Vingt ans après, la commission Lumumba n’a pas apaisé les tensions sur la mort du leader

Vingt ans après, la commission Lumumba n’a pas apaisé les tensions sur la mort du leader

Les travaux de la commission d’enquête qui, en 2001-2002, s’est penchée sur l’assassinat du Premier ministre congolais Patrice Lumumba suscitent toujours la controverse vingt ans plus tard. Devant la commission de la Chambre qui se penche sur le passé colonial de la Belgique, l’un des experts est venu défendre son travail et celui de ses collègues, tandis qu’un chercheur congolais qui leur a été adjoint a dénoncé l’incapacité dans laquelle il a été mis de faire le sien. Le 17 janvier 1961, Patrice Lumumba a été assassiné au Katanga alors en sécession. La participation de la Belgique à l’élimination du premier Premier ministre du Congo qui venait de prendre son indépendance a souvent été pointée du doigt, notamment par l’historien Ludo De Witte, auteur d’un livre sur la question paru en mai 2000.

La commission d’enquête a mis en avant la « responsabilité morale » de la Belgique. Selon M. De Witte, entendu lundi, cette formulation « n’exclut pas que la Belgique a une responsabilité tout en protégeant le pays d’une série de conséquences ». « La commission ne voulait pas faire toute la lumière sur le rôle concret de la Belgique », a-t-il affirmé.

Alors que quatre experts avaient déjà été désignés et placés sous la direction de Jules-Gérard Libois, un chercheur congolais leur a été adjoint, Jean Omasombo, professeur à Kinshasa et collaborateur au Musée de Tervueren. L’homme a décrit avec une grande amertume le rôle qui a été le sien, ou plutôt l’absence de rôle. La concertation avec ses collègues a duré un quart d’heure, a-t-il affirmé, et le reste de son travail n’a guère été plus fourni, notamment parce qu’il n’a pas pu accéder aux archives qu’il voulait consulter. « Je n’ai pas fait mon travail parce qu’on m’a interdit de le faire », a-t-il lancé. « J’ai plutôt regardé des experts belges s’occuper de Lumumba ».

Membre du groupe des quatre experts, le professeur émérite Emmanuel Gerard (KULeuven) a reconnu le problème posé par le statut de ce chercheur, adjoint sans que sa mission ne soit clairement déterminée. Mais le travail fourni pour rédiger le rapport a été sérieux et n’a pas connu d’entrave. L’historien a notamment insisté, contrairement à ce qui pu être affirmé, sur l’accès qu’ils ont eu aux archives du roi Baudouin.

« Je ne voudrais pas que l’on ait l’impression qu’il y ait eu une manipulation parce qu’il n’y en a pas eu », a-t-il souligné.

L’idée sous-jacente à la responsabilité « morale » de la Belgique doit être vue comme la responsabilité pour une série d’actions, et un contexte, comme celui de la sécession du Katanga, favorable à l’assassinat de Lumumba. « Si l’on parle de responsabilité morale, c’est pour reconnaître une part de responsabilité du gouvernement belge. Était-il l’acteur décisif? Il reste un doute », a-t-il dit. « Lorsqu’on ne peut plus interroger les intéressés, il faut garder une certaine humilité ».

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