Rwanda : 11 000 ex-FDLR réintégrés en vingt ans

  • Dans Rwanda
  • 3 août 2017
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Rwanda : 11 000 ex-FDLR réintégrés en vingt ans

Par Marie-France Cros

Envoyée spéciale au Rwanda

Ils sont entrés au Congo en 1994, quand ils ont été défaits par la guérilla du FPR (Front patriotique rwandais, au pouvoir à Kigali depuis lors); miliciens  génocidaires et soldats de l’armée hutue vaincue, ils ne renoncent pas à rétablir l’ancien régime hutu au pouvoir au Rwanda. Ils se sont divisés, ont changé de nom et font aujourd’hui bien plus de mal aux Congolais qu’aux Rwandais.

Les troupes de ceux qui se nomment Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) n’ont cependant cessé de s’effriter, à la faveur de mariages avec des Congolaises et de migration loin de la frontière rwando-congolaise, ainsi que grâce au travail de la Commission rwandaise de Démobilisation et Réintégration (RDRC). En 20 ans, celle-ci a démobilisé 11 085 membres des FDLR, à la date du 6 juillet 2017. La majorité d’entre eux sont originaires de la Province occidentale; l’ancien régime recrutait ses soldats de préférence dans la région d’origine du président Juvénal Habyarimana, le nord-ouest du Rwanda (Gisenyi et Ruhengeri).

« On estime à environ 2000 le nombre de combattants actifs qui restent au Congo”, dit à La Libre Afrique.be le coordinateur du RDRC, Francis Musoni. “Ils ne sont plus une menace pour le Rwanda mais continuent à mobiliser sur une idéologie génocidaire et, en cela, ils sont un problème pour le Rwanda”.

Des FDLR de plus en plus malingres

Les combattants qui veulent rentrer pacifiquement au Rwanda le font discrètement, pour ne pas encourir la vengeance de ceux qu’ils abandonnent. Depuis quelques temps, la RDRC encourage ce mouvement en faisant appeler des combattants au Congo par téléphone, par des ex-FDLR déjà réintégrés au Rwanda.

Les combattants se rendent à la Monusco (Mission de l’Onu au Congo), qui les désarme et rapatrie. Arrivés au Rwanda, il sont regroupés au camp de Mutobo (près de Ruhengeri) de la RDRC où, durant trois mois, il reçoivent soins et formation.

« Beaucoup arrivent en mauvais état à cause des dures conditions dans lesquelles ils vivent dans la forêt congolaise”, précise Francis Musoni. “Leurs chefs, eux, sont riches et vivent confortablement”. Au cours des 20 dernières années, la taille des FDLR de retour a progressivement diminué; beaucoup de jeunes paient ainsi une longue malnutrition. A leur arrivée à Mutobo, ils  sont nourris, vêtus, soignés. Un certain nombre a besoin de recourir à des spécialistes en santé mentale “en raison des horreurs subies et infligées au Congo”, ajoute M. Musoni.

Durant ces trois mois, les ex-FDLR suivent deux types de formation. La première leur explique comment fonctionne le “nouveau Rwanda” – un cours d’histoire montrant les résultats de l’idéologie génocidaire; la nouvelle organisation administrative; à quelles aides de l’Etat ils peuvent prétendre; quelles sont les difficultés qu’ils peuvent rencontrer et comment y remédier – et la seconde leur enseigne à monter un “projet” pour assurer la survie de ces ex-combattants dont les jeunes, ayant grandi dans les forêts, sont souvent analphabètes. Ils peuvent recevoir des visites de leur famille et en faire dans les communautés dont ils sont issus; leur transport est payé par la RDRC.

Un pécule pour se lancer

A la fin des trois mois, explique Francis Musoni, ils reçoivent 60 000 Frw (environ 60 euros) pour payer leur transport jusque chez eux, de la nourriture et des semences. “Deux mois plus tard, on estime qu’ils ont pu décider quel travail ils aimeraient faire et on leur donne 120 000 FRw pour se lancer. Nous organisons un suivi, pour voir s’ils se débrouillent. Ceux qui n’y arrivent pas reçoivent une formation professionnelle de 6 mois”, ajoute-t-il. “Quand ils ont terminé, on leur donne un kit d’outils nécessaires et ils se lancent”. Ceux qui ratent encore sont “peu nombreux”, dit M. Musoni. Quelques-uns quittent le pays; “ils en ont le droit”.

Au cours des années, le programme de réintégration s’est adapté. Ainsi, désormais, les familles rentrées du Congo sont, elles aussi, soumises à 15 jours de formation à Mutobo. “Moins longtemps que les combattants parce que ceux-ci ont subi une formation idéologique génocidaire, alors que les familles, généralement, ne s’intéressent pas à la politique”, explique M. Musoni. On a ajouté l’appui psychologique, de nouvelles formations et l’alphabétisation car, peu nombreux au début, les analphabètes forment aujourd’hui la moitié des FDLR de retour.

Seuls ceux qui ont participé au génocide des Tutsis, en 1994, sont renvoyés à la justice. Les crimes commis au Congo ne sont pas du ressort du Rwanda.

Certains ex-FDLR connaissent des carrières fulgurantes. Seraphine Mukantabana est ainsi l’actuelle ministre chargée des Réfugiés et Réponses aux désastres; Elie Mutarambirwa (voir son interview) est commissaire au RDRC. D’autres deviennent des chefs de communautés locales.“La moitié des employés de Mutobo sont d’ex-FDLR”, ajoute Francis Musoni dans un grand sourire.

Des coflits surtout familiaux, pour la terre

La plus grande partie mène une vie sans histoires. “Mais ils doivent travailler dur parce qu’ils ont un retard sur les autres”, explique le commissaire Elie Mutarambirwa, chargé du suivi de l’intégration dans la Province orientale.

Comment sont-ils acceptés par les communautés où ils reviennent? “Il peut y avoir des problèmes de cohabitation parce qu’ils sont parfois plus âgés que les nouveaux dirigeants, ce qui leur crée un complexe; ils doivent s’adapter aux nouvelles réalités”, dit M. Mutarambirwa.

Mais “les principaux problèmes sont ceux avec leur famille. Parfois, ils sont stigmatisés pour ce qu’ils ont fait mais il s’agit surtout de disputes pour la terre. La famille avait repris toute la terre de ceux qui étaient partis; quand ils reviennent, il faut partager… Certains préfèrent que les FDLR restent au Congo, pour ne pas partager; alors on leur dit au téléphone de ne pas rentrer, que c’est dangereux pour eux”, poursuit l’ancien rebelle.

Le RDRC leur conseille d’éviter les conflits, “de s’intégrer plutôt que de dépenser leur argent en procès”, poursuit-il. “On leur dit qu’ils ont aussi la possibilité de vivre ailleurs au Rwanda. Et qu’avec l’East African Community, ils peuvent migrer en Ouganda, au Kenya ou au Sud-Soudan ».

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