Katumbi : « Avec Kabila, il ne peut y avoir ni dialogue ni négociation »

Katumbi : « Avec Kabila, il ne peut y avoir ni dialogue ni négociation »

Ballon d’essai pour les uns, lobbying de pays occidentaux pour maintenir coûte que coûte Joseph Kabila au pouvoir pour décrocher les derniers contrats pour les autres, à la veille de la participation de Joseph Kabila à l’Assemblée Générale des Nations Unies à New York, l’idée d’un troisième dialogue réunissant la majorité présidentielle et l’opposition revient en force sur la scène politique congolaise.

« C’est la seule manière de désamorcer la crise », explique un membre de la majorité. « Le pays traverse une période très chahutée, l’insécurité a retardé la mise en place des structures ad hoc pour la tenue du scrutin que nous voulons tous. On sait que les délais sont intenables, remettons-nous autour de la table pour discuter de tout cela ».

Un message peu audible pour les tenants du Rassemblement de l’opposition, principale plateforme de l’opposition congolaise, qui a rapidement publié une mise au point dans laquelle elle explique, sous la signature de Félix Tshisekedi, qu’elle ne participera pas à ce nouveau round de négociations dont elle « ignore tout ». Et d’expliquer que « Joseph Kabila a renoncé et donc perdu la légitimité que seul cet Accord (de la Saint Sylvestre) lui conférait. Derechef, il ne peut en aucune manière se prévaloir de la qualité de Président de la République démocratique du Congo ». Et de poursuivre en expliquant qu’il s’est « lui-même disqualifié, il n’est donc plus un interlocuteur crédible. Il est un problème intégral. Le processus prévu par l’Accord, doit pour aboutir; se poursuivre sans Joseph Kabila. »

« Pas question ! »

Moïse Katumbi, joint par téléphone, affirme pour sa part : « Il n’est pas question de participer à un nouveau dialogue. Il y a déjà eu deux dialogues et Joseph Kabila n’a jamais respecté aucun des engagements qui y ont été pris. Il a trompé tous ses interlocuteurs. Il a démontré que son seul objectif était de se maintenir au pouvoir par tous les moyens en se moquant éperdument du peuple congolais. Dans ces conditions, à quoi pourrait servir un troisième dialogue. Le dialogue mené sous l’égide des évêques de la Cenco, qui a abouti à l’Accord de la Saint-Sylvestre, est arrivé à des conclusions claires. Kabila a obtenu une prolongation de mandat d’un an dans le seul but d’organiser des élections auxquelles il ne peut participer. Il doit quitter le pouvoir et le peuple congolais doit pouvoir retourner librement aux urnes pour choisir, de manière démocratique, son nouveau président. Il n’y a pas d’autres issues. S’il ne veut pas respecter cet Accord, le peuple congolais en tirera les conséquences. Il faut résister. Joseph Kabila et sa clique ont pris en otage tout un pays de plus de 80 millions d’âmes. Les Congolais sont fatigués de ce Monsieur qui considère notre pays comme sa propriété privée. Trop, c’est trop. Il sait ce qu’il lui reste à faire pour éviter le pire et trouver une porte de sortie qui rétrécit de jour en jour. Nous savons qu’il va se rendre aux Nations unies à New York pour expliquer qu’il a respecté ses engagements. C’est faux. Archi-faux. Aujourd’hui, il continue à tromper l’opinion américaine par des articles dans la presse qui me prêtent des liens imaginaires avec Georges Soros et par des campagnes de presse calomnieuses financées à coups de millions de dollars sur le dos des fonctionnaires congolais, des militaires et des policiers très mal payés. Joseph Kabila et ses acolytes sillonnent le monde en prétendant que la situation du pays est sous contrôle. De qui se moquent-ils ? Jamais la situation n’a été aussi grave. Les évêques en ont témoigné dans leur message. Partout dans le pays on assiste à la montée de la violence, de la misère et de la faim. On tue en silence, on emprisonne, on massacre pour réduire les Congolais au silence et faire croire au monde entier qu’il y a la paix. Ce Monsieur a perdu le sens de la vérité. Rappelez-vous les paroles qu’il avait prononcées en 2014 du haut de la tribune des Nations Unies lorsqu’il s’était engagé devant la Communauté Internationale à tenir des élections. Aujourd’hui, pour faire peur à la communauté internationale, il l’accuse constamment d’ingérence. Il sait pertinemment que lorsqu’elle demande la publication d’un calendrier électoral ou exige des comptes sur la gestion financière du processus électoral, elle ne fait que répondre aux aspirations des 80 millions de Congolais qui ne demandent que d’exercer leur droit le plus légitime, celui d’aller aux élections pour choisir des dirigeants capables de mettre un terme aux violences, aux tueries, aux massacres, aux viols, aux fosses communes. Il n’y a là aucune ingérence. La Communauté internationale ne doit en rien se sentir concernée par les menaces d’un président illégitime qui a échoué à organiser les élections dans les délais fixés et qui pour conserver le pouvoir est déterminé à mettre son pays à feu et à sang. Avec monsieur Kabila, il ne peut y avoir ni dialogue ni négociation s’il n’organise pas les élections comme c’est prévu dans l’Accord de la saint-Sylvestre. Et pas question de passer par un vote électronique. C’est le dernier tour de passe-passe qu’il a trouvé pour tenter de faire gagner sa majorité lors des élections. On sait ce qu’il est advenu du vote électronique au Kenya. Vous imaginez ce qui se passerait dans un pays sans infrastructures ni électricité. C’est une distraction entretenue par un homme qui ne sait plus à quel saint se vouer pour voler les voix des Congolais. « 

Et Moïse Katumbi de défier le pouvoir en place. « Pourquoi ne laisse-t-il pas le peuple congolais manifester pacifiquement. Il interdit tout mouvement. Il recourt à la force pour bâillonner le peuple et l’opposition. S’il agit ainsi, c’est parce qu’il a peur du peuple. Il l’a entendu chanter à pleins poumons dans le stade des Martyrs. Il l’a entendu partout, dans toutes les provinces. Il doit partir. Il sait que tous les Congolais veulent le changement et veulent son départ cette année. »

« Un peuple qui murmure est toujours redoutable », dit-on, « que dire d’un peuple qui chante votre départ ! »

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