RDC : Sale temps à l’ONU pour la kabilie

RDC : Sale temps à l’ONU pour la kabilie

Ce samedi, alors que la plupart des délégations avaient déjà plié bagages, Joseph Kabila, la président congolais hors mandat, s’est présenté au pupitre de la 72e assemble générale de l’Onu devant une sale plus que clairsémée, « pour ne pas dire déserte », selon les termes d’un diplomate présent à New York. « Les opposants au régime Kabila qui étaient dehors pour scander leur volonté d’en finir avec ce régime, étaient au moins dix fois plus nombreux que l’assistance venue écouter le président congolais », poursuit-il.

Et les absents n’ont même pas eu tort. Tant, une fois de plus, le discours était sans surprise. Kabila veut en finir progressivement avec la Monusco (mission des Nations unies en RDC).

« II est clair que près de vingt ans après son déploiement, la force onusienne ne peut nourrir l’ambition de rester indéfiniment dans mon pays, ni d’y exercer son mandat avec le même format et sans tirer les leçons des faiblesses constatées », a-t-il déclaré. Avant de poursuivre sur le même ton monocorde que la RDC maintient le dialogue stratégique avec les Nations unies sur l’avenir de la MONUSCO, conformément à la résolution 2348 du Conseil de sécurité. « Cette revue stratégique devra déterminer le rythme de réduction de la force de la MONUSCO jusqu’à son retrait total », a-t-il souhaité.

Ce qui importe pour lui c’est efficacité effective de l’apport des troupes onusiennes sur le terrain. « Voila pourquoi, depuis plusieurs années, nous exigeons le redimensionnement de la force de la MONUSCO au regard de missions devenues dynamiques et la réorientation des moyens ainsi dégagés vers la satisfaction de nos besoins de développement », a-t-il encotre lancé.

Sur la voie des élections…

L’autre grand thème de son discours : la tenue des élections. Sur ce point, Joseph Kabila s’est voulu aussi déterminé que crédible. « J’affirme que le cap vers les élections crédibles, transparentes et apaisées est définitivement fixé et que notre marche dans cette direction est irréversible. Le tout, sans ingérence extérieure ni dictat quelconque », a déclaré Joseph Kabila, demandant toutefois aux « vrais amis » de son pays de soutenir « sincèrement le processus électoral en cours. »

Une déclaration qui n’a ému personne, Joseph Kabila n’annonçant aucun calendrier, ni ses intentions personnelles. Pour le premier point, il renvoie à la CENI, seule compétente pour la bonne marche du scrutin, pour le second, il entretient toujours le mystère.

Agacement africain

Une position qui agace de plus en plus nombre de ses voisins.

L’Union africaine, comme l’ONU, l’Union européenne, la SADC ou l’OIF, a signé la note concoctée le 19 septembre, en marge de cette 72e Assemblée générale des Nations unies. Une note qui met clairement l’Accord de la Saint-Sylvestre au centre de tous les agendas. Un accord signé sous l’égide des évêques de la Cenco qui a prolongé le mandat de Kabila d’un an, tout en lui confiant une mission esentielle: préparer des élections sereines, crédibles et inclusives. Le pouvoir en place à Kinshasa a même été félicité dans cette note pour son engagement à ne pas modifier la Constitution. Les grandes instances internationales ont donc enregistré de facto le départ de Joseph Kabila au 31 décembre de cette année, cette Constitution lui interdisant de se présenter pour un troisième mandat.

Intenable 

Lors de diverses réunions entre chefs d’Etats africains, le sort de Kabila a été régulièrement évoqué. La plupart de ces chefs d’Etats semblent avoir intégré le fait que conserver Joseph Kabila à la tête de la RDC leur faisait courir un risque évident. Le fameux risque du dégât colatéral. Le soutenir alors qu’il ne respecte ni la Constitution ni les accords signés avec l’opposition et les évêques catholiques (même s’il a lui-même toujours refusé d’aposer sa signature a bas de ce texte) c’est difficilement justifiable. D’autant que nombre d’acteurs africains sont eux-mêmes souvent en froid avec le respect de leur  Constitution. Si Kabila devait tomber – ce qui apparaît comme le scénario le plus probable aujourd’hui – ceux qui l’auraient éventuellement suivi pourraient être rattrapé par les ennuis. Et si Kabila devait être chassé par un mouvement populaire ou un coup d’Etat, ces mêmes voisins craignent des débordements inéluctables à leurs frontières.

Donnant donnant

Le départ dans le calme du président hors-mandat est donc souhaitable selon eux. Ses confrères africains ont donc cherché des pistes pour assurer son avenir et celui de ses comptes en banque – du moins une partie. Kabila, arrivé très tard à New York n’a pu rencontrer que brièvement le président en exercice de l’Union africaine Alpha Condé. Moins de 20 minutes de tête-à-tete. Pas certain que les deux hommes aient pu aborder tous les problèmes dans un laps de temps aussi court. « Un grand marchandage est en cours », explique un diplomate africain. « On est bien loin de la solution. La négociation ne fait que commencer et le principal acteur semble penser qu’il dispose encore de tout son temps pour négocier. Pas certain que ses voisins apprécident cette position, ni qu’ils aient la même lecture », poursuit un autre diplomate.

Outre le passage protocolaire dans le bureau du secrétaire général des Nations Unies M. Guterres, Le voyage éclair de Kabila à New York a aussi valu par une rencontre avec la délégation belge. « A la demande de Kabila », disent tous nos interlocuteurs. « La délégation belge était en train de plier bagages quand Kabila est arrivé avec une demi-heure de retard », explique un témoin. La rencontre n’a duré qu’une petite demi-heure. Kabila demandant à la Belgique d’être moins « nocive » à son égard. Charles Michel lui répétant la prépondérance de l’Accord de la Saint-Sylvestre.

Didier Reynders, le ministre des Affaires étrangères, n’avait pas été convié à ce rendez-vous car jugé trop hostile à par la délégation  congolaise.  Et le chef de la diplomatie belge ne montera pas dans l’estime du pouvoir kinois puisqu’il s’est entretenu, lui, avec l’un des principaux opposants Moïse Katumbi.

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