RDC : Les compagnies minières vont être sollicitées

RDC : Les compagnies minières vont être sollicitées

Par Marie-France Cros

Alors que l’Etat congolais racle les fonds de tiroirs, la Gécamines a annoncé une révision des accords de partage de production avec ses partenaires miniers privés étrangers dans la trentaine de « joint ventures » qu’elle a conclues. Une annonce mal accueillie dans les milieux miniers, où l’on se plaint de ce qu’en RDC, un contrat signé n’est nullement une garantie.

Selon la Gécamines, expliquait cette semaine l’agence Bloomberg, une série d’audits, toujours en cours, a montré que les partenariats qu’elle avait conclus avec des sociétés privées étrangères (non nommées) lui fournissaient moins de revenus qu’escompté. Les partenaires étrangers minimiseraient la production – qu’ils conduisent, puisque la part de la Gécamines dans l’association est généralement constituée principalement par les concessions exploitées.

Si, sous Mobutu, la Gécamines assurait 70% des rentrées de l’Etat, cette part ne s’élève plus aujourd’hui qu’à quelque 3%. Après avoir annoncé une production de « 100 000 tonnes » de cuivre – soit 10% de ce que produit le Katanga aujourd’hui, faisant de la RDC le premier producteur africain de métal rouge – le patron de la société publique congolaise, Albert Yuma, n’arrive pas même à respecter ses prévisions, fixées à 24 000 tonnes pour 2016, et sa production plafonne à 11 000 tonnes.

Conflit d’intérêts

Yuma est président du conseil d’administration de la Gécamines mais, depuis l’éviction du dernier administrateur-directeur-général, Ahmed Kalej Nkand, il s’est aussi attribué la fonction exécutive de ce dernier. Au grand dam des travailleurs de la Gécamines (qui accumulent une dizaine de mois d’arriérés de salaire) qui ont protesté à plusieurs reprises, notamment auprès de l’ancien Premier ministre Augustin Matata Ponyo; mais celui-ci a dû reconnaître son impuissance face à M. Yuma, un proche du président Joseph Kabila. Mais l’homme est aussi président de la Fédération des entreprises du Congo (FEC) et doit donc défendre les entreprises minières privées! Une position de total conflit d’intérêts, soulignent des observateurs.

La Gécamines annonce donc qu’elle va mettre en place des outils de « contrôle » pour vérifier qu’elle reçoit bien sa juste part des partenariats. Rien de plus normal, si ce n’est que de tels audits, suivis de révisions de contrat, ont déjà eu lieu en 2010-2011. Deux hommes d’affaires contactés par « La Libre Afrique » soulignent l’insécurité juridique que fait ainsi régner Kinshasa, insécurité dont on sait qu’elle fait fuir les investisseurs.

Millions de dollars évaporés

En outre, en juillet dernier, l’ONG britannique Global Witness indiquait qu’entre 2013 et 2015, quelque 750 millions de dollars payés par les sociétés minières privées à la Gécamines et au fisc congolais « ont disparu avant d’être acheminés au Trésor public ». Soit de 30 à 40% des versements miniers à l’Etat. Le rapport faisait de la société dirigée par M. Yuma – mis directement en cause par l’ONG – « la principale coupable de la déviation des revenus miniers du Congo ».

Global Witness indiquait qu’il était difficile de dire ce que cet argent était devenu, les comptes de la Gécamines n’étant pas publiés. L’ONG avait néanmoins souligné qu’entre novembre 2015 et juin 2016, quelque 95 millions de dollars auraient été virés sur des comptes logés dans des banques privées telle que la BGFI – dirigée par un proche du président Kabila – au titre de « versements anticipés d’impôts ». Or, écrivait Global Witness, ces 95 millions dépassent de loin l’impôt annuel payé par la Gécamines.

L’opacité de la Gécamines et l’évaporation de ses gains ont suscité de nombreuses dénonciations, ces dernières années, au point qu’en 2013 le Fonds monétaire international (FMI) avait suspendu un programme avec Kinshasa.

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