RDC: les miniers priés de ramener au Congo 40% de leurs recettes d’exportation

RDC: les miniers priés de ramener au Congo  40% de leurs recettes d’exportation

Alors que la situation économique est jugée proche de la débâcle par la presse kinoise, le ministre d’Etat congolais en charge de l’Economie, Joseph Kapika, a rappelé, lundi 17 juillet à Lubumbashi, la réglementation en matière de rapatriement des devises par les opérateurs du secteur minier.

Il l’a fait lors d’une réunion organisée par la Banque Centrale du Congo  (BCC) sous l’égide du président Joseph Kabila, indiquent les médias congolais, et en présence des MM. Henri Mulang Yav, Martin Kabwelulu et Tshibangu Kalala – respectivement ministres des Finances, des Mines et près le Premier ministre -, des gouverneurs des provinces du Haut Katanga, du Haut Lomami, du Lualaba et du Tanganyika ainsi que des directeurs des régies financières et des représentants des associations des banques.

Rapatrier au Congo 40% des recettes

Selon M. Kapika, il s’agit de renforcer les mesures de sécurité économique et de pousser les opérateurs miniers à effectivement rapatrier au Congo, comme la loi les y oblige, 40% des recettes de leurs exportations « et de les verser dans les caisses de l’Etat » pour éviter une crise macro-économique. « Avec des indicateurs financiers au rouge vif, l’Etat congolais a besoin des devises fraiches en urgence, sinon il va se retrouver en cessation de paiements s’il ne l’est déjà. Les observateurs pensent que les « envoyés » du Chef de l’Etat à Lubumbashi vont être contraints de négocier à l’amiable face à un groupe de pression qu’ils ont eux-mêmes placés en position de force, avec la multitude de contrats, conventions et avenants à caractère léonin, qui ont considérablement enrichi des individus et terriblement appauvris l’Etat ces dernières décennies », écrit « Le Phare ».

Le gouverneur de la BCC, Déogracias Mutombo Mwana Nyembo, a rappelé que l’économie congolaise se portait mal et accusé les entreprises minières d’institutionnaliser la fuite des capitaux. La BCC s’engagera dans le contrôle sur pièce des comptes à l’étranger de toutes les sociétés minières implantées en RDC, le suivi en temps réel et le contrôle sur place pour vérifier les informations transmises.

La BCC compte réduire l’importation des produits et diminuer la consommation des devises sur le marché local, a dit son patron.

Une réaction au discours du gouverneur de la BCC

Noël Tshiani, haut fonctionnaire de la Banque mondiale et candidat à la Présidence de la RDC nous envoie sa réaction au discours de M. Deogracias Mutombo justifiant la nouvelle réglementation pour rapatrier les devises.

Ce discours, écrit-il à La Libre Afrique.be, « est très surprenant » et « tape à côté de la plaque ». « Ce que le gouverneur de la BCC vient de découvrir aujourd’hui, je l’ai dit il y a deux ans: le pays va très mal, l’économie va très mal, le social va très mal »

« Dans son discours, le gouverneur a clairement justifié le manque d’indépendance et d’initiative de la banque centrale, absence de politique monétaire et de vision. On dirait un discours d’un statisticien et non d’une autorité monétaire ». « Lorsqu’ils évoque 1,6 milliard de dollars de recettes non rapatriées par les miniers, il oublie que l’exemple vient d’en haut car les politiciens cachent leur argent dans des comptes offshores au Panama et dans les îles Vierges Britaniques. Le mal est très profond. Il faut percer l’abcès pour le soigner réellement et de façon durable »

« En évitant d’évoquer le vrai problème (situation politique qui a élevé le risque-pays au-delà du raisonnable), le gouverneur de la BCC ne semble pas comprendre ce qui bloque le rapatriement des devises de la part d’un secteur privé averti et rationnel. En évoquant la baisse des cours des matières premières comme la principale cause des malheurs économiques congolais, le gouverneur semble ignorer la véritable cause, qui est la mauvaise gouvernance du pays et de la banque centrale. Lorsque 85% des revenus des ressources naturelles n’entrent pas dans les caisses de l’Etat, on devrait attribuer cela à la mauvaise gouvernance et non à la baisse des cours des matières premières. Le fonctionnement de la justice, le mauvais environnement des affaires, le climat politique délétère, l’insécurité généralisée dans le pays, le manque de lisibilité politique et de vision sont des facteurs qui pèsent plus que la baisse des matières premières »

« Alors que les autorités du pays et de la Banque centrale restent silencieuses sur la corruption endémique qui mine les finances et l’économie du pays, il y a lieu de se demander si elles sont conscientes de la gravité de la situation et prêtes à prendre des mesures idoines pour la redresser. Depuis  la nomination d’un conseiller spécial du chef de l’Etat en matière de lutte contre la corruption, il y a deux ans, tout se passe comme si la corruption avait augmenté au lieu de baisser. De ce fait, on peut déduire que le vrai problème se trouve ailleurs ».

« Le temps du changement n’a-t il pas sonné pour faire table rase et amorcer des réformes politiques, economiques et structurelles dont le pays a réellement besoin pour se remettre sur la voie de la stabilité et du développement économique et social durable?  Monsieur le gouverneur ne se trompe-t-il pas en pensant aux réformes économiques et monétaires dans un environnement politique incertain marqué par le manque de légitimité de toutes les institutions de la Republique, c’est à dire du President de la Republique, de l’Assemblée nationale, du Senat, des Gouvernorats des provinces et des assemblées provinciales? »

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