« Peggy Pickit voit la face de Dieu » : des amis, de la jalousie, des bulles pour un clash monumental

« Peggy Pickit voit la face de Dieu » : des amis, de la jalousie, des bulles pour un clash monumental

Isabelle Gyselinx met habilement en scène des retrouvailles explosives entre deux couples d’amis.

D’emblée, on est prévenu : « C’était une catastrophe complète ! Une folie totale ! ». Et de fait : ce qui devait être un agréable dîner entre amis va, en 1h30, virer au règlement de comptes tragi-comique. On vous explique ? Voici six ans que deux couples d’amis, tous diplômés de la faculté de Médecine, ne se sont plus vus. Frank (Thierry Hellin) et Liz (Valérie Bauchau) ont donc convié Karen (Véronique Dumont) et Martin (François Sikivie) à dîner pour célébrer leurs retrouvailles. Les premiers, parents d’une petite Cathy de 5 ans, vivent confortablement dans une maison avec garage ; les seconds reviennent tout juste d’Afrique, où ils ont travaillé dans l’humanitaire. Le champagne débouché, ils s’échangent un présent : Peggy Pickit, une poupée tout en caoutchouc produite à grande échelle en Occident, pour les uns, et Abeni-Annie, poupée en bois sculptée en Afrique, pour les autres. Mais tout va déraper…

Quatuor unique de comédiens

Pièce de l’auteur allemand Roland Schimmelpfenning, Peggy Pickit voit la face de Dieu (traduit de l’allemand par René Zahnd et Hélène Mauler) a été écrite en 2010. Douze ans plus tard, c’est Isabelle Gyselinx qui s’en saisit pour la porter sur la scène du théâtre de Poche avec un quatuor unique de comédiens puisque, outre leur incroyable talent, Thierry Hellin et Valérie Bauchau ainsi que François Sikivie et Véronique Dumont sont aussi en couple dans la vie quotidienne. Un détail, pourront penser certains, mais qui participe très certainement de la complicité qu’ils partagent sur le plateau.

Un puzzle à reconstituer

Pour interpréter un tel texte, il en faut de la technicité, de l’aplomb et du charisme ! Car chez Roland Schimmelpfenning, il n’y a aucun temps mort : chaque geste, inflexion de la voix, regard, sourire, déplacement du corps, silence… est signifiant. Truffée d’apartés, d’allers-retours, d’hésitations, de phrases inachevées, de répétitions, de sous-entendus…., son écriture, intensément rythmique, construit la pièce tel un puzzle où, peu à peu, le spectateur est amené à reconstituer un récit, fragmenté, disloqué, mais dans lequel, au final tout se lie et se comprend. N’imaginez toutefois pas un texte sombre et torturé ! Non ! Dans cet entrelac de dialogues et apartés sur les relations Occident-Afrique, la réussite, la maternité, l’amour…., où chaque personnage laisse affleurer sa jalousie, sa mesquinerie, sa colère, sa sensibilité, sa tendresse, ses failles et regrets…, se faufile un humour pinçant mais très drôle. Aucun ne veut voir la vérité en face. Et pourtant…

L’élégante scénographie d’Olivier Wiame, soutenue par les créations lumières de Xavier Lauwers et sonore de John de la Hogue, pose le cadre du récit tandis qu’Isabelle Gyselinx a su habilement cadenasser la mise en scène pour éviter de s’y perdre. Un brin cruelle et ironique, très drôle et terriblement bien jouée, Peggy Pickit voit la face de Dieu est un spectacle délicieusement déroutant à ne pas manquer.

–> Bruxelles, Le Poche, jusqu’au 26 février. Infos et rés. au 02.649.17.27 ou sur www.poche.be

Que pensez-vous de cet article?

Derniers Articles

Journalistes

Dernières Vidéos