Rwanda : Le foot pour faire rire les femmes après le génocide

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  • 5 août 2017
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Rwanda : Le foot pour faire rire les femmes après le génocide

Felicite Rwemarika s’est battue pour que les femmes rwandaises puissent jouer au football. Un bon moyen de les aider à aller mieux après le drame du génocide.

Il y a des destins qui forcent l’admiration et celui de Felicite Rwemarika est de ceux-là. Plutôt que de rédiger un long discours dithyrambique à son égard, il est sans doute préférable de la laisser évoquer la vague d’indignation qu’elle a dû affronter lorsqu’elle a décidé de créer la première équipe de football féminine du pays. C’était en 1997 et vingt ans plus tard la mère de famille se remémore en plaisantant ce qu’on appelle un matin difficile. Doux euphémisme. « Je me suis réveillé et j’avais ma photo en une d’un journal avec le titre « La folle qui veut faire jouer les filles au foot ». Quand je parlais de football féminin, c’était presque criminel. Mes enfants se faisaient embêter à l’école ils me demandaient d’arrêter. Même mon mari m’a demandé: « Mais pourquoi tu te fais du mal comme ça ? »« , se rappelle-t-elle en souriant. « Mais je n’ai pas abandonné, je devais supporter cette épreuve. Le foot, vous savez c’est comme une drogue. » Felicite a bien fait de ne pas lâcher car elle est aujourd’hui présidente de la commission du football féminin rwandais. Pas mal pour une femme qui, enfant, n’avait même pas le droit de toucher un ballon. Rembobinons.

« Cette colère de ne pas pouvoir jouer »

Née dans une famille de 13 enfants (11 filles et 2 garçons), Felicite aurait pu rapidement enfiler les crampons lorsqu’elle accompagnait son père, joueur amateur, sur les terrains de football. Si son frère aîné pouvait taquiner la balle sur le bord du terrain, la jeune fille avait quant à elle le droit… de rester assise. Un traumatisme. « Mon père était éduqué, c’était un médecin mais il n’avait pas conscience des questions de genre. C’était le début années 60, c’était la mentalité. A l’époque, les filles n’étaient pas supposées faire du sport, sortir, faire des choses par elles-mêmes. Je me demandais pourquoi. J’ai grandi avec cette colère de ne pas pouvoir jouer. »

Les années vont défiler et Felicite va endosser plusieurs métiers. Infirmière lors de son exil en Ouganda puis, après le génocide, patronne d’un salon de beauté. C’est d’ailleurs au sein de son institut qu’elle a l’idée de lancer un projet pour aider les femmes marquées à jamais par le drame qui vient de se passer et qui a fait pour rappel au moins 800.000 morts. Entre les murs de son établissement, les langues se délient, les peines et les cicatrices se dévoilent. Violées, veuves ou dévastées par la perte d’un enfant, la Rwandaise voit défiler de nombreux destins brisés. « Je les voyais pleurer, se plaindre. Je leur ai dit: « Bon les filles il va falloir arrêter de penser au génocide, vous êtes en vie. Arrêtez de vous focaliser sur le passé, il faut penser au futur. » Du coup, j’ai réfléchi à la manière dont je pourrais améliorer leur quotidien, leur changer les idées, les faire rire. J’ai choisi le football car les femmes ne sont pas censées faire du sport et plus précisément du foot. »

« Peu importe que tu sois Hutu ou Tutsi « 

Pour monter son projet sans budget, tout ne fut donc pas facile. Après avoir surmonté les quolibets et la pression sociale, elle a dû trouver les bons mots pour convaincre les parents ou les maris de laisser les filles enfiler un maillot. Un travail de longue haleine puisqu’il a fallu deux ans à Felicite pour réunir 30 joueuses rien qu’à Kigali. Pour propager le foot féminin à travers le pays, elle a ensuite eu l’idée de créer une association qui lui a permis d’allier ballon rond et éducation. « Je suis allée dans chaque province pour organiser des matchs. J’ai expliqué aux autorités qu’organiser des rencontres, c’était aussi l’occasion de faire passer de nombreux messages aux collectivités. De parler du droit des femmes, de la violence conjugale, de nutrition, du VIH et puis de la réconciliation après le génocide. Quand tu joues au foot peu importe que tu sois Hutu ou Tutsi tu fais partie de la même équipe.  » 

L’effet boule de neige a fonctionné puisqu’aujourd’hui des milliers de filles jouent au foot dans le pays. Elle ont été autorisées à taper dans la balle à l’école, un championnat a été mis sur pied en 2008 et la sélection nationale a été créée. « Même dans les zones rurales quand elles ont fini de cultiver leur champs, les femmes font deux équipes et elles jouent pour se détendre », explique Felicite qui a de son côté aussi été primée par la FIFA pour le travail effectué. A l’entendre, il est loin d’être terminé. « On a perdu 8-0 contre le Nigeria en 2014 et depuis on n’est pratiquement plus financé. Tout l’argent va aux hommes. Pourtant, la sélection masculine perd aussi beaucoup de matchs… »

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