« Marcher sur l’eau »: Aïssa Maïga filme des villageois en lutte contre le changement climatique

« Marcher sur l’eau »: Aïssa Maïga filme des villageois en lutte contre le changement climatique

Passant derrière la caméra, l’actrice Aïssa Maïga filme la lutte de villageois du Niger pour sauver leur communauté soudée, leurs troupeaux et leur mode de vie menacés par le changement climatique. Un documentaire qui révèle ses talents de conteuse à hauteur d’homme. A voir en salles à partir de mercredi. (Vidéo)

La tragédie du manque d’eau en Afrique sahélienne est malheureusement connue. Ce qui l’est moins, ce sont les innombrables répercussions de cette pénurie sur les populations rurales. Et on ne parle pas seulement de malnutrition ou de mortalité, ou même de d’éducation des filles, souvent accaparées par la corvée d’eau…

Dans ce très beau documentaire, Aïssa Maïga se place dans les pas de Houlaye, adolescente du village de Tatiste, au Niger. Une bourgade de la région de l’Azawak qui fait face à des conditions de vie de plus en plus difficiles et d’importantes modifications dues au changement climatique. Six mois par an, la plaine s’assèche, les marigots disparaissent, seule subsiste l’eau de puits de plus en plus lointains, à mesure qu’eux-mêmes s’assèchent.

Pour les familles de Tatiste, en majorité des éleveurs nomades, la situation est tellement critique qu’elle entraîne l’exode des femmes vers la ville afin de tenter d’y gagner de l’argent en faisant le ménage ou en vendant leur artisanat et leurs remèdes naturels. Les enfants restent alors seuls, durant de longs mois, sous la surveillance des aînés, tandis que les pères tentent de trouver de l’eau pour les troupeaux.

À terme, c’est tout le mode de vie des Peuls Wodaabe, peuple nomade, qui est menacé. De nombreux habitants ont déjà quitté la région en raison de ces conditions extrêmes.

Une communauté villageoise en lutte

À l’exception de quelques très belles images aériennes, qui permettent de prendre conscience de l’isolement de Tatiste et de l’évolution de la région au fil des saisons, le film s’inscrit dans l’écoulement du temps, l’attente de la saison des pluies qui verra tout le village et la plaine alentour enfin reverdir. Sans commentaires ni voix off, le film épouse le destin d’Houlaye, ses frères, sœurs et cousins attendant que leurs parents reviennent du Nigeria voisin, voire même plus loin. On les suit à l’école, dans leurs tâches ordinaires ainsi que dans l’espoir que leur demande de forage, faite il y a plusieurs mois déjà, soit entendue.

Marcher sur l’eau, documentaire confié à l’actrice Aïssa Maïga, d’après une idée originale du journaliste Guy Lagache, lui permet de démontrer ses talents de conteuse et d’observatrice discrète, choisissant de s’inscrire dans la temporalité de ceux qu’elle filme et qui relèvent de nombreux défis au fil des mois, sans se laisser abattre.

Cette résilience et cette intelligence collectives, mises au service de la recherche de solutions concrètes, font la force de cette communauté et de ce film centré sur l’humain. Par leurs réflexions, les habitants de Tatiste réactivent les interrogations concernant notre propre environnement en plein bouleversement.

Karin Tshidimba

Marcher sur l’eau*** Voyage immobile De Aïssa Maïga Scénario Ariane Kirtley, Aïssa Maïga Images Rousslan Dion Durée 1h30.

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