Affaire Paul Rusesabagina: « Nous devons parler de plus en plus fort »

Affaire Paul Rusesabagina: « Nous devons parler de plus en plus fort »

« C’est un scandale et nous devons parler de plus en plus fort », a déclaré jeudi l’avocat belge de Paul Rusesabagina, Vincent Lurquin, lors d’une conférence de presse, organisée symboliquement depuis l’Hôtel des Milles Collines à Kigali, au Rwanda. Le verdict qui était attendu vendredi dans le procès pour « terrorisme » de Paul Rusesabagina, sera rendu à une date ultérieure, avait annoncé mercredi l’autorité judiciaire rwandaise. Paul Rusesabagina a été rendu célèbre par le film « Hotel Rwanda » qui raconte comment cet ancien directeur de l’hôtel des Mille Collines à Kigali, un Hutu modéré, a sauvé plus de 1.000 personnes au cours du génocide de 1994 qui a fait 800.000 morts, principalement des Tutsi.

Aujourd’hui âgé de 67 ans, ce virulent opposant au président Kagame a été jugé à Kigali de février à juillet, avec une vingtaine d’autres personnes, pour son soutien présumé au Front de libération nationale (FLN), groupe rebelle accusé d’avoir mené des attaques meurtrières au Rwanda. Il est visé par neuf chefs d’accusation, dont celui de « terrorisme ». La prison à vie a été requise contre lui.

Son avocat belge a à nouveau tenté jeudi matin de rencontrer son client en prison, ce qui lui a encore été refusé. « J’ai le droit de le rencontrer et aucune autorité dans un Etat de droit ne peut me l’interdire », plaide Me Lurquin, qui n’a pas caché sa colère. « Le Rwanda viole les droits les plus élémentaires. »

Vincent Lurquin a rappelé que Paul Rusesabagina avait été « enlevé avec la complicité du régime rwandais » et qu’il avait été « torturé, ligoté et bâillonné. »

« Les juges et la communauté internationale se taisent », déplore son avocat. Ce dernier a précisé que la Belgique avait à trois reprises, par l’intermédiaire de sa ministre des Affaires étrangères Sophie Wilmès demandé à ce qu’il puisse voir son client. « Je viens de recevoir il y a 15 minutes la réponse à trois notes verbales introduites depuis un an: ils répondent négativement et refusent que j’aille voir mon client à la prison ». La motivation est que « le procureur général de Kigali a donné des instructions au juge d’instruction belge  pour se dessaisir de son dossier. (…) Est-ce que véritablement le parquet de Kigali peut donner des instructions à un juge d’instruction en Belgique sans que personne ne se lève? On n’a jamais vu cela au niveau judiciaire », s’insurge Vincent Lurquin.

« Il faut impérativement que l’on puisse faire entendre sa voix. (…) Il faut le libérer ». Pour son conseil, la solution pourrait être qu’il soit jugé en Belgique.

« Cela fait un an jour pour jour que papa vit dans des conditions inhumaines », a déclaré sa fille, Lys, qui est intervenue lors de la conférence de presse organisée par vidéo. « Il est privé de ses médicaments. » Elle implore « le gouvernement belge, la ministre des Affaires étrangères et le Premier ministre » de « nous aider à ramener papa. ». « On compte sur la Belgique. »

Une autre de ses filles a également souligné que la famille faisait l’objet d’espionnage de la part du régime rwandais. « Ils violent notre vie privée, et les droits de défense de notre père. »

Paul Rusesabagina vivait en exil depuis 1996 aux Etats-Unis et en Belgique, pays dont il a obtenu la nationalité. Il a été arrêté en août 2020 au Rwanda dans des circonstances troubles, à la descente d’un avion qu’il pensait être à destination du Burundi.

Le gouvernement rwandais a admis avoir « facilité le voyage » vers Kigali, mais affirmé que l’arrestation était « légale » et que « ses droits n’ont jamais été violés ».

Une autre date pour le verdict sera communiquée ce vendredi 20 août.

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