La grande bouche qui rit jaune

La grande bouche qui rit jaune

La scène artistique africaine en vue à la Galerie des Galeries, espace muséal au milieu des Galeries.

ENCORE QUELQUES JOURS pour courir aux Ga­leries Lafayette. Et non pas pour y faire emplette, comme le chantonne le jingle publicitaire, mais bien pour passer la porte de la Galerie des Gale­ ries, espace muséal au coeur du grand magasin.

Au diapason d’un Paris africanisé (avec notam­ ment l’expo “Art/Afrique, le nouvel atelier”, ac­tuellement à la fondation Louis Vuitton), la Gale­rie des Galeries démontre, dans “Le jour qui vient”, expo plurielle d’artistes africains contemporains, la puissance d’évocation de la jeune scène artistique issue du grand continent. Et puis­ qu’il reste encore quelques jours avant le décro­chage, on ne résiste pas à l’idée de vous parler du grand sourire de Moffat Takadiwa.

Domination culturelle

L’artiste de 34 ans vit à Harrare, capitale du Zimbabwe, et a fait des déchets qui jonchent les rues de sa ville le matériau principal de ses œuvres d’art. Son “Plastic Smile” est composé de centaines de brosses à dents usées jusqu’au der­ nier poil ! Objet de consommation voué à être jeté, la brosse à dent sauvée des eaux et désormais coli­chifet, trouve une seconde nature; devient à sa grande surprise, objet de rareté, objet même sa­cralisé.

On ne peut cependant s’empêcher de penser que le “Plastic Smile” de Moffat est un rire jaune. L’artiste zimbabwéen ne pourrait pas mieux dire la domination culturelle de l’Afrique, domination qui passe par l’envahissement de la société afri­ caine actuelle par des biens de conso bon marché venus de Chine, et des pratiques consuméristes occidentalisées.

Sombre envahissement

En écho au “Plastic Smile”, une autre œuvre coup de cœur de l’expo, celle de Clay Apenouvon. L’artiste togolais tape fort avec son mur de plasti­que noir dégoulinant sur les murs blancs de la ga­lerie. L’œuvre totale, intitulée “Film noir de Lampedusa”, ne rigole pas !

Tout en ré­exploitant là sa technique de “plastic attack” qui tend à dénoncer les méfaits de la pol­ lution, l’artiste va beaucoup plus loin, brise le pre­ mier degré de lecture. La pollution noire de Lam­ pedusa, ce sont les migrants qui arrivent sur leur barquette en traversant la Méditerranée, considé­ rés comme parasites par la société occidentale qui hésite à leur égard, entre peur et bien­pensance obligatoire.

La curatrice Marie­Ann Yemsi, qui avait déjà proposé une exposition “Odyssées Africaines” au Brass à Bruxelles en 2015, ne s’emberlifote pas dans un langage trop conceptuel ou trop policé et, mettant à l’aise le visiteur qui ne saurait comment penser, entre la crainte du conformisme et celle du cliché, précise : “Les artistes [africains] regardent l’Afrique telle qu’elle est, pas telle qu’on la fantasme.” 

“Le jour qui vient”, à la Galerie des Galeries, à Paris. Encore jusqu’au 29 Juillet.
Infos : www.galeriesdesgaleries.com

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