Propager “Petit pays” à travers les mille collines

Propager “Petit pays” à travers les mille collines

Traduit en kinyarwanda, le livre multiprimé de Gaël Faye se donnera bientôt à voir en version scénique et à entendre en version audio et radio.

C’était il y a tout juste un an. Le 24 août 2016, les éditions Grasset publiaient “Petit pays”, le premier roman de Gaël Faye, connu jusqu’alors comme auteur-compositeur et interprète. Un slameur mariant rythmes et mots avec talent et poésie, comme le prouve son album “Pili pili sur un croissant au beurre” sorti en 2013.

Né au Burundi de mère rwandaise et de père français, Gaël Faye avait enfoui au plus profond de lui-même les souvenirs d’une enfance paisible et enviée avant que la violence ne s’empare des hommes et ne change son “Petit pays” en chaudron de l’enfer. Cette histoire traumatique, il l’a couchée dans un livre doté d’un narrateur (le jeune Gaby) suffisamment proche pour qu’il lui transmette ses souvenirs, mais aussi suffisamment distant pour que Gaël puisse le propulser au centre de ces histoires vues ou entendues qui ont définitivement fait chavirer son cœur.

Multiprimé (*), ce texte fort, qui a tant bouleversé autour de lui, s’apprête à connaître une nouvelle vie. En étant traduit en kinyarwanda, la langue de la mère de Gaël Faye et en étant à la fois porté sur les ondes et sur scène.

Ateliers littéraires et “Retour à Kigali”

Tout a commencé par des ateliers organisés au Rwanda entre des étudiants rwandais et des étudiants français en partenariat avec l’université de Paris VIII et son master en création littéraire. Une dizaine de Rwandais et cinq Français ont été réunis pour travailler ensemble sur les archives du Centre de documentation de Kigali, qui rassemble la mémoire audiovisuelle du pays. “Ils ont fait deux séjours de deux semaines chaque fois au Rwanda, en novembre et décembre 2015. Ensuite, ce travail a été présenté à Paris, explique Dorcy Rugamba, écrivain et “futur” éditeur de la traduction rwandaise.

“De ces très beaux textes a surgi une dramaturgie portée à la scène, en avril 2016, sous forme de lectures publiques, accompagnées par des performeurs. J’avais invité Gaël à nous rejoindre, sachant qu’il était à la fois dans l’écriture et dans la musique. On cherchait une forme musicale qui laisse passer la force du texte. Gaël était en plein travail sur son roman et venait d’emménager à Kigali, dans le pays de sa mère où il n’avait jamais vécu.”
Un mélange de textes et de musiques de Gaël Faye et de son ami Samy Kamanzi, “guitariste très sensible qui accompagne parfaitement la littérature”, a été mis au point. “Gaël portait certains des textes des jeunes écrivains mais aussi ses propres textes. Ce travail sera à nouveau présenté à Bobigny en janvier 2018 pour une dizaine de dates mais sans Gaël cette fois”, précise Dorcy Rugamba.

Dorcy Rugamba

Favoriser une lecture tous publics

En discutant avec Gaël Faye au sujet de son roman, une volonté a émergé: “celle de rencontrer le vrai pays. Mais le fait d’écrire en français empêche d’entrer en contact avec toute la jeunesse. Il y a une minorité de gens instruits qui parlent anglais, la plus grande partie de la jeunesse n’a pas accès au livre et à la littérature, à la culture. Or, le livre de Gaël met en scène les dérives de la jeunesse et c’est intéressant parce que c’est cela qui se passe au Rwanda, au Burundi et dans l’Est du Congo, notamment. Le personnage de Gaby est un jeune un peu perdu qui finit par se faire happer par les milices des partis qui criminalisent cette jeunesse désœuvrée. Pour nous, il était important de ne pas nous adresser qu’à la jeunesse scolarisée et privilégiée car, de toute façon, ce n’est pas elle qui risque de se faire embrigader par la milice. Nous ne voulions pas nous adresser qu’à la jeunesse du centre-ville, d’où l’idée de traduire le livre et de porter ce texte comme on l’avait fait avec ‘Retour à Kigali’ : trouver une forme scénique qui permette que les textes soient accompagnés par la musique et puissent voyager à travers le pays”, précise Dorcy Rugamba.

(*) Prix Goncourt des lycéens, prix du roman Fnac, prix Talent Cultura, prix du roman des étudiants France Culture – Télérama.

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