RDC: Déclarer l’état d’urgence? La dernière ruse de Kinshasa

RDC: Déclarer l’état d’urgence?  La dernière ruse de Kinshasa

Levée de boucliers, ce lundi 17 juillet, dans la presse kinoise, au sujet d’un projet gouvernemental de décréter l’état d’urgence à la suite de la multiplication des violences dans le pays.

A vrai dire, la suggestion a été faite vendredi dernier par la Ligue des jeunes du PPRD, le parti du président Joseph Kabila. Mais la presse y voit un « ballon d’essai » du pouvoir, une nouvelle tentative de « renvoyer le plus loin possible les élections prévues fin décembre (2017) aux termes de l’accord politique de la Saint-Sylvestre » 2016, écrit ainsi « Le Potentiel », qui assure que « le projet est fin prêt » et n’attend plus qu’un vote des « deux chambres du Parlement, totalement contrôlées par la majorité présidentielle ».

Suspendre les élections à tout prix

Le prétexte en est l’attaque du marché central de Kinshasa, vendredi dernier. Elle est survenue après l’attaque de la prison de Makala (Kinshasa) le 17 mai dernier (4000 évadés); celles contre le parquet de Matete et le bureau de police de Mont-Amba, toujours dans la capitale, le 10 juin; celle de la prison de Beni (Nord-Kivu) le 11 juin; celle du commissariat de police de Kalamu le 29 juin – à chaque fois avec des victimes et des évasions. Dès le premier de ces assauts, la rumeur a circulé, de plus en plus insistante, affirmant que c’est le pouvoir qui organisait le chaos, afin de justifier la supension des élections.

La même accusation circule depuis longtemps au Kivu (est du Congo), où l’insécurité qui règne depuis les années ’90, est dite « entretenue » ou « réveillée » par le pouvoir kabiliste. Et ce dernier est également accusé d’attiser le feu au Kasaï, où l’on dépasse le miiilion de déplacés en raison de violences déclenchées à la mi-2016 et où l’Onu dénonce l’existence de 80 fosses communes – tandis que Kinshasa refuse toute enquête internationale.

De fait, il y a une semaine, le président de la Commission électiorale nationale et indépendante (CENI), Corneille Nangaa, qui passe pour un affidé de la Présidence, a estimé qu’il était impossible d’organiser les élections – dues pour fin 2016 – avant la fin de 2017.

Vers une violence inédite?

« On craint que la RDC bascule dans un cycle de violence inédit », écrit « Le Potentiel ». Le journal kinois est loin d’être le seul à s’inquiéter. Dans les milieux d’affaires katangais on s’attend également à « une explosion, sans pouvoir dire quand elle surviendra ».

Une source souligne ainsi, auprès de La Libre Afrique.be, que, dans la province du cuivre, l’insécurité croît en raison d’attaques à main armée de plus en plus nombreuses contre des particuliers, généralement attribuées à des militaires. « Mais la population supporte de moins en moins les exactions des militaires. Quand il y a une petite dispute dans un bar ou un petit commerce, impliquant un militaire, celui-ci ne fait plus ce qu’il veut comme auparavant; la population se met contre lui. Le lynchage n’est pas loin ».

Arriérés de salaires

On note en outre que les travailleurs de la Gécamines « ont 11 mois d’arriérés de salaire », bien que leur entreprise ait reçu, ces derniers mois, quelque 100 millions de dollars payés par les entreprises étrangères Freeport, Lundin et Cimob pour que soit autorisée la vente de Tenke Fungurume Mining par les deux premières à la troisième.

A Lubumbashi toujours, l’Institut de Recherche en Droits humains (IRDH) signale que les travailleurs de la Sogetel (Société générale de Télécommunication) comptent, eux, 69 mois d’arriérés de salaire! Et s’inquiète de la « coupe irrégulière des salaires des médecins et professeurs d’université pratiquée par le gouvernement », coupe qui réduit « du tiers ou de la moitié (l)es salaires dus ». L’IRDH y ajoute le cas des agents de la SNCC (Société nationale des chemins de fer) , victimes d’un « mécanisme systématisé d’appauvrissement de la population afin de créer une forte dépendance politique des victimes envers le parti au pouvoir ». Et les PME d’exploitation forestière au Katanga se sont vu interdire toute activité « par un ordre verbal du directeur de cabinet du chef de l’Etat », et cela « sans préavis », alors que ces entreprises affirment remplir toutes les conditions légales requises et ont produit les pièces légales à l’appui de leurs dires auprès de l’IRDH.

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