RDC : Menaces et chantage pour une présidentielle en décembre 2019

RDC : Menaces et chantage pour une présidentielle en décembre 2019

Par Hubert Leclercq

Dur, dur le retour de New York pour l’équipe présidentielle RDcongolaise.

« Ils ont compris qu’ils devaient accélérer le mouvement. Donner des dates, fixer des rendez-vous de manière définitive », explique un ancien ministre qui justifie ainsi la sortie d’un calendrier ce mardi à la Une du quotidien « Le Potentiel ». « On fait sortir des infos plus ou moins crédibles pour voir comment les gens réagissent ou pour les mettre tout doucement au courant de ce qui les attend », explique-t-il encore.

Pour un député de la majorité, « il ne faut pas s’inquiéter. Les élections auront lieu. Herman Cohen vous disait hier, et il avait bien raison de le dire, que le processus prendrait du temps. Nous ne sommes pas pressés. Nous voulons tout organiser dans les règles et si, pour cela, il faut aller jusqu’en décembre 2019, le peuple comprendra ».

Une confiance dans la patience du peuple que d’autres n’ont pas. Même du côté du patron du CNSA Joseph Olenghankoy, devenu une pièce maîtresse dans le jeu de l’équipe Kabila.

Les doutes d’Olenghankoy…

Ce mardi en toute fin de journée, Joseph Olenghankoy, inquiet de ce calendrier qui amène en décembre 2019, à exprimer ses doutes. Pour lui, et il ne s’en est pas caché autour de lui, un « glissement de six ou sept mois peut passer »,  reconnaît un de ses contacts réguliers. « Mais pas au-delà du mois de juillet 2018. »

La mise au point du trio

Mais dans le camp présidentiel, surtout au retour d’un voyage new-yorkais lors duquel beaucoup ont ressenti que l’on n’accordait plus vraiment de crédit à leur patron, le doute n’est plus permis.

Le trio Kalev (chef de l’ANR) – Nehémie Mwilanya (dircab de Kabila) – Aubin Minaku (président de la Chambre) s’est donc entretenu avec le bouillant patron du Fonus qui n’en menait pas large à la sortie de cet entretien.

En substance, le trio est venu lui rappeler que le doute n’était pas de mise, que la date de décembre 2019, serait la date du scrutin et que si ça ne lui convenait pas, les autres opposants se bousculent au portillon pour son poste. Laissant entendre que si le MLC et l’UNC avaient été laissés sur la touche lors du choix de la paie Tshibala – Olenghankoy, ils pourraient fort bien être invités prochainement si lui Olenghankoy avait des états d’âme.

« Fatiguer » tout le monde

« Le scénario est écrit », reconnaît l’ancien ministre, joint ce mardi soir à Kinshasa. « Ils vont continuer à diviser l’opposition. Plus le temps passe, plus les opposants sont tentés de céder à l’argent que leur propose Joseph Kabila. La chance de l’opposition, jusqu’ici, c’est que le président est radin », s’amuse-t-il au bout du fil.

Félix Tshisekedi, lui, ne veut pas de ce calendrier « insensé ». « Il faut respecter l’Accord de la Saint-Sylvestre. Il n’y a rien d’autre. » Une ligne de conduite qui a été confortée, la semaine dernière, à la 72e Assemblée générale des Nations Unies par le communiqué commun des Nations unies, de l’UA, l’UE, l’OIF et la SADC  qui, tout en félicitant le pouvoir congolais pour sa volonté de respecter la constitution, a appelé à l’application de cet Accord de la Saint-Sylvestre.

« En jouant sur le temps qui passe, les crises qui se succèdent, Kabila espère que les choses vont se tasser et que le peuple va se fatiguer quand il verra les prochains débauchages d’opposants et l’impossibilité des autres opposants de manifester. Ajoutez-y la peur de la répression et les limites de l’influence des autres présidents de la région souvent tout aussi illégitimes que lui, et vous obtiendrez le cocktail sur lequel compte Kabila pour s’éterniser », explique un diplomate qui a passé quelques années à Kinshasa et dans la région.

Le trio Kalev-Néhémie-Minaku aurait d’ailleurs évoqué cette fatigue dans la discussion avec Olenghankoy. Une fatigue et une apathie qui laissent toujours espérer à Kabila qu’il pourra parvenir à modifier la constitution dans les deux années qui lui restent.

L’objectif est donc fixé. Elections en décembre 2019 face à une opposition laminée et avec un candidat qui se réprésente face à un corps électoral taillé sur mesures pour lui par le président de la Ceni.

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