RDC : Un « cadeau » de près de 20 millions $ pour les députés

RDC : Un « cadeau » de près de 20 millions $ pour les députés

La banque BGFI, dirigée par Francis Selemani Mtwale, ami d’enfance de Joseph Kabila, déjà épinglée par les révélations de Jean-Jacques Lumumba, revient sur le devant de la scène dans un autre dossier aux allures de corruption généralisée des députés.

C’est un député de la majorité qui est au bout du téléphone. Comme la plupart de ses collègues, il vient de recevoir une proposition particulièrement alléchante : une jeep toute neuve d’une valeur de  29000 dollars. « On nous a présenté ce cadeau comme une indemnité de sortie », poursuit-il.

En réalité, le montant de l’indemnité se monte à 37000 dollars selon un autre député. « Comme l’Etat n’a pas d’argent, un représentant du président du parlement, Aubin Minaku, nous a expliqué qu’il avait négocié l’obtention de traites auprès de la BGFI pour l’achat de ces jeeps neuves. Et comme la banque avance cet argent, elle doit prélever près de 20%, soit 8000 dollars. Beaucoup de députés même s’ils auraient préféré du cash, ont accepté. Ils savent qu’ils risquent de ne jamais voir la couleur de l’argent s’ils préfèrent attendre que l’Etat puisse leur verser cette somme en cash », poursuit-il.

Avec 500 députés à la Chambre, cette opération représente une sortie de près de 20 millions de dollars pour l’Etat congolais , la BGFI, institution bancaire proche du clan Kabila, prélèvant au passage 4 millions de dollars en commission.

« Même si on retire ces 4 millions de commission, cela signifierait que pour les 500 députés, la BGFI ferait un crédit de près de  16 millions de dollars, c’est absolument inimaginable. Elle n’a pas les moyens d’une telle opération », explique un banquier pour qui « il ne fait aucun doute que l’Etat a bien sorti l’argent au profit de la BGFI qui est la grande gagnante de cette opération. Un tel montage est évidemment inacceptable et dans une période de crise économique comme celle que traverse la RDC, c’est une gifle terrible à la face du peuple. Les députés qui acceptent de jouer dans ce jeu seront coupés de leur électorat et ne pourront plus qu’être asservi à la majorité présidentielle. C’est une machine terrible pour corrompre. Comment voulez-vous, aussi que l’Etat congolais puisse se présenter sérieusement devant la Banque mondiale et le FMI avec de telles dépenses ? Ces institutions ne peuvent même plus envisager de travailler avec la RDC. Comment expliquer encore que la Banque centrale ferme les yeux. Tout ceci démontre qu’il n’y a plus d’Etat chez nous. »

Grogne à tous les niveaux

Parallèlement à ces sorties massives de fonds pour les députés, la grogne s’intensifie en RDC où le franc congolais ne cesse de se déprécier face au dollar. Tous les services publics sont touchés par cette crise et ne voient pas leurs salaires indexés… quand ils sont payés. Les médecins ont déjà manifesté leur colère. Les enseignants, les policiers et les militaires, notamment, sont logés à la même enseigne. « Chaque mois, ils voient leur pouvoir d’achat s’effondrer un peu plus », continue le banquier, qui tire la sonnette d’alarme. « Au rythme de cette dépréciation, ils auront perdu 50 pour cent de leur pouvoir d’achat en 9 mois. C’est gigantesque. C’est la misère qui s’installe ou qui s’intensifie pour des millions de personnes. »

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