Gloire et honneur pour la « Maman Colonelle » congolaise

Gloire et honneur pour la « Maman Colonelle » congolaise

Entretien Karin Tshidimba

Le documentaire du Congolais Dieudo Hamadi est présenté en compétition au Festival international du film francophone (Fiff) de Namur avant une prochaine diffusion en télévision.
Mise à jour (6/10): « Maman Colonelle » vient de remporter le prix spécial du jury au Fiff.

Honorine Munyole, alias Maman Colonelle. Un nom qui reste gravé dans les esprits une fois découvert le dernier film de Dieudo Hamadi (« Congo in four acts », « Examen d’Etat »). Cette femme confère honneur et fierté à l’uniforme des policiers congolais. Et ce n’est ni un vain mot, ni une mince affaire dans un pays rongé par la corruption et embrumé par l’évaporation des salaires. 

Au fil des semaines et des mois de tournage, on la suit dans sa lutte quotidienne et sa volonté inébranlable de prendre soin de ses concitoyens. Or les défis ne manquent pas, entre traumatismes de la guerre et séquelles de la folie des hommes.

Présenté dans le cadre du Festival international du film francophone (Fiff), qui se termine vendredi, ce documentaire empli d’humanité a aiguillonné et touché le public namurois.
Cette femme, Dieudo Hamadi l’a pourtant rencontrée, par hasard, en 2009, alors qu’il  sillonnait Bukavu (Sud-Kivu) en vue de réaliser un court métrage. 

« En 2014, Kiripi Katembo Siku, le coproducteur du film, m’a encouragé à faire un nouveau documentaire sur la condition des femmes en RDC. Je me suis souvenu de Maman Honorine et j’ai appris qu’elle avait initié un nouveau projet à Bukavu qui consistait à apprendre la boxe aux femmes qui avaient été violées. Mais en arrivant sur place, on a appris qu’elle était mutée à Kinsagani (Haut-Congo, NDLR). On a décidé de la suivre dans sa nouvelle affectation et on a adapté notre sujet à ce nouveau lieu. »

Arrivée à Kisangani, la Colonelle découvre une situation méconnue au Congo et en dehors. « Lorsqu’elle a rencontré ces femmes victimes de la guerre des Six jours dont les familles ont été massacrées et qui ont été violées, elle a simplement réagi avec ce qu’elle est », explique le réalisateur Dieudo Hamadi.

Sa mutation à Kisangani s’explique-t-elle par le fait que son action dérange ? Ou bien est-elle soutenue dans son combat ?

En 2009, lorsque je l’ai rencontrée, elle était major. Elle poursuivait les violeurs et essayait de sauver les enfants accusés de sorcellerie. Ensuite, elle a été promue au grade de Colonel, elle était donc plutôt soutenue. Du moins, c’est l’analyse que j’en fais. Tout allait bien pour elle. La mutation à Kisangani n’était pas forcément une rétrogradation, elle avait même davantage de responsabilités. Tout allait bien jusqu’à ce qu’elle découvre les conditions de vie et de travail sur place.

Et aujourd’hui comment va-t-elle?

En 2016, elle a à nouveau été mutée dans une petite ville au Nord du pays (Wamba) et, cette fois, elle a vécu cela comme une punition. Je ne connais pas les raisons profondes de ces mutations mais je note seulement qu’avant que nous fassions le film à Kisangani, elle avait passé 12 ans à Bukavu sans bouger.

Deux mutations de suite, cela soulève tout de même quelques questions…

Oui, d’autant que les installations sont encore moins bien qu’à Kisangani. Elle n’a plus de voiture, elle travaille plus ou moins en plein air, la situation n’est vraiment pas terrible pour elle. C’est incompréhensible, surtout par rapport au travail réalisé à Kisangani.

D’autant qu’elle ne demande rien à personne et se débrouille seule.

C’est ce qui m’a intéressé dans le film : voir à quel point cette femme officier allait aisément au-delà de ses prérogatives et prenait en charge ses concitoyens là où l’Etat ne fait rien. Même si on sait que c’est comme cela que ça se passe aujourd’hui au Congo. Elle est plus engagée, plus déterminée que bien des personnes que l’on rencontre et elle va bien au-delà de ce que prévoient ses fonctions. Elle a une façon bien à elle d’approcher les problèmes humains, ce qui fait qu’à Bukavu et à Kisangani beaucoup de gens se sont attachés à elle. C’est vraiment grave car les projets qu’elle avait lancés à Kisangani n’ont pas survécu à son départ : le centre pour les femmes n’existe plus…

Pourquoi l’empêcher de poursuivre son travail ?

Malheureusement, cela n’étonne plus personne. Elle-même n’attendait rien de ses supérieurs. Elle cherchait seule la solution aux problèmes rencontrés, ou avec le soutien de la population. Elle est dans cet état d’esprit  – que beaucoup de Congolais partagent  – qui consiste à ne plus attendre, à foncer pour tenter de résoudre les problèmes soi-même. Plus personne n’attend rien du gouvernement congolais depuis longtemps.

A Bukavu, Maman Honorine semblait appréciée des autorités et de sa hiérarchie…

Oui. Visiblement, c’est à Kisangani qu’elle a rencontré des problèmes avec sa nouvelle hiérarchie. Elle a toujours été plus ou moins menacée par des bandits car son action et les arrestations de violeurs dérangeaient pas mal de monde. Jusqu’ici rien n’a réussi à la décourager complètement.

Votre film a déjà beaucoup voyagé en festival…

Oui, il a été montré à Berlin, dans la section Forum, où il a remporté deux prix ; il a été projeté au Festival Cinéma du réel à Paris où il a remporté le grand prix. Il a circulé dans plus de cent festivals en six mois (Durban, Rio, Munich, Sheffield, Tanger, Yaoundé, Washington, Zanzibar, NDLR). Je l’ai accompagné en Suisse et ce week-end à Namur.

Reste à savoir s’il bénéficiera d’une distribution en salles…

C’est l’éternel problème des documentaires, surtout lorsqu’ils viennent d’Afrique. Il y a un distributeur (Andana Films) mais c’est difficile d’envisager une sortie salle en Europe ou ailleurs. Mais Arte l’a acheté et cette chaîne est aussi captée au Congo, donc c’est bien. Et il y a des négociations en cours avec Canal+. Ce sera sans doute une bonne façon d’atteindre un nouveau public.

 

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