RDC: insurrection au Sud-Kivu: manipulation ou non?

RDC: insurrection au Sud-Kivu:  manipulation ou non?

Analyse par Marie-France Cros.

Cette semaine, Uvira – seconde ville du Sud-Kivu après Bukavu – a été la cible d’attaques de la part de groupes armés irréguliers, appelés “Maï-Maï” par les habitants. Plusieurs ont précisé qu’il s’agissait apparemment de Maï-Maï Yakutumba, un groupe armé recrutant essentiellement des Bembes, tribu locale traditionnellement dirigée par des assemblées d’hommes qui débattent plutôt que par des chefs qui ordonnent.

Au bout de deux jours, cependant, les habitants d’Uvira ont remarqué que les assaillants – auxquels résiste l’armée congolaise, appuyée par la Monusco (Mission de l’Onu au Congo), qui entend “protéger les civils” – sont bien mieux armés que ne le sont d’habitude les groupes maï-maï de la région. Et de soupçonner une manipulation par une force plus puissante.

Deux dénominations

Les assauts contre Uvira ont été revendiqués par deux sources différentes : une “Coalition nationale du peuple pour la souveraineté du Congo” (CNPSC), dont le secrétaire exécutif est le “général Amuri William Yakutumba”, qui affirme vouloir chasser Joseph Kabila du fauteuil présidentiel. Et une “Alliance Article 64” (AA64) – l’article 64 de la Constitution étant celui qui ordonne aux Congolais de faire échec à toute personne qui exerce le pouvoir en violation de la Constitution, soit ce que fait Kabila selon l’opposition – dont le chef des opérations et porte-parole est le “colonel Funguo-Pafanikio”.

Selon une source bien informée de La Libre Afrique, il s’agirait d’un même mouvement, la dénomination utilisée par le “vieux” général Yakutumba étant plus ancienne que celle  brandie  par le jeune porte-parole.

Une manœuvre Kabila-Nkurunziza ?

Au même moment, circulent sur les réseaux sociaux des documents (voir ci-dessous), analyses et affirmations tendant à dénoncer une manœuvre soit des présidents du Congo, Joseph Kabila, et du Burundi, Pierre Nkurunziza – qui ont tous les deux fort à faire pour se maintenir au pouvoir malgré les textes légaux – soit du second seul.

Selon un de ces documents, présenté comme un “memorandum d’entente”, les “Maï-Maï (secteur Uvira)” – non autrement identifiés – seraient armés par le pouvoir burundais afin de “chasser” les Tutsis Banyamulenge du Sud-Kivu – honnis par plusieurs tribus avoisinantes – et les rebelles burundais FNL qui ont le Sud-Kivu pour base arrière, d’où ils mènent des attaques contre le sanglant régime Nkurunziza.

« Je trouve ces informations douteuses, vu l’excellente et ancienne collaboration entre les Maï-Maï Yakutumba et les FNL burundais”, commente la source bien informée pour La Libre Afrique.

On le croit capable de détruire le pays

Alors, insurrection-bidon ou authentique? Ou un peu des deux?  Les Kivutiens ont été les premiers à accuser le président Kabila d’entretenir la violence dans leur région afin de justifier l’impossibilité de tenir des élections et se maintenir ainsi au pouvoir. L’accusation a ensuite gagné le reste du pays et a été répétée à propos de l’insurrection des “Kamwina Nsapu” au Kasaï, qui a débuté en août 2016 et que le gouvernement de Kinshasa vient de déclarer terminée après qu’elle eut provoqué des milliers de morts et 1,4 million de déplacés.

Il n’existe aucune preuve qu’il s’agisse d’une manipulation, même s’il y a de nombreux indices que des manœuvres de Kinshasa ont aggravé et étendu le conflit kasaïen. Beaucoup de régions ont de vraies raisons de se révolter.

Il est en tout cas caractéristique de la déliquescence du régime qu’un nombre grandissant de Congolais le croient capable de détruire le pays pour rester au pouvoir.

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