RDC : Explosion de violence dans le Tanganyika

RDC : Explosion de violence dans le Tanganyika

Des affrontements entre jeunes et forces de l’ordre ont poussé de très nombreuses familles à fuir leur domicile.

Nouvel exode et nouvelles violences dans la région de Moba dans la province du Tanganyika, sur la frontière avec la Zambie.

Cette fois, ce sont des violences entre jeunes et policiers qui sont à la base de ce nouveau malheur qui frappe une fois encore la population civile congolaise. « Tout a commencé parce que de nombreux habitants de Moba et des villages de la région sont fatigués des violences et des vols quotidiens perpétrés par les policiers », explique un témoin joint ce samedi 22 juillet en soirée. « Nous ne disons pas que notre situation est isolée, loin de là », poursuit notre interlocuteur. « Nous disons simplement qu’on ne peut plus et qu’on ne veut plus supporter cet état de violence permanent. On travaille dur pour pouvoir simplement survivre. C’est difficile tous les jours. Alors, quand vous voyez les policiers, qui ne sont peut-être pas – ou mal – payés, forcer votre porte pour venir voler le peu que vous avez, un jour, ça explose. C’est ce qui s’est produit ces derniers jours. La tension est montée et cela a dégénéré entre policiers et jeunes gens ».

Aucun bilan officiel. Et aucune communication officielle non plus. « Notre cas n’intéresse personne tant qu’il n’y a pas une dizaine de morts », poursuit notre interlocuteur. « Mais des dizaines de familles, peut-être plus de mille personnes, ont déjà dû fuir leur maison face à la violence des affrontements. Les jeunes sont déterminés et les policiers ne veulent pas céder. Je pense que la stuation au Kasaï a commencé à dégénérer de la sorte. Il faut parler des violences de Moba avant que la situation n’empire encore. Sans cette publicité Kinshasa laissera pourrir la situation et les morts s’entasseront ici aussi. Cela fait partie de la stratégie de pourissement du pouvoir pour éviter d’aller aux élections ».

Olenghankoy président du CNSA

Pendant ce temps, à Kinshasa, les responsables politiques ne semblent en effet guère soucieux des nouvelles violences qui ont éclaté dans le Tanganyika. Ce samedi 22 juillet, on a ainsi appris que Joseph Olenghankoy, président du Fonus, avait été désigné comme président du Conseil national de suivi de l’accord de la Saint-Sylvestre. Il pourrait être secondé par Adolphe Lumanu, Vital Kamerhe et un membre du MLC, tous les trois vice-présidents.

Si Olenghankoy ne cachait à personne depuis des semaines qu’il attendait ce poste, la désignation de Vital Kamerhe au poste de vice-président est plus surprenante pour le troisième homme de la présidentielle de 2011 et a immédiatement été rejetée par le principal intéressé. Vital Kamerhe justifie notamment son refus par le fait que la désignation d’Olenghankoy est un viol de plus de l’accord de la Saint-Sylvestre arraché par les évêques catholiques. Ce texte signé tant par la majorité présidentielle et ses alliés que par le Rassemblement de l’opposition et ses partenaires prévoit en effet que ce poste de président du CNSA doit revenir à un membre du Rassemblement de l’opposition.

On sait déjà qu’Olenghankoy et ses suiveurs se présentent comme les tenants du Rassemblement de l’opposition, une plateforme politique qu’ils ont abandonnée pour tenter de créer une structure parallèle portant le même nom. Un Rassemblement-bis en sorte qui n’a jamais été reconnu par la communauté internationale.

Des gages à tous prix

En désignant un président du CNSA, avant peut-être d’annoncer un calendrier des élections à venir pour le 31 juillet, le pouvoir en place tente notamment de répondre aux exigences des bailleurs de fonds internationaux qui ont conditionné leur éventuelle aide à ces deux points, entre autres. Mais pour un des pontes du Rassemblement de l’opposition « original » il ne fait aucun doute que cette nomination ne changera rien. « La communauté internationale a toujours expliqué qu’elle ne reconnaissait pas ce Rassemblement-bis et que les élections devaient se tenir au plus tard en décembre 2017, comme le prévoit l’accord de la Saint-Sylvestre. La désignation d’Olenghankoy n’est qu’une farce de plus mais elle ne fait rire personne face à la violence de la crise économique actuelle. C’est un viol caractérisé de l’accord, un de plus. »

Danse macabre

Dans ce contexte de tensions de plus en plus vives, certains membres du parti kabiliste qui décrochent enfin un poste rémunérateur n’hésitent pas à fêter cette récompense par une cérémonie de prise de fonction aussi surréalistes qu’insupportablement violente. Ce fut le cas, ce milieu de semaine, avec l’arrivée d’India Omari (PPRD) à l’Ogefrem (Office de Gestion du Fret Multimodal). Les images de cette remise-reprise à voir ci-dessous.

 

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