RDC : Une rentrée des classes en pointillés de feu

RDC : Une rentrée des classes  en pointillés de feu

Par Marie-France Cros

Pour la quatrième semaine consécutive, il n’y a toujours pas de vraie rentrée des classes à Kinshasa et dans plusieurs villes de la République démocratique du Congo (RDC), en raison de la grève des enseignants, liée à la dépréciation de leur salaire en raison de la chute du franc congolais. Ce lundi 25 septembre, des troubles ont éclaté à l’Université pédagogique nationale.

Depuis plusieurs semaines, plusieurs professions (médecins, infirmiers, enseignants) sont touchées par des mouvements de grève pour réclamer une hausse de leurs salaires en francs congolais, amputé de moitié en deux ans. A part les agents travaillant à la Présidence de la République, au Parlement et une partie ceux des services du Premier ministre – qui bénéficieraient d’un barème salarial privilégié – tous les fonctionnaires sont touchés et, depuis l’investiture du gouvernement de Bruno Tshibala, en mai dernier, la plupart déplorent des arriérés de paiement de plusieurs mois, même chez les hauts cadres.

Grève, manque d’argent et menaces

La grève des enseignants est la plus visible en raison de l’échec de la rentrée des classes. Fixée au 4 septembre, elle n’a eu lieu que très irrégulièrement en raison du manque d’argent des parents et de la grève des professeurs. Guère plus de succès les lundis 11, 18 et 25 septembre. La grève a en effet été soutenue, dans la capitale, par des tracts invitant les élèves à ne pas se présenter au cours et par des jeunes qui ont volontairement dispersé les élèves présents dans plusieurs établissements, suscitant la panique des parents. Ces jeunes obéiraient à un mot d’ordre du « mouvement politico-citoyen » Telema Ekoki, implanté dans les quartiers populaires de Kinshasa, et qui appuie la « radicalisation et la généralisation de la grève des services publics afin d’obtenir une justice sociale équitable ».

Ce mouvement exige que l’Etat mette fin à une situation ancienne qui voit les parents appelés à payer eux-mêmes les professeurs parce que l’Etat ne le fait pas ou pas suffisamment. Les autorités de Kinshasa ont annoncé à plusieurs reprises la fin de cette particularité – sans suite. Telema Ekoki souligne que cette pratique revient à ce que l’Etat congolais « prive de scolarité » les enfants de parents pauvres.

Une ONG de défense des droits de l’Homme, la Voix des Sans Voix, a quant à elle exhorté les enseignants a exiger la réduction du train de vie des dirigeants de l’Etat afin de permettre l’indexation des salaires des agents de l’Etat.

Lacrymogènes et coups de feu

Lundi 25 septembre, des incidents violents ont éclaté à l’Université pédagogique  nationale, à Kinshasa, quand des étudiants ont dressé des barricades sur la route de Matadi, lancé des cailloux sur des bus et brûlé des voitures pour protester contre le fait que la grève des enseignants – qui refusent de faire passer les examens de seconde session – remette leur année scolaire en question. La police est intervenue violemment, dispersant les manifestants par des gaz lacrymogènes et tirant « en l’air ». Selon le journal Forum des As, cependant, « deux élèves, touchés par des balles perdues, auraient succombé à leurs blessures ».

Les étudiants de l’université de Kinshasa et ceux de l’Université pédagogique nationale, se considérant comme les victimes du bras de fer entre enseignants et Etat, demandent à ce dernier de satisfaire les exigences des professeurs.

A Kisangani aussi

Le ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire, Steve Mbikayi, a promis « des solutions » à ces revendications « fondées ». Elles sont urgentes: le mouvement de grève est ainsi suivi par l’Association des professeurs de l’Université de Kisangani, qui ont décidé en assemblée générale, jeudi dernier, une grève illimitée pour obtenir, outre un ajustement de leurs salaires, l’application de la loi exigeant l’élection des autorités académiques.

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