RDC: la Commission congolaise des droits de l’homme exige la libération de Diomi

RDC: la Commission congolaise  des droits de l’homme  exige la libération de Diomi

Par Marie-France Cros. 

La Commission nationale des droits de l’homme de la RDC (République démocratique du Congo), une des institutions d’appui à la démocratie créées par la Constitution, a écrit aux ministres congolais de la Justice et des Droits humains, avec copie au Procureur général de la République, pour leur demander de libérer immédiatement l’opposant Eugène Diomi, a indiqué vendredi le parti de ce dernier, Démocratie chrétienne, qui a reçu copie de la lettre.

La Commission congolaise – qui est l’organe chargé d’appliquer en RDC les décisions internationales en matière de droits de l’homme – demande, en fait, l’application d’une décision du Comité des droits de l’Homme de l’Onu. En novembre 2016, ce dernier avait sommé Kinshasa de libérer Eugène Diomi, 57 ans, emprisonné depuis 2012. Sa santé s’est gravement déteriorée en raison de ses conditions de détention, de l’absence de soins et des entraves aux soins mises par les autorités lorsqu’il a eu un AVC.

L’organisateur des protestations

Député du Kongo-central (ex-Bas-Congo), Eugène Diomi était l’organisateur des grandes manifestations de protestation contre l’importante fraude aux élections présidentielle et législative de novembre 2011 – jugées non crédibles par les observateurs extérieurs – lorsqu’il disparaît, le 27 juin 2012, alors que la police occupe depuis la veille, sans mandat, les locaux de son parti. Il dira avoir été enlevé et détenu au secret par des agents des forces de sécurité et ne réapparaîtra que trois mois et demi plus tard, durant lesquels il a été interrogé sur les stratégies de l’opposition. A sa libération, il dépose plainte pour rapt, comme l’avait fait sa femme plus tôt; aucune enquête n’a été menée à la suite de ces plaintes.

Entretemps, le 28 juin, le gouvernement avait annoncé qu’un important politicien avait violé deux sœurs mineures d’âge.Son immunité parlementaire est levée le 3 janvier 2013. Dix jours plus tard, les autorités l’impliquent aussi dans un complot pour attaquer le cortège présidentiel: 13 personnes sont arrêtées, dont l’attaché de presse de Diomi – et leur matériel présenté à la presse (une machette, des bouteilles de bière vides, trois bouteilles de plastique contenant un peu d’essence, des téléphones portables, des matelas), mais l’attaché de presse, qui aurait accusé le député d’opposition d’avoir tout organisé, crie au montage et à la machination lors de la présentation des accusés devant la presse.

La Cour suprême ignorée par le parquet

Le 8 avril 2013, Diomi est arrêté et accusé de viol et d’appui à un mouvement insurrectionnel. A plusieurs reprises, la Cour suprême ordonne qu’il soit placé aux arrêts domicilaires au lieu de la prison de Makala – décisions jamais respectées par le parquet. Le 26 mars 2014, Diomi est condamné à dix ans de prison pour les présumés « viols », sans respecter les droits de la défense, selon celle-ci (cour non valablement constituée, arguments de la défense pas pris en compte, refus de laisser plaider les avocats, etc…).

Alors que la fille, le fils, la soeur et l’épouse de Diomi sont harcelés par les services de sécurité, ses avocats se tournent vers le Comité des droits de l’Homme de l’Onu. Les éléments qu’ils avancent le convainquent assez pour que celui-ci exige, le 17 novembre 2016, la libération de Diomi et son indemnisation par les autorités de Kinshasa. En vain jusqu’ici.

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