RDC : « Ici, tous les jours, des gens sont tués et personne n’est inquiété”

RDC : « Ici, tous les jours, des gens sont tués et personne n’est inquiété”

Dans la province de l’Ituri, pourtant en état de siège, les bilans humains macabres se succèdent

« Enfin, un otage a été libéré”, lance Dieudonné Lossa Dhekana, le coordinateur de la Coordination pour la société civile de l’Ituri. “Il avait été enlevé le 16 février dernier avec sept autres personnes qui composaient une équipe de la task force créée sous l’impulsion du président Tshisekedi.” Ces membres sont issus des différentes composantes de la société civile de la province et tentent de négocier une paix avec les différents groupes armés qui sèment la mort dans cette province placée sous état de siège depuis le mois de mai 2021.

Dans le bureau du coordinateur à Bunia, le professeur Jean-Baptiste Dhechuvi Matchu, un biologiste de la communauté Hema, vit ses premiers instants d’homme libre. “C’est un énorme soulagement”, explique cet homme formé à l’Université libre de Bruxelles. “Malheureusement, les autres otages n’ont pas été libérés”, explique-t-il avant d’ajouter : “Une détention est très difficile à vivre. Fort heureusement, nous n’avons pas été violentés. Chaque soir, j’ignorais ce que serait mon lendemain. Là, j’ai besoin d’un peu de temps pour digérer ce que je vis et ce que j’ai vécu.”

Encore sept otages

En un mois et cinq jours, les otages et leurs ravisseurs n’ont pas déménagé une seule fois. “Le front militaire n’a pas bougé parce que nous avons demandé une stabilisation pendant notre mission”.

RDC : L’Ituri craint un embrasement et ne veut plus de son gouverneur

explique le désormais ex-otage qui a été libéré “parce que son état de santé s’est dégradé”, confie M. Lossa Dhekana, qui enchaîne : “Si cette libération est une satisfaction, elle est évidemment insuffisante. Il reste sept otages et il faut reconnaître que la situation sécuritaire générale est absolument catastrophique dans notre province.” Et un communiqué de la Coordination de la société civile de l’Ituri appuie ces propos. Une trop longue liste d’attaques meurtrières menées entre le 8 et le 17 mars allonge la liste des victimes civiles de ces groupes armés. “Au moins 95 morts, poursuit-il. C’est inadmissible. Ici, dans notre province, des hommes en armes violent, pillent, kidnappent, tuent en toute impunité. Ce chiffre de 95 morts est déjà largement dépassé. Ce samedi 19 mars, on a dénombré la mort de 16 nouvelles victimes, massacrées à l’arme blanche, dans la chefferie de Ndo Okebo. Tous les matins, on se demande ce que l’on va découvrir comme nouvelle catastrophe. Aujourd’hui, lundi 21 mars, on n’ose pas trop le dire, mais il n’y a pas eu de découverte de cadavres. Chez nous, ce qui surprend, c’est quand il n’y a pas de mort. Avouez qu’il est impossible de vivre dans de telles circonstances”, poursuit le coordinateur.

Images insoutenables

La société civile de l’Ituri en appelle au président de la République, au gouvernement mais aussi aux rebelles pour tenter de faire bouger les lignes.

Des images des derniers massacres nous sont parvenues. Insoutenables. Des corps déchirés par des armes blanches qui baignent dans des mares de sang. “C’est insupportable mais c’est notre quotidien”, explique Firmin Ndala, réfugié depuis quelques années à Bunia, capitale de la province. “Il est trop dangereux de vivre à la campagne. Les groupes rebelles, quand ce ne sont pas des militaires de notre armée nationale, passent sur vos exploitations, vous pillent et volent votre bétail. Ils ne sont jamais inquiétés. Expliquez-moi à qui profite cette situation !”

Aujourd’hui, même dans le centre de Bunia, personne n’est en sécurité”, explique sa voisine.

M. Lossa Dhekana opine. “Les vols se multiplient même au centre-ville de Bunia, là où se trouve le siège de la province gouvernée, faut-il le rappeler, par un lieutenant-général en ces temps d’état de siège.”

Pour tenter de mobiliser la classe politique, la société civile de l’Ituri demande à ses élus nationaux de quitter leurs sièges à Kinshasa pour rentrer dans leur province. “Ce serait une manière de mettre la pression sur le gouvernement et sur les assemblées nationales. Il faut tout tenter. Jusqu’ici, nous ne pouvons qu’additionner nos morts, il n’y a aucune perspective dans un tel climat de violence.” Un constat partagé par Médecins sans frontières, qui a annoncé ce lundi la fermeture de deux de ses dispositifs en Ituri, quatre mois après un assaut contre l’un de ses convois. L’ONG a déploré l’absence de garanties de sécurité et le fait qu’aucune investigation n’ait été lancée.

Que pensez-vous de cet article?

Derniers Articles

Journalistes

Dernières Vidéos