Antipas Mbusa Nyamwisi : « L’opposition doit s’unir pour sauver le peuple congolais »

Antipas Mbusa Nyamwisi : « L’opposition doit s’unir pour sauver le peuple congolais »

« Il n’y a rien de bon à attendre de Joseph Kabila… A moins d’une divine surprise. Mais même si je suis croyant, je ne pense pas que cela puisse arriver avec lui ». En quelques mots, Antipas Mbusa Niamwisi, a planté la décor. Lui, l’ancien ministre des Affaires étrangères du gouvernement Gizenga, en 2007, sous la présidence de Joseph Kabila, n’envisage pas un seul instant que le président de la République démocratique du Congo puisse s’engager dans un processus vraiment démocratique, fût-ce avec du retard.

Selon vous, le président Kabila organisera-t-il les élections présidentielles ? 

Ma première réponse est non. S’il le fait, ce ne peut être que dans deux cas très précis. Le premier, il parvient à modifier la constitution et il peut être candidat. Le second, il trouve enfin un candidat dans lequel il peut avoir confiance, donc dans son cercle familial.

Mais vous pensez que dans ces deux cas de figure il peut espérer remporter le scrutin ? 

Démocratiquement ? jamais ! Mais en contrôlant tous les rouages de la machine électorale, il peut passer ou faire passer quelqu’un même avec 5% des voix. Il ne faut pas se leurrer, ce Monsieur ne pourra plus jamais remporter un scrutin chez nous. Celui qui se présentera sous son étiquette non plus. Mais le pouvoir a l’argent et contrôle la Ceni (commission électorale nationale  indépendante), donc il peut tout envisager. En 2011, il n’a pas gagné le scrutin et pourtant…

Vous avez travaillé avec lui…

Oui, j’ai notamment été ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Gizenga. J’ai vu Joseph Kabila changer. Dès après sa première élection, il a commencé à confondre le bien public et son portefeuille. Je me souviens d’une visite à Kisangani où il voulait s’approprier la mairie de la ville parce qu’il la trouvait à son goût. J’ai passé un temp fou à l’en dissuader, à lui expliquer que c’était la mairie, que ce n’était pas un bien privé. Il a vraiment insisté mais on a tenu bon. Avant le scrutin de 2011, je lui ai expliqué que je ne voulais plus travailler avec lui. Il n’a pas apprécié mais j’étais déterminé. Je lui ai expliqué que le peuple ne voulait déjà plus de lui. Il s’en moquait éperdument.

Vous avez toujours de bonnes relations avec le Rwanda et l’Ouganda, comme du temps ou vous étiez en rebellion contre Laurent-Désiré Kabila ?

Disons que j’ai un bon carnet d’adresses et que j’ai pu le ranimer après être resté un certain temps en retrait et pas seulement avec les pays que vous mentionnez. C’est plus large, mais c’est à l’est, ça c’est vrai.

Le président Kabila a-t-il toujours les faveurs des chefs d’Etat de ces pays ? 

Le temps à fait son oeuvre. Les présidents  de cette région ont des yeux et des oreilles comme vous et moi. Ils constatent que la RDC est devenue une poudrière. Une déflagration chez nous pourrait avoir des conséquences terribles chez eux. Certains voudraient du sang neuf. D’autres veulent jouer un rôle positif pour l’avenir de notre pays. Ce n’est pas de l’angélisme, ils jouent aussi leur avenir dans ce dossier.

Votre nom a été mentionné dans l’accord de la Saint-Sylvestre dans le chapitre « décrispation ». Vous avez été autorisé à rentrer libre au pays, êtes-vous déjà rentré ? 

Non. Ce n’est pas parce que mon nom s’est retrouvé sur cette liste que je ne suis plus une cible pour le pouvoir. Je ne tiens pas à m’exposer inutilement. Aujourd’hui, je suis plus utile à l’extérieur. Il faut voir du monde, il faut mobiliser la communauté internationale, nos frères africains, nos voisins. Je ne chôme pas, croyez-moi.

Vous êtes aujourd’hui membre du Rassemblement de l’opposition au sein de l’AR. Comment expliquez-vous les difficultés de l’opposition pour mobiliser le peuple ? 

C’est compliqué parce que certains leaders sont à l’extérieur et ne peuvent rentrer. C’est compliqué aussi parce que nous avons joué le jeu du dialogue jusqu’au bout pour éviter le pire et certains n’ont pas compris. En dépassant le cap du 19 décembre 2016 (date de la fin du second mandat du pésident Kabila, NdlR), l’accord de la Cenco a calmé les ardeurs de la population. Mais, si tout le monde avait respecté les règles établies c’était la moins mauvaise solution. On accordait au président Kabila un an pour partir et organiser les élections. Un an, ce n’est pas la fin du monde. Mais il a craché sur cet accord.

Mais vous rencontrez quand même des difficultés pour mobiliser…

Les denières mobilisations étaient bonnes et il faut continuer à s’unir contre ce pouvoir. C’est difficile aussi parce que vous avez un pouvoir qui a tout l’argent qu’il veut pour tenter de débaucher ses adversaires et organiser le désordre. Lui et sa clique sont notamment derrière les conflits entre pygmés et bantous. Les massacres de Beni, j’ai été le premier à dire que c’était lui. C’était très dangereux d’oser dire ça. J’ai été accusé, on m’a menacé, mais j’avais raison. Ce qui se passe aux Kasaïs, les attaques contre les prisons, les descentes sur Kinshasa, tout ça c’est le pouvoir qui est derrière… Face à ces événements, il n’y a qu’une solution, la constitution d’une unité la plus large possible. J’avais déjà tenté une alliance avec Tshisekedi en 2011. Kengo était d’ailleurs partant. Mais ça n’a malheureusement pas abouti.

Vous pensez que ce genre de scénario a plus de chances de réussir aujourd’hui ? 

Les temps ont changé. Le Rassemblement tient bon. Ceux qui devaient partir sont partis. Aujourd’hui, il faut qu’on parvienne à se serrer les coudes. Il faut mettre de côté nos divergences pour penser à l’avenir du peuple congolais. C’est un désastre complet au pays. On ne peut plus l’accepter et le peuple va nous pousser dans le dos. La tension est palpable à Kinshasa mais il y a bien d’autres endroits où ça bouillonne. Tous les Congolais qui peuvent voyager un peu constatent ainsi que dès qu’ils entrent en Ouganda, au Rwanda, au Zimbabwe ou en Angola, pour ne citer que ceux-là, il y a de l’eau, de l’électricité, des routes,… Chez nous, c’est le désert total alors que nous sommes potentiellement les plus riches. Où est passée cette richesse ? Dans les poches de Kabila. Regardez tous les dossiers qui sortent et qui l’accablent lui et ses proches. Ce sont des centaines de millions de dollars qui ont été détournés à des fins personnelles.  Kabila est devenu un cas pathologique à cause de cette montagne d’argent. Les Congolais, eux, sont fatigués de cette situation. Ils ne le supporteront plus longtemps.

Vous craignez une explosion de violence ?

Il ne faut pas l’exclure. La population est poussée à bout. Tôt ou tard, il y aura un soulèvement que le pouvoir ne pourra contrôler.

Avec le risque que certains militaires ou aventuriers tentent d’accaparer le pouvoir…

C’est peut-être un risque à prendre. C’est surtout une raison supplémentaire pour que l’opposition s’unisse le plus largement possible pour faire front et ne pas laisser la place à un tel scénario. Il faut aussi que nous soyons crédibles sur la scène régionale, continentale et et internationale.

Ce scénario impliquerait forcément une période de transition…

Exact.

Comment veriez-vous cette transition ?

L’idéal serait d’avoir un président au-dessus de la mêlée. Un président qui sait qu’il ne pourra pas se présenter à la présidentielle qu’il doit organiser. Il faut aussi un gouvernement crédible et qui travaille pour envoyer rapidement un message d’espoir au peuple. Il y a des choses qui peuvent être faites rapidement pour améliorer le quotidien des Congolais. Mais il ne faut pas non plus se précipiter. Une transition d’un an ne me paraît pas excessive. La Centrafrique a voulu aller très vite, regardez le résultat. Si le pouvoir de transition travaille, si les choses sont claires pour tout le monde, on peut prendre un peu plus de temps pour bien organiser la suite. L’union qui doit se mettre en place pour chasser Kabila et pour gérer la transition doit se confirmer dans la période post-transition. Il faut un grand parti. Pas un parti unique mais une grande formation capable de donner l’impulsion nécessaire au redémarrage du pays. On y travaille pour l’instant.

Qui serait votre candidat idéal ?

Pour la transition, le clergé pourrait jouer un rôle en vue. Pour la période post-transition, il faut que ce grand parti que j’appelle de mes voeux puisse désigner  son champion, son candidat le plus populaire. Il faut aussi et surtout un programme pour relancer notre pays. Et pour parvenir à appliquer ce programme, il faut que le gouvernement puisse disposer d’une vraie assise populaire et au Parlement, il faut donc ce grand parti. On ne peut plus continuer avec 500 partis. Mais il faut aussi une vraie opposition.

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