RDC : « Kabila n’a pas compris que son temps était révolu »

RDC : « Kabila n’a pas compris que son temps était révolu »

Olivier Kamitatu est le vice-président du G7, plateforme qui a osé claquer la porte de la kabilie il y a deux ans maintenant. A l’époque, les sept partis politiques qui ont opté pour ce divorce se justifiaient par le manque de volonté affichée par le président Kabila de ne pas briguer un troisième mandat inconstitutionnel. Deux ans plus tard, huit mois après la fin du second mandat de Joseph Kabila, force est de constater que leur crainte était justifiée. Kabila est toujours en place et il ne s’est toujours pas prononcé sur son avenir… Olivier Kamitatu, porte-parole officielle du candidat Moïse Katumbi, fait le point avec La Libre afrique.be sur les dossiers chauds de cette rentrée politique.

Ce jeudi 31 août, la Ceni, réunie à Kananga en compagnie du CNSA et du gouvernement, a annoncé qu’elle était en mesure d’annoncer très prochainement un calendrier électoral crédible et complet…

Cette réunion, cette déclaration et tout ce qui tourne autour n’a aucun sens. C’est une fois encore de la poudre aux yeux de ceux qui veulent encore croire que Kabila jouera le jeu démocratique. La Ceni est l’instrument du pouvoir. Le CNSA, organe né de l’accord de la Saint-Sylvestre a été complètement vidé de son essence. La majorité et quelques partis fantoches se réclamant de l’oppositon ont tué dans l’oeuf le CNSA qui est aujourd’hui entre les mains de quelques courtisans venus tendre la cébille sous les fenêtres de Kabila. La politique du ventre exécutée par des hommes sans foi ni loi qui espèrent empocher quelques sous en léchant les bottes du pouvoir. C’est détestable. C’est insupportable quand on sait – et ils le savent aussi – qu’en agissant comme ils le font, ils sont prêts à sacrifier le futur de millions de Congolais pour une poignée de dollars. Et que dire des chiffres présentés par la Ceni sur l’enrôlement des électeurs. C’est une farce. Le Sankuru qui duble son nombre d’électeurs en 5 ans. Kinshasa qui a moins d’inscrits que l’Equateur. C’est vraiment du grand n’importe quoi. Ajoutez-y le vote électronique et vous obtiendrez l’arsenal du parfait grand fraudeur. En attendant, le calendrier n’est toujours pas sur la table. La Ceni avait pourtant pris l’engagement de publer ce calendrier électoral le 31 aoput, une fois de plus, elle n’a pas respecté sa parole. En fait, elle a encore raté un rendez-vous dans le seul but de faire plaisir à son vrai patron Joseph Kabila. Un ex-président qui n’a pas compris que son temps était révolu. »

La Ceni se targue d’avoir annoncé ce qu’elle présente comme une avancée significative devant des membres de l’Onu et de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF)…

« Ce n’est pas parce qu’il y a des personnes dans la salle que cela signifie qu’elles endossent ce que vous dites. En agissant comme elle le fait, en retardant tout le processus électoral, la Ceni est responsable au premier degré des morts et des violences dans notre Congo. Les patrons de la Ceni savent pertinemment bien ce qu’ils font et ils devront rendre des comptes. »

En parlant de compte, la situation budgétaire de la RDC est de plus en plus compliquée…

« Nous avons tiré la sonnette d’alarme depuis des mois. La mauvaise gestion, le pillage des richesses, l’accaparement par la famille présidentielle de tout ce qui devrait rentrer dans les caisses de l’Etat, tout ceci explique que notre Congo soit en faillite. On n’est plus au bord du précipice, on est déjà en chute libre. Des dizaines de milliers de fonctionnaires ne sont plus payés. Cela veut dire que des centaines de milliers de Congolais vivent désormais dans des foyers sans rentrées financières. C’est une bombe à retardement, une de plus. C’est aussi un drame humain sans commune mesure. Cela veut dire que des centaines de milliers d’enfants vont peut-être mourir de faim, par la faute de ce pillage systématique orchestré par un clan, par quelques personnes. Trop, c’est trop. »

Ce vendredi, la cour suprême a invalidé les résultats de la présidentielle au Kénya. Qu’en pensez-vous ? 

« C’est une victoire de la justice. Une leçon pour le monde entier, pas seulement pour l’Afrique. Les juges ont fait leur boulot et ils ont osé aller au bout de leur travail. Trop souvent, nos juges sont exposés à des pressions insoutenables. Souvenez-vous de la juge Ramazani dans le dossier Stoupis – Katumbi. On parle de révolver sur la tempe pour obtenir une décision de justice. Dire le droit et rien que le droit relève parfois d’un courage énorme chez nous. Il y a même des gens qui sont persécutés sans avoir été jugé. Regardez ce qui se passe avec M. Kyungu, à Lubumbashi. Sans être passé devant le juge, notre confrère et ami du G7 a été placé  en résidence surveillée. Juste parce que certaines personnes n’aiment pas le voir se balader en ville. Où va-t-on dans ce pays ? »

Mais tous les observateurs internationaux pointent toujours l’accord de la Saint-Sylvestre et la résolution 2348 comme socle de base de toute négociation en RDC ?

« Exact, et on est satisfaits que personne n’a oublié les conclusions de l’accord de la Saint-Sylvestre et les exigences de la résolution 2348. L’alternance n’est pas une volonté de quelques illuminés. Non, l’alternance, la possibilité offerte à tous les Congolais d’élire librement leur président et tous leurs représentants est un droit inaliénable. L’Union africaine, et nous la remercions, a rappelé le poids de cette résolution 2348. »

L’accord de la Saint-Sylvestre avait un axe décrispation qui prévoyait la libération, notamment, des prisonniers politiques… 

« Encore un point qui n’a pratiquement jamais été appliqué. Eugène Diomi, Jean Claude Muyambo, Huit Mulongo, Franck Diongo croupissent toujours en prison et les exilés ne peuvent rentrer sous peine d’être arrêtés à leur tour. Cela démontre bien que la majorité n’a jamais eu l’intention de respecter les textes qu’elle signait. Aujourd’hui, on sait comment ces gens agissent et jusqu’où ils peuvent aller. On ne va pas retourner à la table des négociations pour permettre encore et encore au pouvoir en place de gagner du temps. La récréation est terminée. L’heure de l’addition approche et elle sera très salée pour certains. Toutes ces tricheries, ces violences, ces mensonges ont renforcé l’unité du Rassemblement. Les pommes pourries  qui devaient partir nous ont quittés. Aujourd’hui, le Rassemblement est plus fort que jamais. Regardez comment fonctionne l’axe Félix Tshisekedi – Moïse Katumbi. Le Manifeste de Paris doit, lui, permettre de fédérer au-delà des partis politiques, d’unir tous ceux qui veulent d’un nouveau départ pour le Congo. La société civile, les partis politiques ont en commun un objectif : le départ de Kabila et l’instauration d’une vraie démocratie en RDC, d’un Etat de droit. » 

Le manifeste de Paris a lui seul ne suffira pas à faire partir Kabila ? 

« C’est évident. Il y a un caldendrier d’actions à l’études. Beaucoup sont déjà décidées. On va aller crescendo. On ne laissera pas un moment de répit à Kabila. Il a eu toutes les possibilités de partir par la grande porte. Il a refusé cette opportunié, l’histoire ne lui repassera pas les plats.

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