Rwanda : « Réfugiée congolaise, j’aimerais un jour retrouver ma patrie »

Rwanda : « Réfugiée congolaise, j’aimerais un jour retrouver ma patrie »

Opinion de Naomie Panda, réfugiée congolaise au Rwanda

Alors que le Rwanda s’apprête à entamer sa commémoration annuelle du génocide commis contre les Tutsis, une Congolaise rappelle un pan méconnu de l’histoire.

Congolaise réfugiée au Rwanda depuis 29 ans, ma vie a été bouleversée suite à la tragédie qu’a connue ce pays en 1994. En effet, ma famille et moi avons dû fuir le Congo quand les extrémistes sont arrivés. Je sais donc ce que signifie être pourchassée, persécutée, et de tout perdre.

Victimes de l’histoire

Dans la mémoire collective, les termes « réfugiés » et « Zaïre » évoquent les files interminables de millions de Rwandais qui, à la fin du génocide, ont fui vers l’est du Zaïre – aujourd’hui la RDC. Mais on oublie souvent le corollaire de cet exode : cette arrivée massive de réfugiés comprenait des forces génocidaires qui installèrent leurs camps à quelques encablures de la frontière. Ayant emporté avec eux l’arsenal militaire et les machettes qui avaient servi lors du génocide, ils étaient prêts à achever leur mission d’extermination. Ils ne tardèrent pas à persécuter les Tutsis congolais et d’autres communautés locales assimilées aux Tutsis.

Je viens d’un petit village appelé Kaniro à l’ouest de Goma, dans le Masisi – une région isolée mais calme, où aux côtés de ma famille, j’ai passé une enfance heureuse et confortable. Comme mon père était pasteur, nous avions quatre maisons pour héberger les voyageurs venus de loin. Ces maisons étaient entourées par des champs où ma mère supervisait une dizaine de cultivateurs journaliers tandis que mon père s’occupait, dans son temps libre, d’une dizaine de vaches dans un pâturage toujours verdoyant.

Cette vie tranquille et paisible a basculé en juillet 1994, avec l’arrivée massive d’extrémistes hutu dans notre village.

Face au dénuement des réfugiés, c’est naturellement que mon père a accueilli des réfugiés hutus rwandais chez nous. Mais sa générosité a marqué la fin de nos années de bonheur. Un jour, l’une des personnes que nous logions – un homme venu du Rwanda – a mené des Hutus congolais à notre domicile pour tuer mon père, qui n’échappa à la mort que grâce à l’alerte d’un ami. L’homme que nous avions accueilli et qui a trahi mon père, venait de l’un des camps de réfugiés aménagés non loin de Goma.

Ironie du sort, pour survivre, c’est au Rwanda que nous avons trouvé refuge en septembre 1994, deux mois à peine après que le pays soit sorti de l’horreur du génocide perpétré contre Tutsis.

Réfugiés oubliés

Aujourd’hui, mon avenir, comme celui d’autres réfugiés tutsis congolais, reste incertain. Je suis heureuse d’avoir pu trouver refuge au Rwanda. Mais, vu l’insécurité persistante et la discrimination qui prend de l’ampleur, je ne cesse de me demander si nous pourrons un jour retourner chez nous.

Mais le plus révoltant, c’est que notre propre gouvernement nie notre existence. À l’exception du retour spontané d’environ 4 000 réfugiés congolais en 2003, aucun effort de rapatriement organisé n’a été entrepris par Kinshasa. La récente explosion de discours de haine et d’appel à la violence à l’encontre des populations Rwandophones ne font que réduire l’espoir d’un retour.

Depuis le début de la crise associée au M23, la couverture médiatique tant nationale qu’internationale s’est concentrée sur les milliers de déplacés internes aux alentours de Goma. Et, sans surprise, ceux qui sont bloqués au Rwanda depuis plus de 25 ans, ainsi que dans d’autres pays de la région, restent quasiment ignorés par la presse et la communauté internationale.

L’histoire se répète

Mon histoire personnelle reflète la cruauté et la complexité des conflits non-résolus, des conflits mal-appréhendés mais aussi des conséquences de la mauvaise gouvernance et de la mauvaise foi de la part des autorités nationales. Le chaos qui sévit actuellement à l’est du Congo aurait pu être évité dès 1994 si le gouvernement zaïrois de l’époque avait, à l’instar de la Tanzanie, désarmé les soldats rwandais.

De même, la communauté internationale nous a trahis. Les Nations Unies se sont habituées à l’insécurité quasi-permanente qui sévit à l’Est de la RD Congo, et sont rentrés dans la danse des irresponsables qui malheureusement dirigent notre pays. Contraintes de travailler avec les autorités locales, les missions de l’ONU ne peuvent que se courber à la volonté de Kinshasa, qui se contente d’une politique à court-terme, sans traiter les causes profondes de cette violence cyclique.

La dernière élection présidentielle en RDC avait suscité beaucoup d’espoir parmi nous. Nous avions cru que l’élection de Félix Tshisekedi, et son partenariat avec le Rwanda, allaient marquer la fin des FDLR et de la prolifération des groupes armés à l’est.

Mais sa volte-face, et son obstination à désigner le Rwanda – et par extension, les Congolais rwandophones – comme bouc émissaire des maux de notre pays, pour 3 mieux faire oublier son faible bilan politique, a rendu la pacification de l’est du Congo plus illusoire que jamais.

L’année prochaine marquera les trente ans du génocide perpétré contre les Tutsis, et ma troisième décennie en tant que réfugiée sur le territoire rwandais. Si l’avenir s’annonce sombre, la reconstruction du Rwanda me permet de continuer à espérer que mon pays choisira un jour, lui aussi, la voie de l’unité et de la bonne gouvernance, afin que mes enfants puissent voir la maison où j’ai grandi.

Naomie Panda

Réfugiée congolaise au Rwanda

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