Pour la Lucha: « il faut en finir avec Kabila et son système »

Pour la Lucha: « il faut en finir avec Kabila et son système »

« Poursuivre vers la voie des élections, c’est aller dans le sens de Kabila ». Marcel-Héritier Kapitene, une des figures du mouvement citoyen congolais Lucha, ne mâche pas ses mots. Vendredi dernier, le jeune chercheur du nord-Kivu était à Paris avec d’autres responsables des mouvements citoyens ou de la société civile pour signer le Manifeste du citoyen congolais.

Un texte qui constate la volonté du pouvoir en place à Kinshasa de tout faire pour ne pas organiser les prochaines élections, de manoeuvrer pour se maintenir au pouvoir et qui en appelle à la mobilisation citoyenne la plus large possible pour contraindre Joseph Kabila à quitter le pouvoir.

« Si on devait aller aux élections aujourd’hui, avec Kabila qui contrôle tout, il peut présenter n’importe qui, il gagnera les élections », poursuit le membre de Lucha.

Mais les mouvements citoyens seuls n’ont pas les assises suffisante, aujourd’hui, pour mobiliser la masse populaire comme pourraient le faire certains partis politiques. Vous êtes donc obligés de vous entendre ?

Aujourd’hui, avec certains partis de l’opposition et autres partenaires de la société civile classique, notamment le réseau associatif et religieux, nous avons une cause commune : l’alternance. Eux comme nous voulons cette alternance. Mais il faut aussi proposer une alternative et une alternative crédible à même d conduire le pays vers une stabilité institutionnelle acceptable par tous. Une alternance qui se ferait en interne n’aurait pas de sens. Le Congo ne veut plus des Kabilistes ou d’une réplique du Kabilisme. Dans les années 90, au Zaïre, le peuple était fatigué de Mobutu. On savait ce qu’on ne voulait plus et on a accepté certaines alliances pour en finir avec ce régime mais on n’a pas préparé la suite et on s’est retrouvé avec d’autres Mobutu, les Kabila. Aujourd’hui, on sait qu’on ne veut plus du système Kabila et qu’on ne veut plus des institutions qu’il a mises en place pour le servir. On veut un vrai système démocratique, avec des échéances et des engagements clairs que le peuple puisse contrôler. On ne veut pas accompagner la naissance d’un nouveau Kabila qui aurait à son tour des organes comme la CENI, la cour constitutionnelle, le CSAC ou le CNSA qui lui seraient inféodés.

Les partis politiques congolais ne sont pas signataires du manifeste du citoyen congolais, signé ce vendredi 18 août…

Le Manifeste leur est ouvert. Ils peuvent nous rejoindre. Ils sont les bienvenus. Ils ont d’ailleurs plus à gagner que nous. Les politiques sont premiers consommateurs du processus électoral crédible qui en déroulerait. Le peuple n’en est que le bénéficiaire au second degré. 

Que dites-vous à ceux qui réclament encore aujourd’hui, la publication d’un calendrier électoral ?

Le calendrier, c’est un piège. Il y a deux textes essentiels dont on doit tenir compte. Deux et rien d’autre. La Constitution, qui limite la durée et le nombre de mandats et qui indique quand il faut organiser les élections. Ensuite, il y a l’accord de la Saint-Sylvestre (signé par la majorité présidentielle et les principaux mouvements de l’opposition sous la médiation des évêques catholiques). Le pouvoir en place base sa légalité sur un arrêt charcuté de la cour constitutionnelle qui est à sa botte et sa légitimité sur l’accord de la Saint-Sylvestre, jamais respecté, pour se maintenir à la tête de l’Etat. Mais au-delà du 31 décembre 2017, l’accord de l’interdiocesain expire et vide. Joseph Kabila n’aura ni légitimité, ni légalité. En effet, la Constitution parle de deux mandats de cinq ans et l’accord de la Saint-Sylvestre du 31 décembre 2017. Il doit donc démissionner. Point. S’il ne le fait pas, le peuple doit se prendre en charge consécutivement à l’appel des évêques.

Comment voyez-vous les prochaines semaines ? Comment comptez-vous vous y prendre pour faire comprendre au président qu’il doit respecter l’échéance du 31 décembre 2017?

Le 1er septembre prochain, si le corps électoral n’est pas convoqué, comme le prévoit la constitution, on constatera que Kabila n’est plus légitime et cela légitimera toute forme de recours à l’article 64 de la Constitution. Un calendrier d’actions sera mis en place.

Et s’il part ?

La classe politique et les toutes les forces vives se mettront autour de la table pour organiser une période de transition. Sur ce point, notre manifeste est clair, ceux qui seront chargés de cette période de transition qui doit amener le pays aux élections ne pourront être candidats à cette élection. Il faut à tout prix éviter que cette transition soit à la base de la création d’un nouveau pouvoir, mais réellement une transition citoyenne pour remettre le pays sur les rails démocratiques. 

Comment expliquer la difficulté des mouvements citoyens ou de l’opposition à mobiliser le peuple ?

Jusqu’ici, ces mouvements et tous les appels à la mobilisation étaient disparates. Aujourd’hui, on peut tous se retrouver autour du manifeste. Il y a aussi une mécompréhension des mouvements citoyens. Il ne faudrait pas confondre les mouvements contextualisés à la fin de règne et d’autres dont les batailles transcendent les seules questions de démocratie. 

Vous êtes militant de la Lucha, la lutte pour le changement, cela signifie-t-il que votre mouvement est appelé à disparaître avec la fin de Kabila ou que vous allez vous restructurer en parti politique ?

Non. La Lucha ne disparaîtra pas et nous ne deviendrons pas un parti politique. Pour nous, le combat pour l’alternance est le troisième volet. Le mouvement n’est pas né pour combattre Kabila. La Lucha a initialement vu le jour au Nord-Kivu pour lutter contre la corruption et les injustices. Le deuxième combat, ce fut contre la rébellion du M23. Quand ce mouvement s’est lancé, on a mobilisé la jeunesse pour leur demander de ne pas se rejoindre ce mouvement et tous autres groupes armés. A ce moment, certains nous ont parfois considéré comme proche des institutions. Notre troisième combat est né entre janvier et mars 2015 quand la majorité présidentielle a voulu modifier la loi électorale. Notre combat a quitté le plan sécuritaire pour aller vers la défense de la démocratie. Ce troisième combat nous a permis de nous installer dans le pays.

Pensez-vous que ces mouvements de mobilisations populaires et pacifistes puissent être suffisants pour que le président démissionne ?

Nous l’espérons. Nous ne sommes pas des adeptes de la violence. Les armes, les exactions, la répression, il faut chercher cela dans le camp du pouvoir qui en use et en abuse. Nous, nous nous ferons entendre et nous comptons aussi sur les politiques, souvent plus routiniers de ces combats, pour nous soutenir. Le manifeste du citoyen congolais est un texte qui s’adresse à l’ensemble des Congolais où qu’ils se trouvent. Le texte est aussi un message envoyé à la communauté internationale pour qu’elle comprenne que nous ne voulons plus de Kabila, que nous nous battons pour un avenir meilleur, démocratique et donc plus stable. Une stabilité et une démocratie qui seront des atouts importants pour le peuple congolais qui a déjà beaucoup trop souffert mais aussi pour a communauté internationale qui ne peut que préférer avoir un tel Etat en face de lui plutôt que l’Etat voyou qui est aujourd’hui en place.

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