Le gouverneur Zoé Kabila destitué par les députés du Tanganyika

Le gouverneur Zoé Kabila destitué par les députés du Tanganyika

Par Marie-France Cros.

Zoé Kabila, frère de l’ex-président Joseph Kabila et gouverneur de la province du Tanganyika (ex-Katanga), a été destitué jeudi par les gouverneurs provinciaux qui l’avaient élu en 2019. Cela a été fait en son absence, alors qu’il était à Kinshasa, ce qui l’a empêché de se défendre comme le prévoit la loi.

Il était le seul gouverneur de province à n’avoir pas rejoint l’Union sacrée, cette coalition informelle autour de Félix Tshisekedi, et majoritairement formée de transfuges kabilistes.

 

Comme tous les députés provinciaux, ceux de la province du Tanganyika sont issus des élections frauduleuses de décembre 2018, dont les résultats n’ont jamais été publiés bureau de vote par bureau de vote et qui se sont terminées par un accord entre Félix Tshisekedi et le président sortant Joseph Kabila: au premier le fauteuil présidentiel, au second le pouvoir dans toutes les assemblées, en dépit des résultats électoraux. En décembre dernier, le président Tshisekedi a renié cet accord-là aussi et, sous la menace de dissoudre l’Assemblée nationale, a obtenu le ralliement à son « Union sacrée » de la majorité des députés kabilistes FCC.

https://afrique.lalibre.be/58983/rdcongo-zoe-kabila-refuse-dadherer-a-lunion-sacree-kinshasa-veut-le-contourner/

En mars dernier, le président Tshisekedi avait envoyé une délégation à Kalemie pour « identifier une nouvelle majorité », soit trouver des partisans pour renverser Zoé Kabila, seul gouverneur à refuser de rejoindre l’Union sacrée. C’est aujourd’hui fait.

Zoé Kabila n’est pas impopulaire dans la province d’origine de sa famille. Il a en effet réussi à mettre en route certains travaux au port de Kalemie et sur le réseau routier. Jusqu’à l’arrivée de la délégation de Tshisekedi chargée d’organiser son renversement, il était plutôt peu critiqué dans la population.

Instabilité originelle

Plus généralement, cette destitution s’ajoute à de nombreuses autres parmi les gouverneurs de province, résultat d’un péché originel.

Alors que se profilait la présidentielle de 2016 (qui a finalement été escamotée par Joseph Kabila, qui réussira à se maintenir illégalement deux ans de plus à la tête de l’Etat), la popularité du gouvereur kabiliste du Katanga, Moïse Katumbi, effrayait les kabilistes, d’autant que ce dernier rejetait les manœuvres destinées à prolonger le second mandat du président Kabila; il ouvrira même une dissidence pour cette raison, le G7.

Afin d’affaiblir Katumbi, les kabilistes décidèrent de démanteler le Katanga, en se cachant derrière le projet – prévu dans la Constitution de 2006 – de passer de 11 à 26 provinces au nom de la décentralisation. N’ayant rien fait pour appliquer ce projet depuis 2006, le camp kabiliste décida soudain de l’appliquer en 2015; si soudainement qu’aucun budget n’était prévu pour le faire, ni aucun des préparatifs nécessaires. Tant et si bien que Joseph Kabila dut même nommer des « commissaires » en remplacement des gouverneurs prévus, faute d’élections.

Les 26 provinces sont toujours marquées aujourd’hui par ce péché originel et, de facto, ne peuvent fonctionner faute de revenus propres suffisants. Aujourd’hui, un grand nombre de provinces accumulent ainsi des mois d’arriérés de salaire de leurs fonctionnaires et de leurs députés – sans même parler des réalisations attendues par la population. Ces derniers, pour se venger, votent régulièrement la destitution du gouverneur en place, voire recommencent avec le suivant, qui ne peut faire mieux.

Achat de consciences

Accessoirement, on note que cet état de fait facilite encore l’achat des consciences des députés provinciaux, prêts à vendre leur vote moins cher encore. Comme les assemblées provinciales comptent généralement de 24 à 30 députés, en acheter la moitié plus un est à la portée de nombreuses bourses. Même si le principal intérêt de nombreux postes publics, au Congo, est de détenir une parcelle d’autorité: celle-ci permet de monnayer des services que le détenteur est supposé rendre gratuitement ou presque à la population. Un peu comme les baillis du Moyen-Age européen, qui achetaient leur charge en vue de se rembourser largement sur la population.

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