La dangereuse voie de la « congolité »

La dangereuse voie  de la « congolité »

Edito par Marie-France Cros

À l’instigation d’un ancien candidat à la présidentielle congolaise de 2018, Noël Tshiani, qui avait recueilli 0,13 % des votes, un député kabiliste rallié à Tshisekedi vient de déposer une proposition de loi sur la “congolité”. Elle vise à exiger, pour occuper le poste de chef de l’État, que les candidats soient “de père et de mère congolais”, ce qui va au-delà de ce qu’exige la Constitution.

Tous les Congolais y vont vu – avec colère pour les uns, ou avec plaisir pour les autres – un moyen d’empêcher l’ex-gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi, de se présenter contre Félix Tshisekedi en 2023.

Tshiani, qui a rédigé le texte, ferait ainsi sa cour au chef de l’État ; originaire de la même région que les Tshisekedi, ce Congolais des États-Unis n’est pas encore arrivé à obtenir un poste à Kinshasa, contrairement à la nuée de proches “casés” par le Président.

En lançant ce texte, stigmatisé par le cardinal Fridolin Ambongo comme « “un instrument d’exclusion et de division”, Tshiani a réussi ce qu’il avait échoué à obtenir en quelque dix ans d’efforts : se faire connaître du public congolais.

Car il veut, selon ses dires, élargir l’exigence de père et mère congolais aux présidents du sénat et de l’Assemblée nationale ; aux détenteurs de ministères régaliens ; aux chefs de la police, de l’armée, de l’agence de renseignement et du service de migration ; aux hauts magistrats. Créer ainsi deux catégories de citoyens est anticonstitutionnel mais on n’a pas encore vu la Cour constitutionnelle arrêter une loi qui plairait au Président.

Il y a donc un gros risque que le Congo prenne le même chemin que la Côte d’Ivoire, où les discours sur l’“ivoirité” tenus par les ex-présidents Laurent Gbagbo et Henri Konan Bédié, pour barrer la route à leur rival nordiste Alassane Ouattara, avaient débouché sur des exactions contre les Ivoiriens du nord, une scission du pays et, in fine, une guerre civile dont les effets se font toujours sentir aujourd’hui, dix ans plus tard.

La RDCongo a-t-elle vraiment besoin d’un malheur de plus?

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