Un million de réfugiés sud-soudanais en Ouganda, une crise humanitaire quasi-oubliée

Un million de réfugiés sud-soudanais en Ouganda, une crise humanitaire quasi-oubliée

L’Ouganda, un pays d’Afrique de l’est grand comme huit fois la Belgique, abrite sur son sol 1,3 million de réfugiés – dont plus d’un million de Soudanais du Sud fuyant la guerre dans leur pays -, en leur réservant un accueil généreux, mais ce modèle unique se retrouve sous pression face à l’ampleur de la crise humanitaire qui touche le nord-ouest de son territoire. Au Soudan du Sud, des dizaines de milliers de civils ont été tués et des millions de personnes déplacées à cause d’une guerre civile qui a débuté décembre 2013, moins de trois ans après l’indépendance du pays, opposant le président Salvaa Kir à son ancien vice-président Riek Mashaar.

Si le conflit opposait au départ principalement les Dinka de M. Kiir aux Nuer de Riek Machar, d’autres groupes ethniques ont ensuite rejoint l’un ou l’autre camp, souvent dans l’espoir de tirer profit d’alliances dans des conflits locaux, notamment territoriaux.

Cette guerre civile restée quasi-inaperçue en Occident a entraîné la fuite de plus de deux millions de Soudanais du Sud dans les pays voisins et deux autres millions ont été déplacés à l’intérieur du plus jeune Etat au monde, causant l’une des pires crises humanitaires du moment.

Le Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) a annoncé à la mi-août que le nombre de Sud-Soudanais réfugiés en Ouganda avait dépassé le million et lancé un nouvel appel à l’aide à la communauté internationale pour financer la réponse à cette crise.

Si le flot des réfugiés s’est quelque peu tari – quelques centaines par jour, contre 1.800 en moyenne au cours des douze derniers mois – avec l’arrivée de la saison des pluies, les responsables ougandais et internationaux craignent un nouvel afflux lors du retour de la saison sèche. 85% sont des femmes et des enfants, dont beaucoup ont été victimes ou témoins d’actes de violences souvent d’une extrême brutalité – comme des hommes abattus sous les yeux de leur épouse et de leurs enfants.

Nombre de réfugiés accusent l’armée gouvernementale d’être responsable de ces exactions, selon des témoignages recueillis sur place par un journaliste de l’agence Belga.

L’Ouganda est, avec ses 41 millions d’habitants, internationalement reconnu comme terre d’accueil pour tous ceux qui fuient les nombreuses crises que connaît la région, en hébergeant aussi 223.000 réfugiés venus de République démocratique du Congo (RDC), 37.000 Burundais et presque autant de Somaliens.

Depuis 2006, une loi sur les réfugiés accorde à chaque famille réfugiée un lopin de terre pour habiter (30 mètres sur 30) et un autre pour cultiver (50 m sur 50), dans l’attente d’un retour de la paix dans leur pays. Les terres sont « prêtées » par les communautés et des propriétaires individuels en contrepartie de la mise en place d’infrastructures (routes, écoles, centres de santé, distribution d’eau potable, services bancaires, etc.) par les ONG et les institutions internationales, sous la houlette du puissant Bureau du Premier ministre (OMP).

Les réfugiés sud-soudanais se disent globalement satisfaits de l’accueil qui leur est réservé en Ouganda. Ils ont en général franchi la frontière après plusieurs jours de marche sur des routes dangereuses, théâtre de combats entre les soldats gouvernementaux et les groupes armés, sous la menace constante d’exactions, allant de l’exécution de proches au viol, en passant par la confiscation de leurs biens. Pour certains qui avaient fui le vaste Soudan dans les années 1990, lors d’une précédente vague de violences, il s’agit du second exil loin de leur foyer. Des familles ont été séparées par les combats ou lors de l’exode.

Mais nombre de réfugiés se plaignent néanmoins de difficultés récurrentes, comme le difficile accès à l’eau (vitale dans cette région équatoriale), à l’enseignement pour les enfants, à l’emploi, en regrettant aussi l’absence d’électricité dans les camps – que les autorités ougandaises préfèrent appeler des « settlements » (implantations) car les réfugiés sont libres de se déplacer sans entrave dans tout le pays, même s’ils préfèrent rester à proximité de la frontière dans l’attente d’un hypothétique retour.

En théorie, l’installation des réfugiés représente aussi une opportunité de développer le marché du travail pour les populations locales. Mais face à l’afflux, dans le nord du pays, ce modèle donnant-donnant montre ses limites. La taille des parcelles à cultiver attribuées par l’OPM a été considérablement réduite, quand le principe n’a pas été annulé pour les derniers arrivants.

La réponse à cette crise humanitaire apparemment sans fin prévisible est aussi largement sous-financée. Un « sommet de la solidarité » organisé en juin dernier à Kampala par le gouvernement ougandais pour recueillir deux milliards de dollars n’a engendré que 358 millions de dollars de promesse des donateurs.

Les crises sud-soudanaise, congolaise et burundaise exigent, en Ouganda, des besoins chiffrés à 900 millions de dollars par an, a affirmé la responsable de l’Office humanitaire de la Commission européenne (Echo) à Kampala, Isabelle d’Haudt. « Fin août, le financement atteignait 24% » des besoins, a-t-elle expliqué à un groupe de journalistes européens, tout en assurant que ces moyens étaient utilisés au mieux.​

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