Le Premier ministre israélien en Egypte, une première depuis 2011

Le Premier ministre israélien en Egypte, une première depuis 2011

L’Egypte, pays arabe le plus peuplé mais aussi le premier à avoir signé la paix avec Israël, accueille lundi le Premier ministre israélien Naftali Bennett, une première depuis plus de dix ans.

Bordée à l’est par la bande de Gaza et Israël, l’Egypte a joué les médiateurs en mai pour obtenir la fin d’une guerre éclair entre l’Etat hébreu et l’enclave palestinienne, sous blocus israélien depuis la prise du pouvoir par le Hamas islamiste en 2007.

Liée à Israël par un traité de paix depuis 1979, l’Egypte reçoit régulièrement le Hamas, de même que sa rivale, l’Autorité palestinienne dirigée par Mahmoud Abbas, tout en maintenant des relations diplomatiques, commerciales et sécuritaires avec l’Etat hébreu.

Une dizaine de jours après avoir reçu M. Abbas, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi reçoit ainsi lundi le très droitier Bennett –renouant avec des rencontres au sommet fréquentes jusqu’à la révolte populaire de 2011 mais inexistantes depuis.

Ils vont discuter ensemble à Charm al-Cheikh, sur la mer Rouge, des « efforts pour relancer le processus de paix » entre Israéliens et Palestiniens, a précisé le porte-parole de la présidence égyptienne Bassam Radi.

Dimanche, en proposant d' »améliorer » les conditions de vie des Gazaouis en échange d’un engagement au « calme » du Hamas, le chef de la diplomatie israélienne Yaïr Lapid a encore une fois rappelé « l’importance vitale de l’Egypte ».

Ce projet, a-t-il martelé, « ne verra pas le jour sans le soutien et l’implication des partenaires égyptiens ni sans leur habileté à parler à toutes les parties impliquées ».

La visite de M. Bennett marque une « étape importante compte tenu du développement des relations sécuritaires et économiques » entre les deux pays et de leur « préoccupation commune » vis-à-vis de Gaza, et du projet égyptien de « réactiver les pourparlers politiques entre Israël et l’Autorité palestinienne », estime Nael Shama, spécialiste de la politique étrangère égyptienne.

– Sinaï, Méditerranée –

En 2019, sur la chaîne américaine CBS, M. Sissi avait reconnu que son armée opérait avec Israël contre les « terroristes » dans le Nord-Sinaï (est), qualifiant cette coopération de la « plus étroite » ayant jamais existé entre les deux voisins.

A la faveur du traité de paix ayant mis fin à l’état de guerre entre les deux pays, l’Egypte avait récupéré sa souveraineté sur la péninsule du Sinaï occupée par Israël depuis 1967 –à condition toutefois de la démilitariser.

Mais elle y fait face depuis 2013 à une insurrection menée par une branche du groupe jihadiste Etat islamique (EI) qui a remis en cause cet état de fait.

Les deux pays ont également développé leurs liens dans le domaine énergétique, enjeu stratégique majeur en Méditerranée orientale, et depuis 2020, l’Egypte reçoit du gaz naturel d’Israël pour le liquéfier et le réexporter vers l’Europe, un accord évalué à 13,3 milliards d’euros.

La dernière rencontre entre un président égyptien et un Premier ministre israélien –véritable détenteur du pouvoir en Israël– remonte à janvier 2011. Le défunt Hosni Moubarak avait alors reçu le Premier ministre israélien de l’époque Benjamin Netanyahu.

Quelques jours plus tard, M. Moubarak était chassé par une révolte populaire, suivie deux ans plus tard par le renversement de son successeur Mohamed Morsi et la prise de pouvoir de M. Sissi.

Durant cette période, les relations entre les deux voisins se sont dégradées avant de se refroidir davantage lors de la présidence de M. Morsi –issu des Frères musulmans– de l’été 2012 à l’été 2013.

– Message à Washington –

Pour M. Shama, la visite du Premier ministre israélien s’inscrit dans le sillon de la « longue relation de travail » qu’entretenaient MM. Sissi et Netanyahu, remplacé en juin par M. Bennett.

Israël et l’Egypte sont deux des principaux alliés de Washington au Moyen-Orient et bénéficient d’une importante aide militaire américaine.

C’est aussi à l’administration américaine de Joe Biden que Le Caire cherche « une fois de plus à signaler son rôle indispensable dans la stabilisation du conflit » entre Palestiniens et Israéliens, ajoute M. Shama.

Vis-à-vis d’une population égyptienne longtemps résolument hostile à la normalisation des liens avec Israël, le fait que depuis l’été 2020, quatre pays arabes –les Emirats arabes unis, Bahreïn, le Maroc et le Soudan– aient normalisé leurs relations avec l’Etat hébreu a changé la donne.

Et surtout, explique à l’AFP le professeur de Sciences politiques à l’Université du Caire Mostafa Kamel al-Sayed, à la différence de l’ère Moubarak, « le régime du président Sissi est parvenu à domestiquer l’opposition », dont seule subsiste une partie après une large campagne de répression.

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