des partenaires peu scrupuleux ? »

Cet Antonov est un nouvel achat ? 

« Là, je suis formel. Pas du tout. Je pense que cela doit faire dix ans que cet Antonov est au Congo et multiplie les vols pour transporter du matériel essentiellement militaire. »

L’avion est présenté comme un avion militaire…

« Impossible. Les avions militaires congolais sont immatriculés au Congo. Vous imaginez vos F-16 ou vos C-130 militaires avec des immatriculations françaises ? C’est absurde. On peut imaginer que cet avion effectue des missions pour l’armée congolaise mais ce n’est jamais un avion de l’armée congolaise »

L’avion serait donc mis à la disposition de l’armée par son propriétaire ? 

« Loué, plus certainement. Je pense que le propriétaire ne prête pas son avion gratuitement. ET comme ces avions ne coûtent pas chers à l’achat, la location de ces avions peut-être un business très rentable ».

L’âge de l’avion peut-il justifier le crash ? 

« L’âge, non ! Le manque d’entretien associé à l’âge peuvent être un facteur déterminant. Mais c’est surtout le manque d’entretien. Vos Hercule C-130 doivent avoir le même âge et ont beaucoup plus volé que cet Antonov. On économise sur tout, on vole un peu tout, on ne suit pas les règles prévues par le constructeur. Tout est réuni pour arriver à la catastrophe ».

On parle d’une enquête diligentée par la présidence ? 

Là aussi, il y a des règles internationales. L’enquête doit être menée par le pays du constructeur (Ukraine), le pays de l’immatriculation (Kirghizistan) et le pays de l’occurence (RDC). Visiblement, il n’y a rien de tout ça. C’est le far west. Tout est anormal dans ce dossier. On doit regretter les 8 ou dix morts qui étaient dans l’appareil mais imaginez-vous ce qui aurait pu se passer s’il s’était écrasé plus tôt, sur une zone urbaine.

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