Libye: l’embellie politique fait repartir à la hausse le nombre de migrants

Libye: l’embellie politique fait repartir à la hausse le nombre de migrants

A la faveur d’une accalmie des violences en Libye, le nombre de migrants partis de ce pays et interceptés depuis janvier alors qu’ils tentaient de gagner l’Europe a doublé par rapport à la même période en 2020, selon des experts.

Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), 20.257 migrants ont été interceptés entre janvier et août et renvoyés vers la Libye.

Une tendance qui va de pair avec une « hausse des départs de 100% de janvier à juillet » par rapport à la même période l’an dernier, a indiqué à l’AFP un responsable de la marine libyenne sous le sceau de l’anonymat, sans être mesure de les chiffrer.

Cette hausse vertigineuse est « due notamment à l’arrêt des combats », explique à l’AFP le juriste Anouar al-Werfalli, spécialiste des questions migratoires.

Située à quelque 300 km des côtes italiennes, la Libye est un important point de passage pour des dizaines de milliers de migrants d’Afrique subsaharienne souhaitant se rendre en Europe.

Après la révolte de 2011 qui a entraîné la chute du régime de Mouammar Kadhafi, la Libye a plongé dans le chaos avec des pouvoirs rivaux dans l’Est et l’Ouest.

La fin des combats à l’été 2020 a été suivie en octobre de la même année par la signature d’un cessez-le-feu qui semble depuis globalement respecté. Un gouvernement de transition a été installé en début d’année.

– « Cadence » –

Cette éclaircie a donné lieu à une certaine « stabilité, qui, bien que relative, encourage les migrants à entreprendre la traversée » de la Méditerranée, estime M. Werfalli.

Une tendance confirmée par la hausse substantielle des arrivées en Italie, principale destination des candidats au départ des côtes libyennes.

Selon l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), « plus de 10.000 migrants et réfugiés sont arrivés par la mer en Italie durant les quatre premiers mois de l’année », soit une « hausse d’environ 170% par rapport à l’année dernière à la même période ».

Dans le même temps, « les passeurs ont accéléré la cadence pour compenser le manque à gagner durant les nombreux mois de confinement » et « de nombreux migrants qui avaient dû mettre en attente leur projet migratoire reprennent la route », selon M. Werfalli.

Si d’un côté les conflits armés et la déliquescence de l’Etat ont pendant longtemps « facilité la traversée », ils ont aussi « suscité l’appréhension des migrants, inquiets de se retrouver victimes de mauvais traitements ou d’être enlevés », souligne Miloud el-Hajj, professeur en relations internationales.

La Libye est en effet devenue ces dernières années la plaque tournante du trafic d’êtres humains sur le continent. Des dizaines de milliers de migrants venus d’Afrique subsaharienne y sont la proie de trafiquants.

Sans compter le danger de la traversée elle-même, l’une des plus périlleuses au monde. Le dernier drame en date est survenu fin juillet, quand une soixantaine de migrants sont morts noyés dans un naufrage au large du pays, portant à 970 le nombre de migrants morts en Méditerranée depuis le début de l’année, selon l’OIM.

– « Aide internationale » –

Dans ce contexte, les garde-côtes libyens font face à de multiples accusations de mauvais traitements.

Des images filmées fin juin depuis un avion de l’ONG allemande Sea-Watch, montrent les impacts de deux tirs à la surface de l’eau, à deux ou trois mètres de la proue du bateau en bois bleu dans lequel se trouvaient une cinquantaine de migrants.

La Libye a « besoin d’une aide internationale pour faire face aux flux migratoires sans fin », se défend Abdel Rahman al-Mahmoudi, un ancien officier des forces de la marine libyenne.

Pourtant, depuis des années, l’Italie et l’Union européenne financent, entraînent et équipent les garde-côtes libyens pour qu’ils empêchent les passeurs de convoyer en Europe des migrants et réfugiés à bord d’embarcations de fortune.

Ceux qui sont interceptés sont placés dans des centres de détention où ils croupissent dans des conditions déplorables régulièrement décriées par les ONG.

En vertu du droit maritime international, les personnes secourues en mer devraient être débarquées dans un port sûr. Or, l’ONU ne considère par la Libye comme tel.

Les autorités libyennes, elles, mettent souvent en avant un manque de moyens et des effectifs insuffisants.

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