Burundi : « Ne forcez pas les réfugiés à rentrer au Burundi! »

Burundi : « Ne forcez pas les réfugiés à rentrer au Burundi! »

Par Marie-France Cros

Amnesty International publie ce vendredi 29 septembre un rapport s’élevant contre les pressions que les autorités tanzaniennes et ougandaises exercent contre les réfugiés burundais pour qu’ils rentrent dans leur pays. Or la situation y est toujours critique, voire dramatique, pour ceux qui ne partagent pas les vues du parti du président Pierre Nkurunziza, le CNDD-FDD, et même ceux qui, simplement, refusent d’y adhérer.

Comme la Commission d’enquête de l’Onu sur le Burundi, Amnesty International souligne que meurtres, passages à tabac, tortures, viols, menaces et extorsions continuent à viser les opposants au régime Nkurunziza – ou supposés tels parfois en raison de leur simple refus d’adhérer au parti du chef de l’Etat ou à sa milice, les Imbonerakure, « de plus en plus militarisés ».

Tanzanie et Ouganda dénoncés

« Soyons clairs: la situation au Burundi n’est pas redevenue normale et les efforts du gouvernement pour nier que des atteintes atroces aux droits humains sont encore commises dans le pays ne doivent tromper personne », insiste Amnesty, qui dénonce l’attitude de la Tanzanie et de l’Ouganda envers les réfugiés burundais.  Tous deux ont, en effet, « décidé de ne plus accorder automatiquement le statut de réfugié aux demandeurs d’asile burundais », depuis janvier pour Dar-es-Salam, depuis juin pour Kampala.

Le président tanzanien, John Magufuli, dont le pays accueille le plus grand nombre de fuyards burundais, a appuyé, en juillet dernier, les assurances du président Nkurunziza selon lesquelles tout était calme au Burundi et les a incités à rentrer. « Ceux qui prêchent que le Burundi n’est pas en paix doivent cesser cet évangile », avait-il déclaré, après avoir « ordonné » au ministre de l’Intérieur « d’arrêter d’accorder la nationalité (tanzanienne) aux réfugiés. Il faut que nous apprenions à servir nos pays », avait dit le président tanzanien. S’adressant aux réfugiés, il avait déclaré: « Mes frères burundais, je vous prie de rentrer chez vous pour bâtir votre pays. Vous venez d’entendre votre Président; préparez-vous dès aujourd’hui à rentrer chez vous ».

Le même message a été transmis dans les camps de réfugiés en Ouganda.

Les fuyards punis

Or, dit Amnesty, s’il y a bien des réfugiés qui rentrent volontairement au Burundi, une partie le fait en raison des conditions matérielles misérables dans les camps d’accueil. Les rations alimentaires qui y sont distribuées, « déjà insuffisantes », selon Amnesty, vont devoir encore être réduites, a annoncé le Pam (Programme alimentaire mondial, agence de l’Onu) le mois dernier, faute d’argent. Et Amnesty de demander à la communauté internationale d’apporter un plus grand appui financier aux réfugiés.

Surtout: le flux de fuyards burundais vers les pays voisins ne tarit pas, souligne Amnesty, malgré les violences exercées par les autorités et la milice Imbonerakure envers ceux qui tentent de partir.

https://www.amnesty.be/IMG/pdf/burundi_report_sept_2017_final_27-09-2017_french.pdf

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