Burundi : Le pouvoir organise… l’opposition

Burundi : Le pouvoir organise… l’opposition

Le CNL, principal parti d’opposition, est mis sous pression par le ministre de l’Intérieur.

Au Burundi, le pouvoir a appris à être prudent et lorgne déjà pleinement vers les législatives de 2025 et la présidentielle de 2027. Il sait que l’opinion publique est loin de lui être acquise, que son principal adversaire, le Congrès national pour la Liberté (CNL) d’Agathon Rwasa reste une sérieuse menace. Certains observateurs du scrutin de 2020 n’avaient pas hésité à présenter le CNL comme le vrai vainqueur de ces élections contrairement à ce qu’a annoncé la Commission électorale largement entre les mains du parti au pouvoir le CNDD-FDD.

Le bilan économique du président Évariste Ndayishimiye (alias Neva) ne parle pas non plus en sa faveur. Dévaluation, pénurie, augmentation du coût de la vie rendent le quotidien du Burundais très compliqué. Ce n’est pas le remplacement des billets de 5 000 et 10 000 francs “bu”, décidé dans une certaine confusion en fin de semaine dernière et dont les modalités ont évolué ce week-end (voir ci-dessous), qui va renforcer la confiance des citoyens dans l’équipe au pouvoir. D’autant que politiquement, le CNDD-FDD ne présente pas non plus une façade vierge de toute aspérité avec des tensions à n’en plus finir qui ont notamment débouché sur l’arrestation de l’ancien Premier Alain-Guillaume Bunoyni. “Sans oublier que le jeu de la Banque centrale sur les grosses coupures va toucher des membres du parti qui sont aux commandes de certains business. Ils vont peu apprécier cette mesure qui va les contraindre à se dévoiler”, explique un observateur de la vie politique de Bujumbura.

Les Burundais ont moins de dix jours pour changer leurs grosses coupures 

Le bon vieux diviser pour régner

C’est dans ce contexte qu’intervient le ministre de l’Intérieur Martin Niteretse qui s’est engouffré dans les querelles entre membres du bureau politique du CNL. Des tensions entre les membres du Bureau politique qui ont poussé le président du parti à mettre sur pied des congrès le 12 mars et le 30 avril 2023 pour tenter de trouver un compromis en adaptant les statuts du parti qui remontaient à sa création en 2019.

Un pragmatisme qui n’a pas convaincu les voix les plus critiques au sein du CNL qui, face à ces tensions se sont adressés au ministre de l’Intérieur qui ne s’est pas fait prier pour dénoncer les nouveaux statuts ; expliquant que “les statuts et organes du parti mis en place le 16 janvier 2019 sont maintenus jusqu’à la tenue d’une convention nationale régulière”.

Pour Carina Tertsakian, chercheuse au sein de l’Initiative pour les droits humains au Burundi (IDHB), il ne fait aucun doute qu’il s’agit d’une “ingérence flagrante” du ministre dans les affaires internes du parti et sur un dossier qui ne menace en rien l’ordre public.

Il est évident que le pouvoir utilise cette crise provoquée par quelques personnes au sein du CNL pour déstabiliser le parti”, explique notre observateur. “La technique qui consiste à semer la zizanie, voire dédoubler les partis politiques est une vieille habitude au Burundi”.

Un pied de nez au président du parti et principal opposant au pouvoir qui, de son côté, a publiquement regretté le rejet “des conclusions des récents congrès par le ministre de l’intérieur qui avait lui-même marqué son accord pour leur tenue”.

Le ministre de l’Intérieur n’en a cure et, dans un courrier du 2 juin dernier, confirme la suspension de toutes les activités du CNL “organisées par les organes irrégulièrement mis en place” lors des deux congrès et il interdit au parti de tenir des réunions pour mettre un terme aux tensions internes sans avoir reçu l’autorisation de son ministère. À deux ans des prochains scrutins, un fumet de répression politique commence déjà à flotter au-dessus du Burundi qui n’a rien modifié à ses mauvaises habitudes contrairement à ce que semblaient dire les Européens qui ont levé les sanctions contre le pays et certains de ses dignitaires en octobre dernier.

La Banque centrale s’adapte… un peu

L’échange en dix jours (du 7 au 17 juin) des billets de 5 000 et 10 000 francs burundais annoncé en fin de semaine dernière et présenté par le président Ndayishimiye, notamment lors d’une “séance de moralisation à l’attention des cadres de l’État” comme un moyen de lutter contre “la corruption et les mauvais patriotes” suscite comme il fallait s’y attendre de fortes tensions et ce climat était renforcé vendredi par la rumeur qui voulait que les nouveaux billets n’ont pas été imprimés et distribués en suffisance. Suite à une réunion des Directeurs des Opérations de Banques et Institutions financières de nouveaux Plafonds un peu revus à la hausse ont été édictés qui concernent surtout les personnes morales.

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