Le grand illustrateur camerounais, Christian Epanya, à Bruxelles

  • Dans Culture
  • 26 septembre 2017
  • 299 Vues
Le grand illustrateur camerounais, Christian Epanya, à Bruxelles

Par Laurence Bertels.

Ambassadeur africain de la littérature jeunesse, Christian Kingue Epanya sera exceptionnellement à Bruxelles durant toute cette semaine.

L’auteur illustrateur de l’inoubliable «Taxi-Brousse de Papa Diop», sélectionné par le ministère de l’Éducation nationale, est en effet actuellement en résidence au Wolf jusqu’au 2 octobre.

Durant toute cette semaine, il participera, avec l’auteur illustrateur congolais Dominique Mwankumi à une rencontre publique autour de son travail (le 27 septembre à 18 heures), animera un atelier d’illustrations pour adultes (le 30 septembre) et inaugurera la fresque réalisée à partir de sa peinture « zemidjan famille » par l’asbl Art Mural dans une Maison pour Jeunes à Molenbeek avant une rencontre avec les jeunes du quartier. Christian Epanya honorera également de sa présence l’exposition de ses originaux accrochés, jusqu’au 15 octobre, aux cimaises de la Maison de la littérature jeunesse qui, pour l’occasion, se met aux couleurs africaines.

Des couleurs flamboyantes

Et quelles couleurs! Epanya n’a pas son pareil pour peindre l’Afrique avec éclat, flamboyance et générosité. Des jaunes lumineux, des ocres chaleureux, des terres couleurs rouges, des taxis chamarrés, des sourires accrochés aux oreilles, des visages ronds de bonté et des bleu nuit qui contrastent avec les ciels azurés.

Feuilleter un des albums de cet artiste talentueux, c’est déjà tout un voyage. D’autant qu’il aime par dessus tout décrire le quotidien comme il fait avec tant de talent dans «Le taxi-brousse de Papa Diop» (Syros, 2005), un album, vendu à plus de 20 000 exemplaires dans le monde entier !, qui raconte la vie au Sénégal, toutes les rencontres et aventures que peuvent entraîner la conduite d’un taxi. Car à Dakar, le chauffeur de taxi est le roi, tant le trafic s’y révèle dense et chaotique. Traverser une partie du pays pour rejoindre Saint-Louis n’est pas toujours une mince affaire non plus.

La vie de Papa Diop sera dense car tout le monde voudra venir à bord de son taxi.

Il assurera des mariages mais aussi des enterrements. Et même, des naissances!

Accompagné d’un CD audio savoureux avec la voix grave et sage de Thierno Diallo, «Le Taxi-Brousse de Papa Diop» a obtenu un tel succès que Christian Epanya a publié une suite, «Le Grand retour duTaxi-Brousse de Papa Diop», à la hauteur du premier opus.

Les joies de la transmission

Où l’on découvre avec plaisir que Papa Diop a transmis sa passion à son neveu devenu gardien du musée. C’est là que se trouve le fameux taxi-brousse, pièce de collection favorite des visiteurs. Le grand enjeu consiste ici à faire à nouveau rouler le véhicule. Un véritable défi conté lui aussi par Thierno Diallo.

Une autre dimension se glisse dans «Le petit photographe de Bamba» (Sorbier, 2007), un livre culte lui aussi qui fait également la part belle à la transmission comme c’est le cas entre ce jeune photographe amateur camerounais, le petit Amadou, fils de pêcheurs détestant l’eau, qui remporte un concours photo et finit par reprendre le studio de Papa Diallo. Comme il n’a pas beaucoup de monde au début, il fait preuve d’imagination et demande au peintre du village de l’aider à peindre des décors qui attirent immédiatement les villageois.

A Bamako

Vu son succès, un vieux Grec habitant Bamako, la capitale du Mali, lui demande de venir l’aider à relancer son studio. Avec son ami peintre, il dessine d’incroyables trompe l’oeil qui permettront aux photographes de prendre des clichés devant un avion ou devant la tour Eiffel, histoire de faire croire aux familles que le candidat voyageur, dont l’aventure s’est arrêtée à Bamako, est arrivé à bon port.

Une allusion à peine déguisée au problème des migrants qui reflète ici la dimension plus politique de l’oeuvre de Christian Epanya pour qui la littérature jeunesse est aussi une arme.

Dès lors, on ne sera pas étonné de constater qu’il a mis tout son coeur et toute sa dextérité pour illustrer, en noir et blanc cette fois, le petit livre que Bruno Doucey consacre à « Aimé Césaire, un volcan nommé poésie » (éditions A dos d’Ane).

Un vrai globe trotter

Né en 1956 à Douala au Cameroun, Christian Kingue Epanya a suivi un parcours peu banal.

Il fait ses études primaires à Bonadoumbè à Douala au Cameroun, ses études secondaires dans les villes de Foumban et de Nkongsamba, avant d’aller au Gabon où il sera gérant de boîte de nuit à Libreville, après une année d’université de Chimie biologie à Yaoundé.

Mais il n’a qu’un seul rêve en tête : entrer dans une école de dessin en France, le Cameroun ou le Gabon n’offrant pas d’école professionnelle de dessin à cette époque.

Avant d’y arriver, il devra travailler pendant huit ans, de 1983 à 1990, chez Elf Serepca comme responsable de chargement de pétrole.

Il pourra ensuite venir à Lyon, profitant des indemnisations des départs volontaires proposées par son employeur, pour suivre des cours dans une école spécialisée en illustration, dessin animé, bande dessinée: l’école Émile Cohl, dont il sort diplômé en 1992.

Il ne devra pas attendre un an pour remporter le prestigieux Prix Unicefdes Illustrateurs à la Foire internationale du livre jeunesse de Bologne en Italie.

Actuellement installé à Annonay en Ardèche, il parle plusieurs langues dont l’anglais, le duala, l’espagnol, le français, l’italien et le portugais. Et surtout celle du coeur !

«La culture est une arme pour être libre. Ce n’est pas un hasard si les dominants, pour mieux manipuler les peuples, essaient toujours de modifier la perception que les gens peuvent avoir de leur propre culture »

Christian Epanya

Que pensez-vous de cet article?