Rwanda: une élection présidentielle « politiquement verrouillée », selon HRW

  • Dans Rwanda
  • 19 août 2017
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Rwanda: une élection présidentielle « politiquement verrouillée », selon HRW

L’élection présidentielle du 4 août au Rwanda s’est déroulée dans un contexte de liberté d’expression ou d’ouverture de l’espace politique très limitée, a déclaré vendredi, jour de la prestation de serment du président Paul Kagame pour un troisième mandat de sept ans, l’ONG Human Rights Watch (HRW). HRW a publié une chronologie des violations du droit à la liberté d’expression, d’association et de réunion au Rwanda entre le référendum de décembre 2015, qui a permis au président rwandais de briguer un troisième mandat, et les élections remportées par M. Kagame, avec un score annoncé de 98,79% des voix.

« La victoire écrasante de Kagame n’est pas une surprise dans un contexte où les Rwandais qui ont osé faire entendre leurs voix ou remettre en cause le statu quo ont été arrêtés, ont été victimes de disparition forcée ou ont été tués, où les médias indépendants sont muselés, et où l’intimidation a muselé les groupes agissant pour les droits civils ou la liberté d’expression », a affirmé la directrice pour l’Afrique centrale à HRW, Ida Sawyer, dans un communiqué.

« Mais les autorités rwandaises n’ont pris aucun risque pour l’élection présidentielle, puisque la répression s’est poursuivie au cours des derniers mois malgré les faibles chances des candidats de l’opposition », a-t-elle ajouté.

Dans les jours qui ont suivi l’élection, Human Rights Watch s’est entretenu avec des activistes locaux et des citoyens ordinaires qui ont fait état d’intimidations et d’irrégularités à la fois dans les préparatifs de l’élection et pendant le scrutin.

Dans le district de Rutsiro (province de l’Ouest), les dons au Front patriotique rwandais (FPR de M. Kagame, au pouvoir) étaient obligatoires.

« Personne ne pouvait échapper à cet ordre. Cela a été organisé par le biais de la Commission électorale nationale », a expliqué un électeur cité par HRW sous le couvert de l’anonymat.

Un autre électeur, de Rutsiro également, a indiqué qu’il a été forcé de voter en présence d’un représentant de la Commission électorale nationale. « Après avoir vérifié mon nom sur la liste électorale, il m’a dit de voter sur-le-champ devant lui. Il était facile de voir pour qui je votais sur le bulletin de vote, donc il m’était impossible de voter pour quelqu’un d’autre que Kagame », a indiqué l’électeur.

Une personne surveillant l’élection dans le district de Nyamagabe (sud), a raconté qu’elle a vu des responsables du scrutin signer des bulletins pour au moins 200 personnes qui ne se sont pas présentées pour voter. Toutes les voix sont allées au FPR.

Le 5 août, le département d’État américain a publié une déclaration mentionnant les « irrégularités observées pendant le scrutin ».

Le 6 août, l’Union européenne avait reconnu le déroulement pacifique des élections, mais en ajoutant: dans la perspective des futures élections, l’UE attend du pays qu’il redouble d’efforts pour rendre le processus encore plus inclusif et transparent, notamment pour ce qui est de l’enregistrement des candidats, de la publication des résultats et autres préalables à l’établissement de règles du jeu équitables ».​

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