« Seule, la mobilisation peut libérer le Congo »

« Seule, la mobilisation peut libérer le Congo »

Jean de Dieu Kilima, militant de la Lucha, originaire de Kisangani, est sorti de prison il y a un an. C’était le 5 septembre 2016. Six jours après la libération de ses amis Fred Bauma, Yves Makwambala et Christopher Ngoy  et quatre jours après celles de Bienvenu Matumo, Héritier Kapitene, Victor Tesongo et Godefroy Mwanabuato.  Tous condamnés pour avoir osé réclamer l’instauration d’un véritable Etat de droit en République démocratique du Congo.

« J’étais le dernier à entrer en prison, j’ai été le dernier à en sortir », explique aujourd’hui Jean De Dieu Kilima. « Depuis que je suis sorti, rien ne s’est amélioré. C’est même bien pire. J’ai été libéré sous conditions très strictes. Ce qui ne m’empêche pas d’être sur le terrain et de travailler à la mobilisation et à la sensibilisation de la société congolaise ».

Qu’entendez-vous par bien pire ?

C’est un constat amer. Je vois que depuis que nous avons été libérés, le nombre de prisoniers politiques et de prisoniers d’opinon n’a cessé d’augmenter. On en parle moins. C’est presque devenu banal, mais beaucoup de jeunes ont été arrêtés lors des mouvements du 19 décembre, parfois simplemet parce qu’ils assistaient à des manifestations pacifiques. La jeunesse congolaise paie un prix fort à la dictature de Joseph Kabila.

Aujourd’hui, les mouvements citoyens espèrent le départ le départ de Joesph Kabila pour le 31 décembre 2017 au plus tard. Vous y croyez encore ?

Absolument. Et ce n’est pas de la naïveté. Nous faisons un gros travail de sensibilisation pour qu’un maximum de Congolais adhèrent à notre démarche. Regardez comment la police et l’armée réagissent face à une poignée de manifestants déterminés. Comment pourront-ils agir alors face à une foule de 50 ou 100.000 personnes. Kabila, malgré tous ses moyens de répression, de résistera pas à une telle pression.

C’est donc la rue, selon vous, qui peut pousser Joseph Kabila vers la sortie? 

C’est évident à mes yeux. La seule voie pour faire partir Kabila, c’est la mobilisation populaire. Quand la rue est mobilisée tout peut arriver, tout peut changer très vite.

Depuis un an, opposition ou société civile,  personne n’est parvenu à mobiliser la rue. Pourquoi ? 

D’abord, parce que nous étions un peu trop individualiste. Aujourd’hui, on s’est mieux structuré. Ce n’est peut-être pas encore parfait, mais il y a un vrai front qui s’est constitué avec différents mouvements citoyens et des acteurs de la société civile. Nous avons mis nos égo de côté pour travailler ensemble sur notre objectif commun, l’alternance, l’instauration d’une vraie démocratie et, pour que tout cela devienne possible, le départ de Joseph Kabila. J’aimerais aussi que les leaders de la société civile ou les politiques qui sont à l’étranger rentrent au pays. Une mobilisation avec, notamment, Sindika Dokolo et Moïse Katumbi en première ligne, ça ferait bouger directement les choses.

Vous réclamez la tenue des élections pou décembre 2017 au plus tard, si la CENI sort son calendrier et annonce la tenue de la présidentielle dans les temps, vous rangerez-vous derrière ce caledrier ?

C’est vrai que c’est ce que nous demandons. Oui, on en discutera, mais je pense qu’on peut accepter. Il faut évidemment que Joseph Kabila quitte le pouvoir et ne soit pas candidat. Ce point est non négociable. Il ne sera jamais plus candidat après ses deux mandats. Cet homme a beaucoup fait regresser le pays. Nous ne sommes pas dupes non plus à l’égard de la CENI. Corneille Nangaa, le président de cette commission électorale nationale a oublié la signication du « i » dans le nom de son institution. « I » comme indépendante. Nangaa est un valet du pouvoir, un homme à la solde de Kabila. Il n’est plus crédible. Il ne respecte rien. Il avait promis de publier le calendrier électoral avant le 31 août, on attend toujours. L’élection pour laquelle on se bat doit être le déclencheur d’un changement général en République démocratique du Congo.

En décembre dernier, les négociations menées par es évêques de la Cenco ont finalement permis à Joseph Kabila de gagner du temps. Rétrospectivement comment jugez-vous cette négociation qui a abouti aux accords de la Saint-Sylvestre ? 

Nous, à la Lucha, on n’était pas preneur de cette négociation. On n’était pas invité non plus.  Mais on a accepté cette négociation des évêques. Onpeut le regretter, mais il ne faut pas vivre au passé. Il faut regarder vers demain, se dire qu’on ne recommencera plus les mêmes erreurs et revenir à nos engagements. Regardez la mobilisation  de janvier 2015, quand la majorité avait voulu modifier la constitution. Malgré la mobilisation policière, Kabila a dû reculer. Il faut garder cette image en tête et se dire que ce qu’on a fait alors, on peut le refaire en bien plus grand demain.

On a parlé des mouvements citoyens, de la société civile, qu’en est-il des partis politiques ?

On doit être tous ensemble. Les politiciens doivent se mobiliser, il faut qu’ils soient en première ligne des manifestations, ce seront eux les premiers bénéficiaires directes du départ de Kabila. On n’a pas les mêmes agendas, mais on a un point de convergence; on veut des élections et on veut que Joseph Kabila quitte le pouvoir.

Comment voyez-vous les prochaines semaines ?

On travaille sur un calendrier d’actions, on élabore une nouvelle stratégie. Je peux vous dire qu’il y a une grande action préve pour le 30 septembre pour éxiger la convocation du corps électoral. Le 19 septembre, on va commémorer le martyr de nos amis qui sont tombés sous les balles des policiers lors de cette manifestation.

La répression ou l’annonce d’une éventuelle répression a découragé bien des manifestants…

C’est vrai que le pouvoir n’hésite jamais à utiliser la force contre les manifestants. Mais on va continuer à se battre pour vaincre ce régime, cette dictature. On ne va pas rentrer dans leur jeu. Ce n’est pas nos valeurs. Ce n’est pas avec la violence qu’on peut construire un Congo grand et prospère. Mais ce pouvoir en place doit arrêter de croire qu’il pourra encore longtemps nous empêcher de manifester. La problématqiue face à cette répression, c’est le nombre. Ce sera le seul déclencheur. Si on est nombreux, personne ne pourra nous empêcher de manifester. Il n’y a que la mobilisation qui peut libérer notre Congo. A la Lucha, on a compris que seuls, on ne pourra pas atteindre notre objectif. C’est pour cela que nous avons rejoint le collectif d’actions de la société civile (le Casc) dans lequel on retrouve des mouvemsnts comme Compte à rebours, des organisationcomme l’Acaj et des personnalité comme Denis Mukwege. C’est une structure qui permet de nous fédérer. Notre union sera notre force….

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