RDC: passeports annulés: la colère ne faiblit pas

RDC: passeports annulés: la colère ne faiblit pas

 Par Marie-France Cros
 
L’annonce, vendredi dernier, de l’annulation des passeports « semi-biométriques » en cours de validité a suscité la colère des Congolais, en particulier dans la petite classe moyenne qui contribue à faire tourner l’économie du pays. Mercredi, 26 personnes ont été arrêtées à Kinshasa; elles faisaient partie d’un groupe de manifestants qui réclamaient la suppression de la mesure devant le ministère des Affaires étrangères.  Selon Lucha, organisateur de la protestation, tous ont été libérés dans la soirée « sans qu’aucune charge ne sois retenue contre eux ».

Peu de Congolais détenteurs d’un passeport croient en la justification du gouvernement, selon lequel il s’agit de se conformer aux exigences de pays étrangers refusant qu’il y ait deux types de passeport congolais. Ils font remarquer que plusieurs autres pays acceptent la circulation concomittante des passeports non-biométriques en cours de validité et des nouveaux, biométriques, seuls désormais à être délivrés.
 
Nombreux sont ceux qui dénoncent une « arnaque » des « prédateurs » au pouvoir à Kinshasa. Et de rappeler qu’en avril dernier, une enquête de l’agence Reuters avait été révélé que l’Etat congolais recevait à peine 35% du prix du nouveau passeport biométrique, le reste allant à des privés, dont une proche du chef de l’Etat.
 
Un passeport à 310 dollars
 
Le prix officiel du passeport congolais a été fixé à 185 dollars – un des plus chers au monde – mais il est en réalité bien plus élevé. Selon un lecteur de La Libre Afrique, à Goma le nouveau document est délivré à l’hôtel Linda pour « 310 dollars ». Il sera le seul valable à partir du 16 octobre prochain. Les Congolais vivant à l’étranger se verront confisquer leur passeport « semi-biométrique » à la frontière; une photocopie leur en sera remise afin de faire la demande pour un nouveau document.
 
En RDC, le PIB annuel par habitant est de moins de 500 dollars et 88% des Congolais vivent en-dessous du niveau de pauvreté.
 
« Au cas par cas »
 
Devant le tollé soulevé par la mesure et le grand nombre de situations problématiques à prévoir, le vice-ministre des Affaires étrangères qui l’avait annoncée, Agée Matembo Toto, s’est contenté de déclarer à Radio Okapi que ses services allaient « voir au cas par cas ». Ce que d’aucuns interprètent comme une nouvelle occasion de décisions arbitraires et de demandes de pot-de-vin.
 
Rappelons que lorsque les autorités congolaises avaient déjà obligé leurs concitoyens à changer de passeport – même ceux en cours de validité – en 2010, elles avaient présenté le nouveau document comme « biométrique »; il s’agit de celui qui est aujourd’hui qualifié de « semi-biométrique ».

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