RDC : La moutarde monte au nez des Nandes

RDC : La moutarde monte au nez des Nandes

Par Marie-France Cros

Le chef de l’ethnie nande dans le territoire de Beni a été arrêté le 22 août, à la frontière ougando-congolaise, par les autorités ougandaises, a annoncé lundi l’agence de presse congolaise indépendante APA. Abdulrazak Kalemire se voit reprocher, selon l’agence, d’être entré sur le territoire ougandais par un point de passage non identifié et d’avoir planifié une « sorte d’insurrection ».

Les Nandes forment une ethnie commerçante, renommée pour son dynamisme, qui vit à cheval sur le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC) et l’ouest de l’Ouganda, où elle est appelée Khonzo ou Yiira. Originaires du royaume ougandais de Toro, ils ont migré au XVIIIe siècle vers ce qui est aujourd’hui le nord du Nord-Kivu, dans les régions de Beni, Butembo, Lubero. La majeure partie des Nandes (quelque 5 millions de personnes) vit aujourd’hui en RDC. Leur frères restés en Ouganda (environ 800 000 personnes) ont fait sécession du royaume de Toro, se plaignant que ce dernier néglige leur bien être; ils ont créé un royaume reconnu en 1962, aboli par Kampala en 1967 et à nouveau reconnu en 2009, avec une autonomie en matière culturelle et sociale.

Les 26 et 27 novembre 2016, la police et l’armée ougandaises avaient donné l’assaut au palais du roi des Khonzos à Kasese (155 morts) et arrêté celui-ci, Charles Wesley Mumbere, 64 ans, fils du fondateur du royaume, avant de l’inculper de terrorisme et trahison; il a été remis en liberté provisoire en février 2017. Kampala accuse ses gardes d’avoir formé une milice liée à un mouvement favorable à la création d’une « République de Yiira ».

Les Nandes se sentent harcelés

Côté congolais, les Nandes se sentent eux aussi harcelés. Depuis octobre 2014, ils subissent des massacres récurrents de civils (plus de 600 morts) sans savoir pourquoi. Kinshasa en accuse la rébellion ougandaise ADF-Nalu; la population du Nord-Kivu y voit plutôt une déstabilisation organisée pour justifier qu’on ne puisse tenir d’élections dans une région devenue hostile au président hors mandat Joseph Kabila; des enquêtes pour l’Onu dénoncent une collusion entre ADF-Nalu et militaires congolais. Certains leaders d’opinion nandes crient au « génocide ».

En 2016 a été créée une milice nande, les Maï Maï Mazembe, pour combattre les auteurs de ces massacres. Les Mazembe commettent à leur tour des meurtres, en particulier à l’encontre de l’ethnie qui est la rivale des Nandes au Nord-Kivu, les Hutus. Ils accusent ces derniers d’être les auteurs des tueries de Nandes, grâce à la complicité du groupe armé FDLR (Hutus rwandais issus des génocidaires), très aguerris, qui ont servi de supplétifs à l’armée congolaise. Les heurts meurtriers seraient attisés par des politiciens locaux en mal de postes publics.

Butembo en révolte

Cette insécurité rend de plus en plus difficile le commerce sur lequel les Nandes ont bâti leur tranquille prospérité.

La ville de Butembo, peuplée majoritairement de Nandes, est en ébullition depuis le mois d’août en raison de la multiplication des attaques à main armée – parfois en tenue de policier ou de militaire. La société civile y exige la démission des autorités locales administratives, policières, militaires et du service de renseigenement en raison de leur incapacité/absence de volonté pour combattre ce fléau. Ces services, loin de poursuivre les malfaiteurs, accusent aujourd’hui la société civile, préfèrent poursuivre ceux qui dénoncent les faits et occasionner ainsi de nouvelles violences.

Déjà au Kasaï et au Katanga

La situation, on le voit, est explosive. Il faut rappeler ici que c’est l’insécurité créée par la police – sous-payée et payée en retard –  qui est à l’origine de l’insurrection, début 2016, de Kamwina Nsapu au Kasaï (3000 morts, selon l’Eglise catholique, et 1,4 million de déplacés), comme elle l’avait été, il y a un an, de la vague destructrice de révoltes urbaines au Katanga.

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