RDC : Forte tension à Butembo

RDC : Forte tension à Butembo

Par Marie-France Cros

Alors que la société civile de Butembo est en révolte contre les autorités locales depuis la fin août, en raison de leur incapacité – voire « complicité » – à mettre fin aux méfaits d’hommes en armes responsables d’une forte insécurité dans la ville, les représailles contre les dirigeants de la société civile se poursuivent, a indiqué celle-ci à La Libre Afrique.

Alors que « les menaces s’accentuent à l’égard des activistes de la société civile, des leaders sociaux, des leaders des groupes de pression et certains animateurs de la coordination de la société civile », la police a arrêté huit femmes du groupe « Dynamique des femmes pour la bonne gouvernance », qui réclamaient la liberté pour deux prêtres enlevés depuis deux mois, bien que la liberté de manifestation soit garantie par la Constitution.

La police a aussi effectué, vendredi 8 septembre, une « descente musclée » pour arracher un tableau d’affichage, appelé « Miroir du peuple », sur lequel la société civile de Butembo placarde des informations, notamment son appel exigeant la démission des autorités politico-administratives et sécuritaires de la ville en raison de leur inefficacité. La veille, des militaires avaient échoué à enlever le « Miroir du peuple ».

Représailles contre un abbé, dirigeant de la société civile

Dans la nuit de vendredi à samedi, vers minuit, des hommes équipés d’armes blanches et d’armes à feu ont attaqué la résidence des prêtres de la paroisse universitaire St-Cyrille d’Alexandrie, de l’Université catholique du Graben. Ils ont ligoté deux gardiens et pénétré de force (en cassant la porte) dans la chambre du professeur abbé Télésphore Muhindo Malonga – qui était heureusement absent – président de la coordination urbaine de la société civile de Butembo. Ne le trouvant pas, ils ont saccagé les lieux, volé du matériel (ordinataur, camera) et de l’argent, dispersé des documents, avant de s’en prendre à un autre abbé, le pr. Athanase Waswandi, qui a été battu et enlevé – mais qui a réussi à prendre la fuite; il s’en sort avec une blessure à la tête et une fracture du bras gauche.

Le samedi matin, vers 9 h, la police et un magistrat du parquet sont arrivés sur les lieux avec un bourgmestre local puis, vers 10h, le maire de Butembo et son adjoint; ils ont tenu sur les lieux une réunion d’urgence, au sortir de laquelle des étudiants ont retenu le maire et son équipe, exigeant qu’il signe sa démission. « C’est grâce à l’intervention urgente et musclée de la police que ce dernier a été sauvé de justesse », indique la société civile de Butembo. « Quelques étudiants et deux professeurs » ont été arrêtés durant quelques heures.

La société civile de Butembo souligne que les réunions de sécurité se multiplient autour du maire de la ville, depuis l’appel à la démission des autorités locales, et cela « non pour mettre fin à l’insécurité grandissante et permanente, mais pour traquer ceux qui la dénoncent ».

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