Gilbert Houngbo, premier Africain à prendre la tête de l’OIT

Gilbert Houngbo, premier Africain à prendre la tête de l’OIT

L’ancien Premier ministre du Togo Gilbert Houngbo a été élu vendredi à la tête de l’Organisation internationale du travail, devenant le premier Africain à exercer cette fonction.

« Je suis profondément et absolument honoré d’être le premier représentant de la région Afrique à être choisi pour diriger l’OIT après 103 » d’existence, a-t-il déclaré, après son élection à la tête de la plus ancienne agence spécialisée des Nations unies.

Il a été élu au second tour – avec 30 voix, contre 23 pour sa principale opposante, l’ex-ministre française du Travail Muriel Pénicaud – par le Conseil d’administration de l’OIT, composé de 56 représentants des gouvernements, des travailleurs et des employeurs.

« Vous avez écrit l’histoire », leur a-t-il assuré.

Le résultat de l’élection, a-t-il souligné, « est porteur d’un symbolisme fort », et a affirmé: « votre choix (…) répond aux aspirations d’un jeune Africain, d’un jeune Africain dont l’humble éducation s’est transformée en une quête de justice sociale qui a duré toute une vie ».

Gilbert Houngbo, 61 ans, est natif d’une préfecture rurale du Togo, et a passé la majorité de sa carrière dans les organisations internationales, où il est vu comme un haut fonctionnaire chevronné.

Il prendra ses fonctions début octobre, succédant à l’ancien syndicaliste britannique Guy Ryder, en poste depuis 10 ans et qui a atteint la limite des deux mandats.

Depuis 2017, Il dirige le Fonds international de développement agricole (FIDA). Mais il connait très bien l’OIT où il a occupé le poste de directeur adjoint (2013-2017) en charge des Opérations sur le terrain.

Ancien secrétaire général adjoint des Nations unies, directeur du Programme des Nations unies pour le Développement (Pnud), il a été également membre de l’équipe stratégique et directeur administratif et financier de l’organisation.

– « Moment trouble de l’histoire » –

Cinq candidats étaient en lice pour cette élection.

Sa principale opposante était Mme Pénicaud, portée par le bloc européen. Ministre du Travail de mai 2017 à juillet 2020 en France, elle a initié les grandes réformes sociales du quinquennat d’Emmanuel Macron, comme celles du code du travail ou de l’assurance chômage, vivement critiquées par les syndicats.

Sur Twitter, le candidat de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle française a souligné: « Score ridicule de Muriel Pénicaud au premier tour de l’élection à la tête de l’Organisation internationale du travail. Ouf. Un syndicaliste très nettement en tête. »

Etaient également candidats l’ex-ministre des Affaires étrangères de Corée du Sud Kang Kyung-wha (2 voix), l’entrepreneur sud-africain Mthunzi Mdwaba (1 voix) et l’Australien Greg Vines, directeur général adjoint de l’OIT pour la gestion et la réforme, qui avait été éliminé au premier tour.

« Mon élection au poste de directeur général intervient à un moment trouble de l’histoire, à un moment d’incertitude pour ce que l’avenir pourrait réserver », a reconnu M. Houngbo.

« Le monde a besoin d’une OIT qui soit capable de résoudre les problèmes concrets des travailleurs et des entreprises », a-t-il dit.

Le prochain patron de l’OIT aura pour lourde tâche de faire adapter les normes de cette organisation centenaire à un marché du travail en pleine mutation sous l’effet des nouvelles technologies. D’autant que la pandémie de Covid-19 a donné un coup d’accélérateur aux technologies de télétravail.

Dans sa candidature, il avait souligné que sa vision de l’OIT s’inspire du préambule de la Constitution de l’organisation: « Attendu qu’une paix universelle et durable ne peut être fondée que sur la base de la justice sociale ».

« Les progrès accomplis ces dernières décennies en matière de justice sociale doivent être préservés et protégés, et les solutions mondiales aux nouveaux défis et opportunités doivent être centrées sur les valeurs humaines, environnementales, économiques et sociétales. En bref, un nouveau contrat social mondial s’impose », avait-il écrit.

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