RDC: critique contre la nomination d’un ex-rebelle comme responsable du désarmement

RDC: critique contre la nomination d’un ex-rebelle comme responsable du désarmement

La désignation d’un ex-rebelle pro-rwandais, Emmanuel Tommy Tambwe Ushindi, à la tête d’un programme de désarmement et de démobilisation des membres des groupes armés sévissant en République démocratique du Congo (RDC) a provoqué de vives réactions de la part de la société civile et du gynécologue Denis Mukwege, rapporte mercredi la presse kinoise. Le président Antoine Félix Tshisekedi Tshilombo a signé jeudi dernier l’ordonnance créant le Programme de désarmement, démobilisation, relèvement, communautaire et stabilisation (PDDRC-S). Rattachée à la présidence de la République, cette initiative remplace les deux précédents programmes UEPN-DDR (Exécution du Programme National de Désarmement, Démobilisation et Réinsertion) et Starec (Stabilisation et reconstruction des zones sortant des conflits armés).

Le président congolais a également nommé dans la foulée M. Tambwe coordonnateur du P/DDRCS.

Mais la désignation de cet ancien membre de la rébellion du Rassemblement congolais pour la Démocratie (RCD, soutenu par le Rwanda lors de la deuxième guerre du Congo entre 1998 et 2003) a fait l’objet de vives critiques de la part de la société civile. Certains de ses représentants s’étonnent qu’un ancien rebelle soit nommé à ce poste. Ils brandissent notamment ses responsabilités au sein du RCD, rappelant que ce licencié en criminologie avait notamment été vice-gouverneur de la province du Sud-Kivu (est, alors occupée par le RCD).

Il a été cité par Reporters sans frontières et Amnesty International comme commanditaire des arrestations musclées de journalistes. Toujours actif dans les mouvements armés, il avait pris, en 2012, la tête d’un mouvement proche de la rébellion du M23, l’Alliance pour la Libération de l’Est du Congo, qui militait notamment pour la création d’un État indépendant du Kivu, selon un rapport du groupe d’experts de l’ONU. Selon Amnesty International, l’ALEC aurait commis des crimes au Sud-Kivu, dont des recrutements forcés d’enfants.

Le Dr Mukwege, co-lauréat du prix Nobel de la Paix 2018 pour sa lutte contre les violences sexuelles employées comme « armes de guerre » dans les conflits, s’est également montré surpris par cette désignation.

« Nous exprimons notre circonspection face à la récente nomination par ordonnance présidentielle d’un ancien chef rebelle du RCD-Goma, du M-23 et de l’ALEC, comme coordinateur » du P/DDRCS, a-t-il indiqué dans un communiqué reçu mercredi par l’agence Belga à Bruxelles.

« Pour avancer sur le chemin d’une paix durable (en RDC), nos dirigeants devraient retenir les erreurs du passé et rompre avec les politiques qui ont prolongé et aggravé la souffrance du peuple congolais et l’instabilité ayant occasionné des conséquences désastreuses sur la protection des civils », ajoute le célèbre gynécologue, aussi surnommé « l’homme qui répare les femmes » pour ses interventions dans la clinique de Panzi, dans sa ville de Bukavu.

Selon le Dr Mukwege, cette situation résulte de différents accords politiques visant à mettre fin à la violence mais qui « ont planté les graines de l’instabilité et de la culture de l’impunité en intégrant des éléments des groupes armés rebelles, congolais et étrangers, au sein des forces de sécurité et de défense de la République.

Elle « favorise l’émergence d’un système légitimant la violence et la commission de crimes comme mode d’accès au pouvoir. Elle entretient une spirale infernale de violences sans fin et hypothèque l’instauration d’une paix durable », ajoute-t-il en plaidant une nouvelle fois en faveur d’un processus de justice transitionnelle « auquel aspire le peuple congolais ».

« En gratifiant ainsi des criminels au lieu de les traduire en justice, cette stratégie de tireurs de ficelles tapis à Kinshasa, Kigali, Kampala et Bujumbura encourage les groupes armés en brousses à attendre leur tour », indique encore le médecin.

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