Kenya : Le président sortant déclaré vainqueur

Kenya : Le président sortant déclaré vainqueur

Trois jours après la tenue du scrutin présidentiel, le mardi 8 août, tout le Kenya a longuement et fébrilement attendu l’annonce du résultat de cette présidentielle. Il a fallu attendre le coup de 21 h 45 pour que le verdict tombe; le président kenyan Uhuru Kenyatta a été élu pour un deuxième mandat de cinq ans, en obtenant 54,27 % des voix, contre 44,74 % à son principal opposant Raila Odinga, a annoncé vendredi la commission électorale. “Je souhaite donc déclarer Uhuru Kenyatta […] président élu”, a déclaré le président de la commission, Wafula Chebukati.

L’opposition a immédiatement rejeté ce résutat, et les supporters de M. Odinga ont qualifié ce scrutin de “mascarade”, s’en remettant au peuple pour juger la réélection du chef de l’Etat sortant Uhuru Kenyatta. Des scènes de violence ont éclaté dans des fiefs de l’opposition, dès l’annonce des résultats, ont constaté des journalistes de l’AFP. Des scènes d’émeute et de pillage ont également été rapportées dans un bidonville de Nairobi.

L’épouvantail de 2007

Dix ans après les pires violences électorales de l’histoire du pays (plus de 1 100 morts), la victoire de M. Kenyatta fait craindre une explosion de violence chez les partisans du candidat de l’opposition. “Je pense que tout ça relève d’une mascarade totale, c’est un désastre”, a déclaré James Orengo, un des principaux leaders de la coalition d’opposition qui a multiplié depuis le jour du scrutin des accusations de fraude que la commission électorale (IEBC) a selon lui ignorées. “Pour nous, aller en justice n’est pas une alternative. Nous sommes passés par là dans le passé. Ce n’est pas une option, a ajouté James Orengo. A chaque fois qu’une élection a été volée, le peuple kényan s’est levé pour faire en sorte que des changements interviennent afin de faire du Kenya un meilleur endroit”, a-t-il lancé, rappelant ainsi que son favori avait déjà contesté l’élection de M. Kenyatta en 2012 devant les tribunaux avant d’être débouté.

Dans ce contexte de tension maximale, les faits et gestes de M. Odinga sont scrutés de près. L’opposition est en ébullition, la moindre flammèche pourrait tout faire exploser. Jeudi soir, M. Odinga avait appelé au calme tout en se dédouanant d’éventuelles violences en expliquant qu’il “ne contrôle personne. Les gens veulent la justice”.

L’opposition avait pourtant adopté un ton conciliant vendredi après-midi après les appels au calme et à la retenue lancés par la communauté internationale. Elle se déclarait prête à accepter les résultats sous réserve d’avoir accès aux données brutes des serveurs informatiques de l’IEBC. La bonne tenue des élections générales de mardi a été unanimement saluée par la communauté internationale. Mais le lendemain du scrutin, des confrontations entre partisans de l’opposition et policiers lourdement armés avaient éclaté dans la ville de Kisumu (Ouest) et plusieurs bidonvilles de Nairobi, bastions de l’opposition où les déceptions électorales sont fréquentes et souvent sources de tensions.

Rivalité de toujours

Les accusations de fraude ont exacerbé les passions déjà lestées d’un demi-siècle de rivalité dynastique entre les familles Kenyatta et Odinga. Le père de ce dernier, Jaramogi Oginga Odinga, fut brièvement vice-président, avant de perdre la lutte post-indépendance pour le pouvoir au profit du premier chef d’Etat Jomo Kenyatta, père d’Uhuru.

En outre, à 72 ans, M. Odinga livre certainement son ultime grande bataille politique. M. Odinga, membre de la communauté luo de l’ouest du pays, s’est une nouvelle fois présenté comme le garant d’une répartition plus équitable des richesses de l’économie la plus dynamique d’Afrique de l’Est. De son côté, le président Kenyatta, issu de l’élite économique kikuyu, l’ethnie la plus nombreuse, a mis en avant le développement économique du pays, avec notamment la nouvelle ligne ferroviaire entre Nairobi et Mombasa.

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