Rwanda : Le président Macron reconnaît « l’ampleur des responsabilités françaises »

Rwanda : Le président Macron reconnaît « l’ampleur des responsabilités françaises »

Le président français est à Kigali. Un voyage délicat à un an de la présidentielle. Il a reconnu la « responsabilité » de son pays dans les massacres du mois d’avril 1994  et prononcé le mot « génocide ». Mais pas d’excuses dans la bouche du président français, contrairement à ce qu’avait fait le Premier ministre belge Guy Verhofstadt le 7 avril 2000, à Kigali.

Six ans, jour pour jour après le début du génocide, à Kigali écrasé par un soleil de plomb, devant le petit bâtiment bleu délavé où on périt la plupart des dix casques belges bleus belges assassinés ce jour-là, Guy Verhofstadt avait dit sa tristesse face au drame inhumain qui avait frappé l’ancienne colonie belge. Sa colère face à l’incapacité de la communauté internationale de mettre un terme à 30 jours de massacres et, surtout, il avait demandé publiquement pardon. « Au nom de mon pays, je m’incline devant les victimes du génocide. Au nom de mon pays, au nom de mon peuple, je vous demande pardon. (…) Il faut que le monde se souvienne toujours de l’horreur perpétrée ici. Nous devons trouver la force et la volonté de ne plus jamais tolérer de tels massacres, qui font injure à l’intelligence et aux valeurs essentielles de l’humanité. »

A quelques mètres de là, au Mémorial du génocide de Gisozi, vingt et un an plus tard, Emmanuel Macron a prononcé un discours qu’il savait scruté de toutes parts. Chacun de ses gestes, chacun de ses mots ont été scrutés par les 12 millions de Rwandais qui espéraient des excuses « pour en finir une bonne fois pour toutes. Pour que le réconciliation entre les deux pays soit totale », comme l’explique Albert Hakizimana, habitant de Kigali, qui aura attendu en vain les mots espérés.

Après plus de vingt-cinq ans de tensions, le lien se retend entre Paris et Kigali depuis le début du quinquennat. Le président Macron a montré son intention de tourner la page de cette crise vieille de plus d’un quart de siècle. Il a pris une série d’initiatives pour sortir de l’impasse. La dernière d’entre elles a été la sortie en mars d’un rapport d’historiens dirigé par Vincent Duclert, consacré au rôle de la France au Rwanda avant et pendant le génocide qui a débuté au lendemain de la mort du président Juvénal Habyarimana lorsque son avion a été abattu le 6 avril 1994.

Génocide au Rwanda: Mitterrand, un président aveuglé, selon un rapport

Jusqu’ici, Nicolas Sarkozy était le seul président français à s’être rendu à Kigali depuis 1994. Il avait alors reconnu de « graves erreurs » et « une forme d’aveuglement » des autorités françaises. Emmanuel Macron est allé plus loin en reconnaissant la souffrance engendrée.  Il a prononcé huit fois le mot « génocide ».  Il a insisté sur sa volonté de mettre un terme à des années de « silence »« Un génocide ne se compare pas. Il a une généalogie. Il a une histoire. Il est unique », a-t-il insisté tout en rendant hommage aux victimes, « ceux dont nous n’avons écouté la souffrance ni avant, ni pendant, ni même après, et c’est peut-être le pire ».
Pas de repentance

 

« En me tenant, avec humilité et respect, à vos côtés, ce jour, je viens reconnaître nos responsabilités », a poursuivi le président français, solennel. « En voulant faire obstacle à un conflit régional ou une guerre civile, (la France) restait de fait au côté d’un régime génocidaire. En ignorant les alertes des plus lucides observateurs, la France endossait une responsabilité accablante dans un engrenage qui a abouti au pire, alors même qu’elle cherchait précisément à l’éviter », a-t-il poursuivi. Alors que beaucoup de Rwandais espéraient qu’il prononce des excuses, il n’est pas allé jusque-là et a même déclaré que la France n’avait « pas été complice ». « Les tueurs qui hantaient les marais, les collines, les églises n’avaient pas le visage de la France », a-t-il insisté. Toutefois, sans désigner nommément de responsables, il a reconnu que la France avait « un rôle, une histoire et une responsabilité politique au Rwanda ». Elle a aussi selon lui « un devoir » : « celui de regarder l’histoire en face et de reconnaître la part de souffrance qu’elle a infligée au peuple rwandais en faisant trop longtemps prévaloir le silence sur l’examen de vérité ».

Pour mener sa « politique de reconnaissance », Emmanuel Macron s’est appuyé sur les travaux de « commissions indépendantes » dirigées, dans le cadre du Rwanda, par l’historien Vincent Duclert. Ce rapport publié en mars a conclu à des « responsabilités lourdes et accablantes » de la France et à l’ »avveuglement » du président François Mitterrand et de son entourage face à la dérive génocidaire du gouvernement hutu soutenu par Paris. Au cours de son discours, le chef de l’Etat a ainsi salué « l’œuvre de connaissance et de vérité » des historiens. Il a ajouté qu’il était nécessaire de soutenir « une nouvelle génération de chercheurs et de chercheuses » car ce sont eux, qui ont « ouvert un nouvel espace de savoir ».

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