RDC : Le Parc des Virunga à nouveau menacé par les pétroliers

RDC : Le Parc des Virunga à nouveau menacé par les pétroliers

Par François Misser

On a cru le Parc sauvé après le retrait en 2015 de la firme pétrolière Soco qui voulait y forer. Illusion : Kinshasa vient de réattribuer le bloc controversé à une société offshore.

C’était en juin 2014. A l’époque, la firme britannique Soco International, au terme d’une campagne intense des défenseurs de l’environnement, annonce l’arrêt de ses activités dans le Parc national des Virunga, inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Le Fonds mondial de la nature (WWF) crie victoire. En mars 2015, sur son site internet, la société pétrolière britannique annonce dans la foulée avoir cessé de détenir le bloc V, dont 52% de ses 7529 km² chevauchent le territoire du Parc.

La crainte des défenseurs de l’environnement comme du conservateur du Parc, le Belge Emmanuel de Merode était que l’exploration sismique puis l’exploitation ne portent atteinte à la riche mais fragile biodiversité du parc. Celui-ci abrite non seulement avec le Parc des Volcans rwandais et l’Impenetrable Forrest ougandaise les derniers gorilles de montage mais comprend aussi une partie du Lac Edouard, dont l’écosystème et les moyens de subsistance de quelque 50 000 familles de pêcheurs pourraient être menacés par une marée noire éventuelle.

Coïncidences en cascade…

Deux ans après le départ de Soco, le cauchemar refait surface. La lettre Africa Energy Intelligence (AEI) de Paris vient de révéler que le gouvernement congolais n’a pas tourné la page de l’exploitation pétrolière dans le Parc. La Société nationale des hydrocarbures du Congo (Sonahydro), propriété de l’État congolais a signé un « accord de principe » pour réattribuer le permis de Soco à une société inconnue, dénommée Oil Quest International, filiale de Oil Quest Holdings, compagnie offshore de l’Ile de Man possédée par l’homme d’affaires palestinien, Amjad Bseisu, le Britannique , Tom MacKay, conseiller de la société Gemini Oil & Gas, dont le siège est à Londres, et d’un certain Jon Ford, ancien géologue chez BP.

Le directeur de cette mystérieuse junior, Oil Quest Internationl est un ressortissant français dénommé Rui Miguel Léon-Suberbielle. Coïncidence ? AEI relève que M. Léon-Suberbielle n’est autre que le fils du président actuel de Soco, Rui de Sousa, lui-même un vieux routier du secteur énergétique, ex-directeur de Gazprom Invest et président de Quantic Mining, une société de trading de produits miniers et pétroliers, dont les sièges sont tous à Beyrouth. Deuxième coïncidence, relevée par AEI : l’homme de Oil Quest au Congo est l’ancien représentant de Soco dans le pays, José Sangwa Kanyunzi. De quoi soupçonner Soco, de vouloir récupérer son bloc V en empruntant un faux nez. Mais M. Rui de Sousa dément avoir le moindre intérêt dans la société dirigée par son fils.

Une certitude: le pactole en jeu est important. Les géologues de Soco et de Oil Quest partent du principe que du côté ougandais de la frontière, la firme irlandaise Tullow Oil a découvert des réserves de 1,7 milliard de barils. Ce qui augure de bonnes chances pour que les cinq blocs du Rift Albertin congolais contiennent également des ressources appréciables, car les nappes pétrolifères s’étendent de part et d’autre de la frontière.

Toutefois, un tel projet d’exploitation présente au plan juridique des risques d’être invalidé tôt ou tard. Indépendamment du risque réputationnel encouru par l’opérateur d’être présenté internationalement comme ennemi de la faune et de la flore menacés. C’est pour cette raison du reste qu’en mai 2013, le géant français Total, titulaire du bloc III du Rift albertin congolais, soucieux de s’épargner un opprobre comme celui subi par Shell pour cause de pollution du Delta du Niger, s’est engagé en mai 2013 à ne pas mener d’exploration à l’intérieur de ses limites sur son bloc III.

Rencontré au Parlement européen, en octobre 2014, le directeur du Parc, Emmanuel de Merode, nous avait déclaré : « Les textes de loi au Congo sont extrêmement clairs. L’exploitation pétrolière dans un site du Patrimoine mondial n’est pas admise », ajoutant : « L’article 215 de la constitution prévoit que tout accord international qui est ratifié par l’Assemblée (nationale) a préséance sur les lois nationales ». « Et donc, il est catégoriquement illégal d’explorer du pétrole à l’intérieur du Parc dans la législation actuelle », mettait-il en garde. Sur la même longueur d’onde, l’ancienne directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova, avait menacé plusieurs fois les autorités congolaises de retirer le Parc des Virunga de la liste des sites du Patrimoine mondial, si elles autorisaient des forages à l’intérieur de celui-ci.

Mais alors pourquoi, la Sonahydro et le ministre des Hydrocarbures, Aimé Ngoy Mukena ont-ils remis le couvert ? Le film Virunga tourné en caméra cachée par le réalisateur Orlando von Einsiedel dévoile des pratiques de corruption de la part de Soco. Voudrait-on réamorcer la pompe de l’argent sale ? Si oui à quel niveau ? M. Ngoy Mukena, ancien gouverneur du Katanga, qui a été accusé par International Crisis Group d’avoir créé des milices Maï Maï, passe pour un proche de la Présidence…

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