Kenya : l’élection présidentielle invalidée par la Cour suprême

Kenya : l’élection présidentielle invalidée par la Cour suprême

Par Marie-France Cros

A la surprise générale, la Cour suprême du Kenya a annoncé vendredi matin à Nairobi que la réélection du Président sortant, Uhuru Kenyatta, le 8 août dernier, n’était “pas valide”. Les autorités électorales ont deux mois pour en organiser de nouvelles.

Le scrutin “n’a pas été conduit en accord avec la Constitution”, a déclaré le président de la Cour en annonçant une décision adoptée par quatre des sept juges qui la forment, contre deux magistrats qui s’y sont opposés et une absence pour cause de maladie.

« A la question de savoir si les illégalités et les irrégularités ont affecté l’intégrité de l’élection, la Cour estime que c’est le cas”. En conséquence, Uhuru Kenyatta “n’a pas été élu et déclaré Président de manière valide”, indiquent les magistrats, dont la décision est définitive.

Les fils des premiers dirigeants

Kenyatta, 55 ans et fils du “père de l’indépendance kényane”, Jomo Kenyatta, avait été déclaré vainqueur de l’élection le 11 août dernier, avec 54,27% des voix, contre 44,74% à Raila Odinga., 72 ans. Ce dernier est le fils du premier vice-Président du Kenya, Oginga Odinga. Le premier est issu de la principale ethnie du Kenya, les Kikuyus, le second  de la quatrième, les Luos.

Raila Odinga avait déjà échoué aux présidentielles de 1997, 2007 et 2013.

Sa défaite de 2007, contre un autre Kikuyu, Mwai Kibaki, avait entraîné de graves violences ethniques dans tout le pays, qui avaient fait plus d’un millier de morts et des dizaines de milliers de déplacés.  Ce début de guerre civile avait trouvé une issue dans un partage du pouvoir entre Mwai Kibaki à la Présidence et Raila Odinga comme Premier ministre.

Vaincu à nouveau en 2013, par Uhuru Kenyatta, il avait été débouté par la Cour suprême. Ce qui l’avait d’abord poussé, le mois dernier, à rejeter un recours à la justice, avant de n’accepter de présenter son dossier à celle-ci, le 18 août, que sur fortes pressions internationales et de ses alliés, après que deux jours de violence de ses partisans eurent fait 21 morts dans les bastions de l’opposition, à l’ouest du Kenya et dans les quartiers pauvres où vivent leurs ressortissants à Nairobi.

Plusieurs millions de votes

Devant la Cour suprême, ses avocats ont affirmé que le processus de compilation et vérification des résultats électoraux avait été entaché d’erreurs et incohérences “délibérées et calculées”, de manière à avantager le Président sortant au détriment de son opposant.

Ils avaient accusé la commission électorale d’avoir tant tardé à publier de nombreux procès-verbaux de bureaux de vote et de circonscriptions – les seuls légalement valides – qu’on ne pouvait exclure qu’ils aient été falsifiés. Ils avaient aussi présenté des PV non signés ou non authentifiés légalement, portant, selon eux, sur plusieurs millions de voix.

Poursuivre la commission électorale

La Cour a jugé leur argumentation plus convaincante que celle de la commission électorale, qui n’a reconnu que quelques “erreurs humaines” sans influence réelle sur le résultat final, ou que celle du chef de l’Etat, fondée sur les importants gains enregistrés par son parti lors des autres scrutins tenus le même 8 août (élections des députés nationaux et des  gouverneurs de province).

Raila Odinga a appelé vendredi  à des poursuites judiciaires contre les membres de la commission électorale pour “actes criminels”. Le président de cette commission s’est, de son côté, dit favorable à des poursuites contre tout membre de celle-ci convaincu de pratiques illicites.

Alors que les partisans de l’opposant laissaient éclater leur joie, sous forte surveillance policière, ceux de Uhuru Kenyatta ne cachaient pas leur mécontentement, se disant tout de même prêts à retourner aux urnes et à re-voter pour le chef de l’Etat sortant – tandis que la valeur du shilling kényan s’effritait.

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