Tension diplomatique entre le Rwanda et la Belgique

Tension diplomatique entre le Rwanda et la Belgique

Le communiqué diffusé lundi par le ministère belge des Affaires étrangères, critiquant la condamnation à 25 ans de prison de Paul Rusesabagina par la Haute Cour de Kigali pour les crimes internationaux et transfrontaliers, a suscité une tension diplomatique avec le Rwanda.

Les services de Sophie Wilmès avaient jugé « que M. Rusesabagina n’a(vait) pas bénéficié d’un procès juste et équitable; particulièrement en ce qui concerne les droits de la défense » . Et d’ajouter: « Un entretien avec le ministre rwandais, Vincent Biruta, est prévu à New-York cette semaine, en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies ».

https://afrique.lalibre.be/63829/rwanda-rusesabagina-condamne-a-25-ans/

Le ministère rwandais des Affaires étrangères a estimé, en réponse au communiqué belge, que celui-ci « reflète le mépris montré par le gouvernement du Royaume de Belgique envers le système judiciaire rwandais depuis le début de ce procès, en dépit de la contribution significative d’institutions belges ad hoc à l’enquête sur cette affaire ». La police belge a en effet fourni à Kigali divers documents utilisés au cours du procès, dont les copies de versements de fonds effectués par Paul Rusesabagina.

Rencontre ministérielle bilatérale annulée

Le communiqué rwandais poursuit en indiquant: « C’est pourquoi une rencontre ministérielle bilatérale programmée en marge de l’Assemblée générale de l’Onu à New York n’aura pas lieu. Le gouvernement du Rwanda demeure cependant prêt à accueillir le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères du Royaume de Belgique, à un moment qui convienne, pour poursuivre le dialogue entre les deux pays ».

Sophie Wilmès n’a pas détaillé les reproches qu’elle fait au procès de Kigali. On peut cependant imaginer qu’il s’agit du refus de la Haute Cour d’accéder à la demande des avocats de Paul Rusesabagina de postposer le procès de six mois; du refus des autorités rwandaises de donner un visa à l’avocat belge de l’accusé, Me Vincent Lurquin; du fait que le Rwando-Belge avait été attiré par ruse à Kigali, où il avait été arrêté le 20 août 2020. Human Rights Watch (HRW) considère ce procédé comme une « disparition forcée ».

https://afrique.lalibre.be/63136/rwanda-lavocat-belge-de-paul-rusesabagina-expulse/

Le premier barreau du pays

Tout en reconnaissant que l’accusé avait, dans une vidéo YouTube de décembre 2018, juré un « appui sans réserve » au groupe armé FLN – membre de l’organisation politique dirigée par Rusesabagina et auteur revendiqué d’attaques meurtrières contre des civils en 2018 et 2019 – HRW note que l’interrogatoire de l’accusé du 31 août 2020 a été conduit sans la présence d’un avocat. L’organisation de défense des droits de l’Homme ajoute que des avocats d’office avaient été commis par l’Etat rwandais alors que la famille Rusesabagina avait choisi Gatera Gashabana, qui ne rejoindra l’équipe de défense de l’accusé qu’en novembre 2020.

Rappelons que c’est le régime rwandais actuel qui a créé le premier barreau de l’histoire du Rwanda en septembre 1997. Jusqu’au génocide de 1994, n’importe quel mandataire en justice pouvait défendre un accusé ou une partie civile devant un tribunal – quand il y avait une défense – un système au détriment de l’accusé.

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